La pilule rouge du Darwinisme universel

Il est plaisant de jouer avec les idées, que ce soit pour se distraire, donner un sens à son existence, par mener une quête de vérité ou simplement pour échanger de bons moments avec ses proches.
Cependant, on va rarement au bout de nos idées, pour mesurer concrètement tout ce qu’elles impliquent comme conséquence. Ce n’est pas forcément par paresse ou par manque de méthode, parfois ce n’est tout simplement pas utile pour servir nos valeurs.

La théorie dont je vais essayer de montrer aujourd’hui les implications profondes est celle du darwinisme universel.

 

Les trois mécanismes de l’évolution Darwinienne

La théorie de l’évolution des espèces, formulée il y a deux siècles par Darwin, est pour Daniel Dennett « la meilleure idée que personne n’ait jamais eue », car avec une règle de base extrêmement simple, on en arrive à des résultats d’une complexité inouïe.

Pour qu’un processus d’évolution puisse émerger, il faut qu’une entité se réplique, c’est à dire qu’elle produise des copies d’elle-même. C’est ce qu’on appellera un réplicateur.
Les gènes sont donc considérés comme des réplicateurs.

En gros l’évolution darwinienne implique trois mécanismes complémentaires:

  • Transmission
  • Variation
  • Sélection

Transmission

Un peu comme une cellule mère qui se divise en deux cellules filles lors de la mitose transmet ainsi son code génétique aux deux nouvelles cellules identiques à elle-même (bien qu’il puisse se produire des mutations ou autre mécanisme pouvant entraîner une variation dans les caractères acquis par les cellules fille, mais nous y reviendrons).

On peut aussi qualifier de réplicateur les fameuses sondes de Von Neumann, des technologies hypothétique qui se répliquent elles-même à partir de la matière première qu’elles trouvent autour d’elles, permettant théoriquement des voyages dans l’espace aussi loin qu’il se trouve des ressources pour crée les sondes…

Il va sans dire qu’au départ les réplicateurs à l’origine du processus de l’évolution biologique sur terre n’étaient pas aussi complexes que peut l’être un ensemble de chromosomes tels qu’on les trouve aujourd’hui dans nos cellules.
Par exemple certaines enzymes (molécules chimiques beaucoup plus simples qu’un brin d’ADN, qui aujourd’hui servent à accélérer des réactions chimiques dans l’organisme) ont pu être capables de synthétiser des copies d’elles-même, qui héritent des mêmes propriétés physiques, des mêmes capacités à crée des copies à partir des éléments présents dans son environnement. Il y a donc une transmission de ces caractéristiques à la génération suivante.

C’est à travers ce processus de transmission de caractères semblables qu’a pu émerger ensuite le processus de variations.

Variation

Les variations, ce sont les modifications de certaines caractéristiques d’une génération à l’autre. Quand un « bug » ou une mutation fait que la descendance est légèrement différente de la génération parente.

Dans le cas des gènes, une variation au niveau des réplicateurs est à distinguer d’une variation au niveau du reste du corps. Si par exemple une maladie modifie l’organisme vivant, sans affecter ses cellules sexuelles, alors cette modification ne sera pas transmise aux descendants.

Ainsi, par variation, il faut entendre une modification des réplicateurs lors de la transmission de ces caractères d’une génération à l’autre. 

Sélection


Les variations peuvent être un avantage évolutif pour le nouvel individu,
le rendant plus résistants que les autres aux contraintes de l’environnement ou lui permettant de se reproduire plus facilement.
Par exemple, si un gènes responsable de l’architecture de l’œil chez un animal mute et permet à cet œil de capter une nouvelle gamme de fréquence lumineuse, que l’individu perçoit davantage de nuances de couleurs, cela constituera pour lui un avantage le rendant plus apte à survivre et à se reproduire. Il sera sélectionné. 

L’avantage conférés aux organismes possédant des version « mutante » du gène, va permettre à ce gène de commencer à se répandre progressivement dans la population générale, peut être jusqu’à devenir a terme la nouvelle norme (le truc le plus fréquent) dans le groupe.
Pour caricaturer, imagions qu’une bactérie devienne capable après une mutation de digérer un nouveau type de nutriment que les autres ne peuvent pas utiliser. Elle aura donc un énorme avantage par apport aux autres, se reproduira plus facilement que les autres, et donc les individu possédant cette modification deviendront de plus en plus nombreux. A terme, elles seront donc même plus nombreuses que celles qui ne peuvent pas utiliser ce nouveau nutriment.
(Dawkins détaille longuement cet exemple fascinant et issu d’une expérience réelle au milieu de son livre « Le plus grand spectacle du monde »)

Elles peuvent également être un désavantage, un handicap qui pénalise l’individu vis à vis des autres. L’individu aura donc tendance à moins se reproduire et ses gènes auront tendance à disparaître dans la population générale. Ou du moins à rester minoritaires si le handicap n’est pas trop important pour l’individu.
Par exemple, la trisomie 21 chez l’être humain n’est pas une modification mortelle du code génétique, on peut vivre avec cette mutation. Toutefois, cela affecte en profondeur la vie de l’individu à tel point qu’il sera pour lui beaucoup plus facile de transmettre ses gènes par la suite. D’une part parce que la mutation entraîne chez les mâles des troubles de la fécondité, d’autre part parce que l’autonomie des individus est grandement réduite. Par ailleurs, la mutation génétique étant inscrite dans chacune de leurs cellules, ils sont à peu près certains que s’ils font un enfant, l’enfant sera lui aussi trisomique et confronté aux mêmes difficultés.

Darwinisme et causalité aveugle

 

Voila comment fonctionne l’algorithme de l’évolution des réplicateurs génétiques. Un algorithme fonctionne de manière automatique selon des règles de type « Si A, alors B ». 

Si on voulait modéliser l’évolution des réplicateurs de la même manière, ça ressemblerait un peu à ça:
Si transmission, Si mutation, Si avantage reproducteur, Alors sélection
Si transmission, Si mutation, Si désavantage reproducteur, Alors pénalisation

Le rasoir d’Ockham nous invite à partir du principe que ce processus de sélection naturelle obéit au principe aveugle de causalité.
Si un gène se répand plus facilement que les autres, ce n’est pas parce qu’il en a envie, ou parce que Dieu le veut. C’est simplement parce que ses caractéristiques donnent à son porteur un avantage reproducteur par rapport à ses « concurrents ». Et l’avantage est tout ce qu’il y a de plus pragmatique.
Le processus est alors aussi aveugle qu’un algorithme informatique, il est non-intentionnel et entièrement causal, c’est à dire le produit du passé et des lois de la nature (la physique et la chimie).

***

C’est pour cela qu’on a tendance à considérer que les animaux ne sont pas libres. Ils « obéissent à leur instinct », qui est dicté par leur code génétique, et donc leur avenir est déjà en grande partie « écrit » dans leurs cellules. Chacune de leurs caractéristiques, de la couleur de leur peau au degré de sensibilité de leur système nerveux, est le produit de la nécessité, d’un ajustement aux contraintes de l’environnement.
Que ce soit pour plaire à une femelle ou pour échapper à un prédateur, chaque caractéristique possède une fonction qui à été sélectionnée sur le mode darwinien. Le hasard n’a pas de place dans la nature, pas plus que la liberté.

Rien n’est gaspillé dans la nature et dans la création des êtres vivants, pour la simple raison que si un individu gaspille de l’énergie à développer des caractères qui ne sont pas utiles à sa survie, alors d’autres individus concurrents, qui eux ne gaspillent pas cette énergie, pourront l’utiliser à faire autre chose qui sera un avantage. 
Une être vivant qui utilise de l’énergie à faire des choses inutiles à la transmission de ses réplicateurs est donc un être vivant qui sera moins susceptible que les autres de transmettre ses réplicateurs. Ceux-ci auront donc tendance à disparaître progressivement de la population.

***

On oppose instinctivement les humains aux animaux, en objectant « nous on a une conscience, un libre arbitre. Nous ne sommes pas soumis à nos gènes, parce qu’on est aussi influencé par la culture. Et on est conscient de nos actes, donc on a un pouvoir causal sur nos actions. C’est Descartes qui l’a dit, d’abord. Et Descartes c’est un grand monsieur, donc s’il l’a dit c’est surement que c’est vrai. »

Deux choses, donc, sont à aborder quand on parle des humains. L’émergence de la conscience, qui pose la question du libre arbitre, et la culture qui pose la question de la transmission non génétique.

 

La conscience d’accès: un avantage reproducteur issu de la sélection naturelle

« L’empathie est la meilleure arme des manipulateurs »

Qu’est-ce que la conscience? Bon, je vais faire vite parce qu’il faudrait développer ce sujet passionnant et très complexe dans un autre article. On va parler ici de la conscience d’accès indistinctement de la conscience de soi, cette capacité à la « métacognition », à la récursivité, à penser à ce qu’on pense.
Comment l’homme s’est-il doté de cette capacité, et qui semble faire défaut à la plupart des autres animaux?

Résultat de recherche d'images pour "récursive"

Si je reprend l’hypothèse de Susan Blackmore (2005), la conscience de soi est adaptative dans la mesure ou observer ses pensées et les mécanismes qui régissent notre propre comportement, permet du même coup d’anticiper le comportements de nos semblables, qui ont un fonctionnement similaire, et donc de s’adapter au mieux à leur présence dans notre environnement.

Dans le livre, elle qualifie cette compétence d »intelligence machiavélique, soit la capacité à avoir une analyse pragmatique et calculé des intentions des autres pour mieux déjouer leurs intentions hostiles mieux profiter de leurs intentions pacifiques. Aujourd’hui, je préfère parler d’empathie. 

En étant conscient de soi, c’est à dire en ayant la capacité de nous représenter mentalement nos émotions et nos besoins, on devient aussi du même coup potentiellement conscient des autres, de leurs émotions et de leurs besoins.
Dès lors, on peut soit les manipuler afin de servir nos intérêts, l’autre est alors une simple ressource pour satisfaire nos besoins, au même titre qu’un fruit ou de l’eau potable), soit coopérer afin de nous simplifier la vie.
Ou bien on peut choisir de coopérer et de mettre en place des stratégies mutuellement satisfaisantes, gagnant-gagnant.
(A ce sujet j’ai hâte de trouver le temps de lire « L’entraide, l’autre loi de la jungle ». Mais je ne l’ai pas lu donc même si on me l’a chaudement recommandé, je ne peux pas en parler pour le moment. J’éditerai l’article en temps voulu)

Cette conscience de soi permettant de nous représenter nos états mentaux, de nous représenter les états mentaux des autres (ce qu’on peut aussi appeler « la théorie de l’esprit ») est donc une capacité nouvelle du système nerveux dans l’histoire de son évolution, qui lui donne, on y revient toujours, un avantage reproducteur significatif.

***

La conscience de soi aurait donc émergé de la sélection naturelle génétique. Les individus dont le système nerveux devenait progressivement capable d’opérer un retour sur ses propres pensées se reproduisaient plus facilement que ceux qui n’en étaient pas capable.
Par la suite, cette capacité à été sélectionnée et s’est développée, améliorée, jusqu’à aujourd’hui ou elle peut même devenir « trop » performante, au point que notre cerveau perçoit des émotions, des visages ou une intentionnalité, voir des dangers la ou il n’y en a pas du tout.

On voit des visages dans une tasse de café, on attribue à Zeus les phénomènes climatiques orageux, et l’animisme veut même que chaque objet ou plante possède un esprit (on se rappelle tous la superbe chanson de Pocahontas, « Colors of the wind ». « But I know every rock and tree and creature, has a life, has a spirit, has a name »).
C’est un parfait exemple de notre tendance « excessive » à attribuer aux choses et aux autres des intentions qu’ils n’ont pas forcément en réalité.

On confond « Ce qui Est » avec notre représentation mentale de Ce qui Est. On confond la carte avec le territoire. Et lorsqu’on agit, c’est toujours à partir de notre représentation mentale.

Pourquoi notre théorie de l’esprit est-elle trop performante? S’il n’y a pas de hasard, que tout est causal, quel est l’intérêt de voir des choses la ou il n’y en a pas? En fait, c’est assez logique. Mieux vaut attribuer une intention à un cailloux dans notre chaussure (PREND CA, eheh), ce qui au pire nous fait passer pour un con, au mieux nous permet de devenir un chaman et de devenir chef d’une tribu, plutôt que rester stoïque devant un jaguar qui s’apprête à nous bouffer.
Question d’adaptation. On ne peut pas transmettre ses gènes si on est mort. Après, le versant pathologique de l’animisme, le fait d’attribuer une intention la ou il n’y en a pas, de voir des corrélations signifiantes la ou il n’y en a pas, cela peut aussi devenir un réel handicap, mais la on entre dans le champ de la psychose. Et force est de constater que c’est pas toujours évident de fonder une famille (transmettre ses gènes) quand on est psychotique.

***

Sommes nous les seuls animaux à posséder cette capacité à l’empathie, cette conscience de soi et de l’autre qui nous permet de nous les représenter mentalement ?
J’aurai tendance à penser que non, et qu’elle est bien plus courante qu’on ne pourrait le penser au premier abord. Je pense qu’on la trouve chez la plupart des mammifères, et chez oiseaux les plus intelligents, par exemple.
Même si elle ne sera pas aussi complexe que la nôtre dans le sens ou elle ne pourra pas se ramifier à l’infini comme nous sommes capables de le faire au point de nous donner le vertige (je sais que tu sais que je sais que tu sais que je sais que tu sais que je vais te donner le tournis si tu cherches à comprendre cette phrase).

Non, la conscience de soi n’est pas le propre de l’homme. En revanche, une différence significative qu’on peut mettre en évidence entre notre espèce et les autres espèces animales, se situe dans notre capacité à transmettre et conserver des données culturelles, c’est à dire une transmission non génétique de l’information, à travers le langage. Oral d’abord, écrit ensuite. C’est un gain de temps considérable que de ne pas avoir à redécouvrir à chaque génération ce que les précédentes avaient déjà découvert.

 

La mécanique de la transmission culturelle

Et c’est la que ça devient vraiment intéressant. On à tendance à penser, après le formatage scolaire jusqu’au Bac, qu’en gros on est en partie déterminés par nos gènes, mais pas seulement. Car la société et la conscience de soi jouent aussi un rôle sur notre identité, nos buts et nos comportements.
A la fac, j’avais même entendu que notre vie est déterminée à 50% par des facteurs génétiques, à 40% par l’environnement et à 10% par nos choix. Ne me demandez pas d’ou sortent ces chiffres, j’en sais rien, sans doute je ne sais quelle analyse factorielle dans je ne sais quelle étude. Ils sont probablement fallacieux (comme le coup de « 93% de la communication est non verbale », ou « on utilise que 10% de notre cerveau »). Mais à l’époque je les avais retenus donc voilà. C’est vaguement ce qu’on apprend à l’école.

Je pose la question que Dawkins posait il y a maintenant 40 ans, dans sa première édition du Gène égoïste: Les gènes sont-ils les seuls réplicateurs sur terre? Les seules entités qui ont émergé des lois de l’univers, qui ont pour fonction de survivre à travers le temps à tout prix, qui nous utilisent, nous, les organismes cellulaires, comme des véhicules pour traverses le temps?

La réponse de Dawkins est que non. L’apparition de la conscience de soi et de la conscience d’autrui comme étant notre semblable à permis l’émergence d’un nouveau réplicateur, le mème (du latin mimesis, imitation).

L’émergence des mèmes au sein de notre espèce, c’est un peu Pandore qui ouvre la boite offerte par Zeus. C’est une théorie profondément contre-intuitive. Mais encore si c’était que ca, c’est pas très grave, il y a d’autres théories contre intuitives (comme l’héliocentrisme) qu’on admet facilement une fois qu’on a pris connaissance des arguments. Non, le problème avec la mémétique c’est aussi et surtout qu’elle est profondément inconfortable pour nos cerveaux.
L’idéal serait d’aller directement voir ce qu’en disent les auteurs, ou les deux TED que j’ai mis en bas de l’article, mais je vais essayer d’expliquer ici de quoi il est question.

Le mème est un réplicateur, qui obéit aux mêmes lois de transmission/ variation/ sélection que tout réplicateur, c’est la définition.

Si le gène se transmet la plupart du temps à travers la reproduction sexuée, le mème lui se transmet par imitation d’un individu à l’autre.

Un mème, c’est toute information ou ensemble d’information qui peut être transmise par imitation d’un individu à un autre. La roue, le téléphone, les expressions du langage, la manière d’allumer un feu ou de mettre un coup de poings. Toutes ces choses sont des mèmes en ceci qu’ils sont des concepts ou des techniques qui peuvent être transmises par l’imitation. Jusque la c’est plutôt simple.

La sélection naturelle génétique à fini par rendre nos cerveaux suffisamment complexes pour nous rendre capable de percevoir les autres comme des semblables et d’avoir la capacité de les imiter.

La transmission d’un réplicateur n’obéit à aucune intention, aucun dessein, aucune volonté consciente. De la même manière que l’eau qui coule ne choisit pas ou elle se dirige, elle obéit simplement aux lois physiques qui régissent son évolution à travers le temps, de même les mèmes ne décident pas d’être ou non imités.

S’ils peuvent se transmettre, ils se transmettront. S’ils ne peuvent pas se transmettre, ils ne se transmettront pas. 
Ce qui Est ne peut pas ne pas être. Ce qui n’est pas ne peut pas Etre.

Il n’y a pas de place pour la liberté ou pour le hasard dans l’exécution d’un algorithme, l’ensemble des opérations sont régies par des lois. Nos ancêtres sont devenus capable de s’imiter les uns les autres. Dès lors ceux qui imitaient les comportements les plus utiles à la survie (comment se nourrir, éviter les plantes toxiques, se laver) avaient une meilleure espérance de vie, se reproduisaient mieux.
Autrement dit, ils transmettaient les gènes permettant à leurs porteurs d’être de bons imitateur. Par exemple en développant les régions cérébrales dédiées à l’empathie, ou les neurones miroirs permettant d’activer les mêmes régions cérébrales qu’une personne qui agit devant nous pour pouvoir facilement reproduire la même action par la suite… c’est à dire permettre un apprentissage par imitation (ou apprentissage vicariant)

Si un individu n’est pas capable d’imiter les autres, d’apprendre de cette façon à chasser pour se nourrir en assimilant les techniques de chasse les plus performantes, alors il sera plus susceptible de mourir de faim sans transmettre ses gènes. C’est pour cela que la sélection génétique s’est nécessairement mise au service des mèmes, qui ont dès lors commencé à diriger le sens général de l’évolution.

Selon Blackmore, ce serait ce processus d’imitation les uns des autres qui aurait donné naissance au langage symbolique complexe comme on le connaît aujourd’hui (je renvoie à son TED, dont le liens est en bas de l’article, ce sera vraiment plus simple) parce que le langage facilite la transmissions d’informations susceptibles d’être utiles. Par ailleurs, cela facilite également la coopération si on peut communiquer avec précisions les états mentaux les uns des autres pour se coordonner (par exemple pour chasser du gros gibier)

 

La conscience d’un point de vue mémétique

Ce qui est fascinant et terrifiant à la fois, c’est que l’algorithme est aveugle, et ne se soumet qu’a la nécessité. Dès lors, nos sentiments, nos buts, nos connaissances, ce ne sont pas réellement les caractéristiques qui définissent notre « Moi ». Ce sont simplement des mèmes qui sont transmis par l’imitation.
Ce fameux « Moi », ce ne serait d’ailleurs qu’un outil adaptatif sélectionné positivement dans notre espèce par l’algorithme darwinien, et si l’ou doute de la nature inconsciente des mécanismes de la conscience, on peut jeter un œil aux expériences de Libet dans les années 80 (entre autres travaux. Mais dites moi si vous voulez en savoir plus, j’ai de quoi en faire un article assez complet dans les tiroirs)

On « tombe amoureux » parce qu’on vit dans une culture ou les gens qui tombent amoureux ont plus de chances de transmettre leurs réplicateurs, c’est tout simplement un comportement qui à été favorisé par la sélection naturelle.

On à le sentiment d’être libre, de décider comment mener notre vie. Et pourtant, ces sentiments, ces décisions qu’on prend, sont en fait entièrement déterminées par le principe de causalité.

Et si tout ce que nous croyons être en tant qu’individu n’était qu’une illusion issue de notre imagination ? Si nous n’étions que les esclaves du principe de causalité, de l’algorithme des réplicateurs, qui nous utilisent pour se reproduire à tout prix ? S’il n’y avait de seule réalité que les réplicateurs égoïstes, et que tous ce que nous sommes, sentiments, idées, n’étaient que des instruments pour ces réplicateurs, afin de survivre à travers le temps? Et si le moi n’était qu’une illusion, rendue possible par la sélection darwinienne parce qu’il rendait son porteur plus apte à se reproduire ?

Tel est selon moi la portée réelle de ce qu’on appelle la théorie du darwinisme universel. Quand tout ce qui à lieu, que ce soit la vie ou la conscience, obéit à la nécessité, déterminé par la causalité. C’est un peu le même problème que celui de la matrice, et vous êtes dans la caverne de Platon.

 

Tu es un esclave, Néo (?)

Vous pouvez prendre la pilule bleue et rejeter cette idée, « boah, c’est n’importe quoi, je me sens libre, et tu peux pas prouver que le déterminisme est vrai. Ce que tu dis, ce n’est pas de la science, ce n’est que de la spéculation. Je n’ai pas plus de raison de te prendre au sérieux toi le scientiste, que les spéculations des religieux », c’est ce que la plupart des gens font.
Et tant mieux, s’il vous suffit de dire « c’est faux » pour croire que c’est vraiment faux, très bien. Il est aisé de confondre une chose et sa représentation.

Mais vous pouvez aussi prendre la pilule rouge et essayer de digérer cette idée, de la comprendre ou de la réfuter avec de véritables arguments, et réfléchir au sens que peut avoir l’existence, et la place de la liberté, dans un monde soumis au principe de causalité.

Vous pouvez aussi tenter d’expliquer comment un phénomène peut émerger de manière totalement indéterminée, comme on peut en observer à l’échelle quantique, mais pour ma part c’est ici que ma pensée arrive à sa limite, pour le moment. Je suis tout à fait incapable de comprendre ce que peut être un phénomène a-causal.

Si vous êtes dualiste, et préférez penser que l’âme agit de manière causale sur la chimie du cerveau pour nous rendre libre, vous pouvez alors en commentaire:

  1. Expliquer comment une âme qui s’inscrit dans un cadre spatio-temporel peut ne pas être elle même déterminée par la causalité (puisque la causalité ne se résume pas à la matière, mais à tout ce qui s’inscrit dans une temporalité. Même Dieu n’échappe pas à la causalité, si tant est qu’il pense dans un cadre temporel)
  2. Expliquer comment une entité immatérielle pourrait interagir avec des particules de matière en respectant le principe du rasoir d’ockham, c’est à dire sans faire intervenir de nouvelles lois de la physique purement spéculatives.
  3. Eviter de faire intervenir naïvement la physique quantique et l’effondrement de la fonction d’onde. D’une part parce que si l’âme influence les processus quantiques, alors ils ne sont plus indéterminés, puisque l’âme agit alors de manière causale sur les processus quantiques. Et d’autre part parce que l’indéterminisme ne rend pas libre: Si un processus survient dans le cerveau sans être soumis à la causalité, alors rien, pas même la conscience, ne peut l’influencer. Cela n’a donc rien à voir avec la liberté.

 

***

NB: Il est important de ne pas confondre la mémétique de Dawkins avec le désir mimétique de René Girard. C’est pas la même chose même si on peut s’amuser a faire des ponts entre les deux.
Personnellement je ne connais pas suffisamment bien le désir mimétique de Girard pour me prononcer.

On peut aussi faire un pont avec la théorie des jeux en mathématique. D’ailleurs Lê de la chaine science4all en parle longuement dans sa série de vidéos sur la démocratie du point de vue de la théorie des jeux. Dans cette série, il répond à un moment au commentaire d’un abonné qui parle de mémétique, et lui répond que d’après lui, il n’est pas utile de concevoir des réplicateurs pour penser les dynamiques culturelles dans les sociétés. A voir.


Petite Bibliographie qui m’a amené à écrire cet article:

  • Susan Blackmore, conférence TED « memes and temes »
  • Susan Blackmore (2005), La théorie des mèmes, pourquoi nous nous imitons les uns les autres?
  • Richard Dawkins (1975), Le gène égoïste
  • Stanislas Dehaene (2014), Le code de la conscience
  • Daniel Dennett, conférence TED « Dangerous memes »
  • Sam Harris (2012), Free Will. (Le bouquin est pas encore traduit en français)
Publicités

2 commentaires sur “La pilule rouge du Darwinisme universel

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s