Gilets Jaunes: Construire ensemble le monde de demain à travers l’empathie et le réenchantement du monde?

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Je tiens à préciser dès le départ que je suis pas réellement politisé, mon point de vue n’engage que moi. Je ne suis défenseur d’aucun parti, d’aucun courant de pensée politique précis. J’essaie simplement de me construire un avis à partir de plusieurs points de vue distincts. Ecrire cet article m’aide en l’occurrence à mettre de l’ordre dans mes idées, et si ça peut en intéresser quelques uns, tant mieux.

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J’ignore si les gilets jaunes triompheront comme c’est actuellement écrit sur l’arc de triomphe, je ne suis même pas certain de savoir ce que’une telle chose signifie. Ce que je sais, c’est qu’il va bien falloir à un moment donné, si on veut changer des choses dans ce monde, déterminer une direction à suivre la plus concrète possible. Ce n’est qu’après avoir défini le cap qu’on pourra dans un deuxième temps nous donner les moyens de nos ambitions, et mettre en conscience nos différentes énergies au service de projets communs.

Certes, la gauche avance par essence dans l’obscurité, et veut aller vers la ou on n’a jamais été précédemment dans l’histoire. C’est un pari, une prise de risque, un acte de foi, une création. Toutefois, toute invention implique d’avoir été imaginée par quelqu’un.

C’est utile et nécessaire de critiquer ce qui dysfonctionne, c’est également utile et nécessaire de proposer des alternatives concrètes. Sauf qu’on oublie parfois la deuxième partie. Et on n’en est même pas encore à agir.

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On peut rétorquer assez facilement, en bon philosophe, que les critiques peuvent être en soi des conseils et donc une forme d’action qui contribue au changement… Et c’est vrai que l’action vers le changement passe par le dialogue.

Toutefois, il y a une grande différence entre être un critique sur le terrain comme Frederic Lordon, au cœur de la foule, qui n’a pas peur de la résistance du réel mais au contraire plonge dans le grand bain sans flotteurs, ou bien être un philosophe craintif planqué dans son bureau à écrire à la plume depuis le confort de son imaginaire comme Finkielkraut, sans jamais participer à aucun mouvement social réel, en n’ayant un impact relatif uniquement sur leurs quelques lecteurs, généralement déjà convaincus.
On me dit dans l’oreillette que ce dernier s’était rendu à Nuit Debout, en personne sur le terrain… mais pourquoi s’y était-il rendu? Pour s’y investir activement, ou juste pour observer passivement « la plèbe qui s’agite » comme on observe avec curiosité une fourmilière? La question reste entière…

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Il y a un truc qui m’avait intéressé dans une vidéo de Tatiana (je sais plus laquelle, de la fin de l’été 2018), c’est quand elle critique le programme « L’avenir en commun » de la république c’est moi!!! Mélenchon, en expliquant qu’il s’y trouve beaucoup de propositions très vagues qui n’engagent à rien. Du genre (je prend un exemple fictif) « il faut réduire la consommation de viande ». Oui, c’est vrai, mais comment on fait, selon quels critères? Comment on pense une telle transition concrètement? On ne sait pas.

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C’est un problème qui me semble récurent dans les « propositions » pour construire un avenir en commun pour de vrai dans le monde réel (et pas juste dans nos fantasmes): Les propositions sont floues, abstraites, formulées à la négative (on dit notamment ce qu’on ne veut pas et on ne dit pas ce qu’on veut faire), dans l’exigence et pas dans la négociation, uniquement à partir du résultat que l’on souhaite obtenir et pas avec les moyens que le réel met à notre disposition pour agir.
C’est un peu comme quand on est ado et qu’on refait le monde autour d’un feu de camp. C’est agréable, ça donne en effet un sentiment de connexion parfois intense à l’autre, et le lendemain on reprend le cours de notre vie comme si de rien n’était. Les mots ne sont pas suivis d’actions, parce que comme dirait Trigor, ils n’ont pas su creuser un affect suffisamment marqué pour mettre la matière en mouvement, pour construire le changement dans le réel, dans les actes. Cela ne reste que de belles idées.

 

Pourquoi changer le monde, au fait?

La question n’est pas si évidente. Elle incarne en quelques sortes le conflit fondamental entre progressiste et conservateurs, ceux-la même que Macron prétends chercher à unifier avec En Marche.

Cela ne sert pas à grand chose de changer le monde si on ne sait même pas pourquoi, au nom de quoi. Autrement dit: quel est le récit que l’on est en train de construire autour de ce changement? Quel sens nous mettons derrière un tel changement?

On pourrait assez facilement se cacher entièrement derrière un récit collectif qu’on assimile pour le faire sien tel la brebis se laissant aveuglément guider par son berger, mais la vérité c’est que c’est à chacun de construire son propre récit, de construire lui même le sens qu’il donne au changement, s’il veut en être un sujet acteur, et pas juste l’instrument d’autres puissances d’agir dont il se met au service, consciemment ou non.
Ici, je ne peux donc que vous donner mon propre point de vue, plus ou moins appuyé sur des récits collectifs déjà présents, puisque la notion de création d’un récit ex nihilo n’est probablement qu’une fiction qui ne concernent que ceux qui croient au libre arbitre magique.

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Il me semble nécessaire de changer l’organisation des rapports sociaux actuels, parce que le monde ne convient en l’état qu’à l’élite (intellectuelle, économique) et à ceux qui aspirent à l’intégrer (les cadres aux dents longues…) tôt ou tard. C’est un monde construit pour le confort des classes possédantes, dans lequel les loups utilisent les moutons comme moyen de s’engraisser.

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Et puisque l’écart se creuse progressivement entre les classes aisées et les classes précaires, cela ne convient pas à la majorité de la population (ses besoins ne sont pas satisfaits), qui se tends au fil des années.

D’un point de vue utilitariste, le système tel qu’il fonctionne actuellement est assez nul pour maximiser le bonheur général, quel que soit le sens qu’on donne à ce concept. Si les gens sont en colère, c’est qu’un trop grand nombre de leurs besoins ne sont pas satisfaits, et la violence est alors le moyen qui leur semble le plus efficace à leur disposition pour trouver satisfaction.
Il me semble donc nécessaire de construire un nouveau monde, plus satisfaisant, c’est à dire de changer la manière dont sont organisés les relations humaines dans la société. Il ne s’agit pas du tout pour moi de pointer du doigt un coupable, un responsable.

Je préfère penser à partir de la formule qu’on attribue à Spinoza: Ni rire ni pleurer, mais comprendre. Ne pas gaspiller mon énergie à juger les autres ou moi même, mais dénouer le fil de la complexité du réel, pour en comprendre certaines lois, et à partir de cet éclairage, mettre en place des actions concrètes pour changer le cap suivi par la société, pour la réorienter vers la direction souhaitée.

Changer les règles, changer les limites, changer les étiquettes, pour retrouver une cohérence entre nos connaissance sur le monde et nos actes

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Le problème de la violence légitime

Cela fait des années qu’on me dit que les mouvements politiques non violents ne sont que des drapeaux rouges agités par les dirigeants des sociétés capitalistes pour rendre plus docile les foules et les empêcher de faire un usage efficace de la violence contre le système en place.
On nous servirait le discours du type « oui, Gandhi ça marche, Luther King, Mandela, Aung san suu kyi, ca marche. Soyez non violents, faites des manifs, la grève de la faim, signez des pétitions si ça vous chante, mais ne nous emmerdez pas pour de vrai, ne cassez rien, laissez nous jouer au Monopoly, car nos cerveaux en sont addicts. »
On me dit aussi que toutes les avancées sociales ont été obtenues grâce à la violence. Et peut être que c’est vrai, après tout…

Mais quand bien même, ce n’est pas parce que la violence est une méthode qui a toujours fonctionné jusqu’à aujourd’hui que c’est la seule méthode qui fonctionne, et qu’elle est la plus efficace que l’on puisse imaginer sur le long terme.
Le concept de violence légitime me semble en lui-même intrinsèquement problématique, pour plusieurs raisons:

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1) Il n’existe pas de référentiel absolu permettant de légitimer la violence

Toute légitimité se fonde sur un arbitraire, sur un point de vue subjectif, une histoire qu’on se raconte à partir des présupposés qui structurent notre vision du monde. 

Une personne anarchiste pensera peut-être qu’il est légitime de casser la gueule à des CRS pour exprimer son refus de la tyrannie de l’état…
Une personne de droite pensera qu’il est légitime de faire intervenir les CRS pour contrôler les mouvements de foule et maintenir un contrôle sur leurs actes…
Des parents peuvent considérer légitime de frapper leurs enfants pour les faire obéir…
Un maître peut trouver légitime de mettre le nez dans le caca d’un chien pour lui faire comprendre qu’il a fait une bêtise et que c’est mal…
Et si on marche sur la queue d’un chat, celui ci considérera légitime de griffer la personne pour libérer sa queue endolorie…

Il n’existe en fait que la légitimité qu’on croit. 

Dès lors, comment peut on s’appuyer sur le concept de « légitimité » pour construire par la force un monde qui doit inclure tout le monde, alors même que cela implique d’imposer un rapport de domination à d’autres personnes? Comment peut on changer un monde ou les puissants domine le peuple par leur usage du pouvoir, en usant nous même de notre pouvoir pour soumettre ces puissants ? 
Pour moi, cela revient à mettre à l’envers la roue de Daenerys, mais la roue demeure.

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Ce n’est pas briser la roue que d’en user pour son intérêt personnel. Et ceux qui usent de la violence le font nécessairement au détriment d’autres personnes qui ont un intérêt différent. C’est donc forcément pour son intérêt personnel, qu’on soit millionnaire ou smicard, qu’on use de la violence. C’est le même paradigme, il n’y a aucun dépassement, aucune amélioration, juste un changement d’acteurs qui rejouent la même pièce de théâtre dramatique de la domination et la soumission, du juge et de la victime.

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2) Une méthode pour obliger le gouvernement à nous donner de l’attention ?

L’un des effets intéressants de la violence des GJ qui me semble évident, c’est que cela attire l’attention, à la fois des citoyens et des élus. Que l’on soit enthousiaste ou horrifié par les graffitis de l’art de triomphe, en tout cas tout le monde est au courant.

Toutefois cette attention, les GJ ne l’ont pas demandée, ils l’ont exigée. Ils n’ont pas demandé au gouvernement d’organiser un débat, ils ont exigé d’être entendu, exigé de plus en plus fort jusqu’à ce qu’on les prenne vraiment au sérieux, qu’on les écoute vraiment. C’est à dire: jusqu’à ce que le gouvernement leur donne un truc qui ressemble vaguement à de l’empathie.

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Ce n’est pas une mauvaise chose en soi (rien n’est une mauvaise chose en soi) que d’user de violence pour obtenir de l’attention, cependant, cela complique les choses, puisque quand on nous force la main, on n’a aucun enthousiasme à écouter ou a agir d’une manière qui contribue. En l’état, Macron a juste envie que les GJ arrêtent de l’emmerder et de faire le minimum syndical pour être de nouveau tranquille et pouvoir continuer à jouer au Monopoly, parce que c’est ce qu’il aime faire.

La colère des GJ n’est qu’un problème à résoudre, un défi de plus auquel le narcissisme de Macron se confronte avec joie. C’est un rapport de force, qui vise à exiger l’attention de Macron comme un enfant s’amuse à faire des bêtises pour avoir l’attention de ses parents.

Du reste cela vient révéler que les GJ eux même semblent se positionner de manière verticale en s’adressant au pouvoir comme s’il était une figure parentale, la « grande personne qui commande », avec qui on se dispute (rapport de force) faute de pouvoir dialoguer.

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En l’occurrence, les GJ exigent la démission de Macron, mais sans alternatives viable à proposer, à quoi bon soumettre le gouvernement? Si Macron démissionne parce qu’on l’y oblige, qu’est-ce qu’il se passe ensuite?  Il est remplacé par Marine Le Pen ou Mélenchon ? Par une bande d’intellectuels Parisiens qui réorganisent le rapport de domination sans l’abolir ?

Je veux bien refaire une révolution française, mais j’ai l’impression que celle de 1789, c’était juste des aristocrates qui se sont amusés à changer de système politique pour en adopter un nouveau qui était toujours construit sur la violence. On passe d’un ancien régime royaliste à une démocratie représentative qui en deux siècles nous a conduit à la violence du néo-libéralisme, face à laquelle les GJ aujourd’hui s’opposent, eux même avec plus ou moins de violence. La forme évolue, la méthode de fond demeure: on impose notre volonté par la force (quitte à ce que ce soit la force de l’Etat, auto-proclamée légitime) à une minorité qui n’a pas son mot à dire.

Est-ce vraiment la meilleure chose dont on est capable?

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3) L’exemplarité dans la méthode: Un système n’a d’intérêt à être déconstruit que s’il est remplacé par un meilleur

« La démocratie, c’est la tyrannie de la majorité ». Ça reste une tyrannie, ce n’est pas autre chose qu’une tyrannie, une forme de coercition. 

Pour changer le monde, c’est à dire transcender la violence relationnelle des rapports de force et accoucher d’un monde nouveau qui contribue davantage à satisfaire les besoins de chacun, il me semble donc nécessaire d’user d’une méthode qui ne se base pas sur la violence (la coercition), mais plutôt sur l’empathie (entrer en relation authentique avec l’autre en sortant des postures et des jeux de rôle sociaux). 

C’est bien simple: si on use de la violence parce qu’on la considère légitime, on est en train d’enseigner à tout un chacun qu’il a le droit ensuite d’utiliser la même violence contre nous parce qu’il la considérera légitime de son côté.  

Pour changer le monde, mieux vaut n’utiliser contre les autres que les méthodes qu’on est prêt à les voir utiliser contre nous. Autrement dit: « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’autrui te fasse, fait à autrui ce que tu voudrais qu’il te fasse ». Ça parait bateau, dit comme ça, et pourtant, je crois que la se trouve l’essentiel.

« Jouir et faire jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voila je crois toute la morale« 
Champfort

 

Un monde meilleur selon qui, du coup ?

Si tout n’est que construction de sens subjective et inter-subjective, on peut se demander comment définir un cap commun, comment dépasser la violence et construire un monde autour de l’empathie.
Une bonne manière d’illustrer le propos, ça serait pour commencer de passer du débat au dialogue. 


Le débat consiste à tenir une posture.
C’est à dire qu’on est d’abord convaincu d’un truc qu’on considère comme vrai, et on cherche à convaincre l’autre d’entendre nos arguments pour se rallier à notre point de vue, à l’absorber dans notre système de croyance. 
Dans une discussion, on cherche ensemble à construire une vérité commune
qui est la synthèse de deux regards complémentaires. On ne cherche ni à dominer ni à soumettre, mais à entrer en relation, on s’intéresse à l’autre et on partage notre propre regard sans tenir de posture par principe.

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Partant de là, ce monde doit être meilleur selon le peuple, évidemment. Surtout pas selon les élites aristocratiques, ou les seuls représentants du peuple, qui se mettent à prendre des décisions au nom du peuple qu’ils ne sont pas dans la réalité, et qui servent en fait leurs propres intérêts personnels dans le processus de décision.
Les représentants n’incarnent le peuple que dans l’imaginaire, dans la pensée symbolique. C’est probablement le problème fondamental de notre système actuel, la démocratie représentative, que de laisser des représentants prendre des décisions au nom de ceux qu’ils représentent, même quand ces décisions vont totalement contre l’intérêt réel du peuple.

Ainsi, on a laissé faire Macron quand il a retiré l’ISF, prélevé 5€ sur les APL, impacté les retraites… bien qu’à chaque fois, ces changements étaient en défaveur de la plus grande partie du peuple, et que cela n’avait pas ou peu d’impact sur les personnes les plus aisées du pays. La hausse du prix de l’essence, c’était pas grand chose, mais c’était le prétexte pour dire « stop » à ce qui était en cours depuis un an et demi. 

***

Le défi instauré par le mouvement des GJ, c’est d’apprendre à se passer de représentants pour dialoguer dans le pays. C’est la raison pour laquelle les représentants des GJ sont généralement auto-proclamés et ne sont pas considérés unanimement comme étant légitimes. 

Le peuple, c’est tout le monde, ce sont les Gilets Jaunes eux-même, et pas uniquement ceux d’entre eux qui sont les plus charismatiques ou qui passent à la télé.
On ne peut pas se contenter d’élire des représentants, même au sein des GJ, parce que ce serait reproduire le même processus pathologique actuellement en vigueur, ce serait s’exposer aux mêmes travers.
Élire des représentants peut sembler nécessaire aujourd’hui pour crée un dialogue avec l’Etat en place, mais il est nécessaire de crée des alternatives, pour construire une organisation sociale avec le moins de verticalité possible, et le plus d’horizontalité possible. Notamment afin de sortir des enjeux de pouvoir et de domination.

Ne pourrait-on pas dès lors voter pour des idées, et plus pour des individus (des corps)? Je ne suis certain de rien, je commence seulement à construire humblement ma réflexion, mais je souhaite qu’elle soit de plus en plus complexe et aboutie.

 

Le mythe culpabilisant du colibri de Pierre Rabhi

Voir l’article dans le monde. Ce mythe du colibri qui « fait sa part » pour éteindre l’incendie quand les autres animaux fuient pour leur survie incarne implicitement une culpabilisation du consommateur pointé comme principal responsable des problèmes environnementaux, de par leur manière de consommer les ressources de la planète.
Le problème me semble en réalité être plus à rechercher du côté de l’absence de sens de la cosmogonie des dirigeants, qui les pousse à prendre des décisions absurdes partant du principe qu’ils vont tous crever et qu’on n’a qu’une vie.

Il y a une sorte de continuum entre ceux qui fantasment (parfois sans le savoir) sur l’idéal ascétique issu du judéo-christianisme (« je me serre la ceinture pour assurer à mes enfants un monde meilleur »), et se complaire dans un cynisme médiocre qui pousse à tous les excès du type American Dream (« je profite à fond de la vie et je ne me soucie que de l’avenir de mes enfants à moi, osef des enfants des autres, chacun sa merde. Ils ont qu’à bosser comme tout le monde s’ils veulent vivre confortablement. »).

Pierre Rabhi est plutôt de la team idéal ascétique, prônant une vie simple et proche de la terre, qu’il veut exemplaire, « pour changer le monde ». Sauf que cela ne changera pas le monde.
Pour avoir bossé dans un McDo pendant 3 ans, j’ai pu observer que la quantité d’eau utilisée quotidiennement ne serais-ce que pour la plonge permettrait à un adulte de prendre des douches pendant au moins 2 semaines. La quantité de ressources utilisées par les entreprises est d’un tout autre ordre de grandeur que celle des particuliers consommateurs. Et ce n’est certainement pas par nécessité, c’est un choix motivé par l’indifférence vis à vis des enjeux environnementaux, jugés archi négligeable d’autant qu’ils sont invisibles face aux enjeux économiques eux bien palpables.

Donald Trum incarne un peu l’excès inverse: climatoesceptique, cet homme vit dans son imaginaire parce que le monde réel est pour lui trop angoissant. Et comme toute personne envahie par l’angoisse, elle en devient égocentrique parce que l’urgence pour elle est d’assurer la survie de l’organisme. Bon, c’est vrai que c’est de la psychologie de comptoir. C’est juste une manière d’illustrer mon propos, pas d’être irréprochable dans ce que je dis (parce que ce point n’est pas vraiment un point important dans ce que je dis)

 

Traiter la cause et pas le symptôme

Marshall raconte à ce sujet une anecdote que je trouve assez édifiante. Celle des nourrissons jetés à la mer. Il explique en gros que si on trouve un nourrisson en train de se noyer en mer, on va probablement se jeter à l’eau pour aller le sauver et le ramener sur la plage. C’est assez spontané et naturel.
Si on voit un 2e nourrisson dans l’eau, on va y retourner et aller le sauver lui aussi. Idem si on en voit un 3e, un 4e…
Mais au bout d’un moment, ce qui serait intéressant, c’est de chercher à comprendre comment ca se fait qu’il y a autant de nourrissons dans la mer, et si c’est une personne qui est en train de les jeter à l’eau un peu plus loin, peut être que le mieux qu’on pusse faire pour sauver les nourrissons, c’est pas de s’épuiser à aller les sauver individuellement un par un, mais plutôt d’aller agir sur le fait qu’une personne les jette dans la mer. 
Autrement dit, traiter la cause du problème plutôt que juste sa manifestation symptomatique.

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La culpabilisation du consommateur, en plus d’être déjà une forme de violence (qui implique de s’exposer à un effet retour de flamme du dit consommateur qui sera alors en lutte contre la dissonance cognitive), ne permet pas de changer la manière dont l’humanité consomme les ressources de la planète, même si ça peut c’est vrai produire quelques effets positifs.

De même, la culpabilisation des PDG et chefs d’états ne fonctionne pas non plus. Pointer du doigt des coupables n’a jamais représenté une solution à aucun problème.

De manière générale, ce n’est pas avec des arguments que l’on met les autres en mouvement, c’est en creusant chez eux des affects et en touchant directement leurs besoins. En l’occurrence, la vidéo d’au dessus me semble assez efficace pour ca.
Mais ce n’est en rien suffisant, il faut avant tout faire coïncider l’intérêt général avec l’intérêt de l’individu dans l’histoire qu’il se raconte sur lui-même, surtout si c’est un chef d’état ou un PDG. Si Bill Gates donne des milliards a des associations humanitaires, c’est pas parce qu’il est gentil. C’est parce qu’à travers cet acte il nourrit certains de ses besoins comme le besoin de contribution, de reconnaissance, de sens, et un tas d’autres trucs qu’il est assez facile de lister. J’y reviendrai dans un prochain article en cours d’écriture donc je m’arrête ici pour le moment.

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L’enjeu fondamental, c’est le système de croyance et de valeur en vigueur chez les acteurs de la société

 

Nos croyances conditionnent nos émotions et nos choix. Si je crois que les noirs et les arabes sont dangereux pour moi, je vais automatiquement rester à l’écart et ne pas chercher à entrer en relation empathique avec eux, puisque ma priorité sera de me sentir en sécurité. Je risque même d’être rejetant et discriminant avec eux, pour me protéger. Tout cela à partir de mes seules croyances)
Si je crois que pour crée de l’emploi, il faut donner des subventions aux entreprises, je vais prendre des décisions à partir de ces croyances.
Le système de croyance dominant dans nos sociétés occidentales, c’est le néo-libéralisme.

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Un système de croyance de manière générale a vocation à apaiser l’angoisse existentielle inhérente à la condition humaine, en produisant du sens dans un monde d’abord compris comme étant absurde. Ce qui crée et entretient le néo-libéralisme, comme tout système de croyance, c’est la peur de la mort et de l’absence de sens qui est présente chez tous les individus.
En l’occurrence, et ça fait toute la différence, on parle surtout ici des individus qui ont du pouvoir (sur les autres individus) et des moyens de production.

Depuis que Dieu est mort, le monde est désenchanté, et personne ne nous a appris à le réenchanter. Certains ont découverts par eux même ou grâce à une rencontre heureuse à le faire,  ne serais-ce qu’en regardant les étoiles ou en jouant avec des chatons, mais d’autres n’ont jamais appris, et vivent dans l’angoisse, au cœur de l’enfer dans lequel ils se débattent.
Tel est la réalité quotidienne d’une personne dont la vie ne laisse place à aucune forme de spiritualité (que l’on peut trouver notamment dans l’art, ou même la science): une angoisse face à l’absurde qui nous coupe du monde et des autres, de cette connexion profonde à l’humanité et au vivant qui est pourtant l’une des drogues les plus douces.

Le travail de l’éducation, outre conférer aux gens des outils pour penser avec méthode et avec un regard critique aiguisé, consiste peut-être aujourd’hui aussi à réenchanter le monde, et relier de nouveau les individus afin de « faire humanité » ensemble. Et pas juste dans les mots que l’on utilise en société, comme c’est de coutume en politique politicienne, mais au plus profond de notre cœur…

Reste à déterminer par l’expérience quelles sont les méthodes qui favorisent le réenchantement du monde. Je n’ai personnellement pas lu sur ce sujet précis bien que cela fait des années que j’ai des livres à lire sur ce thème dans ma bibliothèque. J’ai toutefois quelques pistes. Outre celles déjà évoquées au dessus (dialogue plutôt que débat, questionnement sur le sens de notre démarche et l’exemplarité dans la méthode), je dirais que certains gestes simples du quotidien peuvent nous amener à modifier notre manière d’être au monde, pour aller vers un quotidien plus enchanté et contagieux pour l’entourage: 

  • Apprendre à contempler le monde plutôt que d’être perpétuellement dans l’action. Cesser par moments de faire, pour commencer à être présent à ce qui Est. La méditation pleine conscience ou la CNV sont des méthodes qui peuvent faciliter ce processus.
  • Exprimer de la gratitude pour les gestes des autres ou de soi même qui contribuent à nourrir nos besoins. On peut s’aider de la trame suivante pour faciliter la structure narrative de notre gratitude, ce qui permet de faciliter qu’elle soit accueillir par la personne à qui on l’adresse:
  1. Voici ce que tu as fait
  2. Voila ce que je ressens
  3. Voila quels sont les besoins qui ont été nourris chez moi

Exemple: « Je suis vraiment content (2) de voir que tu as ramené des sandwichs pour tout le monde ce midi (1) parce que ca donne vraiment l’impression qu’on est soutenus (3) et soudés tous ensemble, cela me rassure (2) et me donne envie de continuer à m’y investir. »

La gratitude est comme le ronronnement d’un chat: quand le chat ronronne, on a envie de continuer à le caresser. Quand une personne nous exprime sa gratitude, on sait que notre action à contribué à nourrir les besoins de cette personne, et cela nourrit notre propre besoin de contribution à embellir sa vie. Cela nous donne envie de continuer à contribuer, puisque cela est nourrissant pour nous aussi. C’est un cercle vertueux.

  • Célébrer les moments ou l’on parvient à avancer ensemble, prendre le temps de savourer les étapes du chemin et ne pas foncer tête baissée sans relâcher la tension tant qu’on n’a pas atteint le résultat escompté. Cela permet de conserver notre élan d’action et de ne pas s’épuiser dans un effort démesuré.
Je suis conscient que le changement individuel n’est pas suffisant, et le changement collectif doit nécessairement passer par une coordination de masse afin de changer de système politique. Toutefois, ces pistes me semblent favoriser une organisation collective solide puisqu’elles favorisent l’instauration de relations humaines authentiques et profondes, basées sur l’empathie et l’interdépendance. Et surtout, cela permet aussi de sortir de notre conditionnement social basé sur la violence, les carottes, les bâtons et les rapports de force.

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FIN de la partie 1

Je voulais continuer l’article en réfléchissant aux différentes propositions des GJ et en en évoquant d’autres propositions issues des échanges que j’ai pu avoir sur le sujet, mais ca aurait été trop long et comme beaucoup d’entre vous je manque cruellement de temps. Je préfère donc publier cette première partie tout de suite, et la deuxième quand j’aurais eu le temps de l’écrire…

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Ressources diverses

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Un article de La Nébuleuse sur le sujet qui permet de dessiner un portrait général de la situation fin Novembre (soit avant les événements de ce week-end)

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Un livre intéressant bien qu’étant encore une première version perfectible, qui propose une paradigme audacieux pour comprendre les comportements humains, à travers le lien entre les émotions et les comportements. Je vous laisse creuser si ça vous intéresse.

 

 

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