Jésus, les accords Toltèques et la Communication NonViolente de Marshall Rosenberg

Un jour, un ami m’a demandé ce qu’il y avait a sauver dans la Bible. J’avoue que ma connaissance du texte atteint rapidement ses limites. Toutefois, ce qui m’est venu spontanément comme réponse à ce moment la, c’était de sauver Jésus en tant que personnage conceptuel.

Jésus, qu’il ait existé ou pas historiquement importe peu, il incarne des valeurs, des idées, une attitude face au monde. Jésus c’est « Aime ton prochain comme toi même », c’est « le père et moi ne faisons qu’un », c’est « Le royaume de Dieu est dans l’être humain ». C’est une source d’inspiration.

Un peu comme ce personnage de Chaplin dans « Le dictateur »:

(Version Française et illustrée si vous préférez)

J’apprécie beaucoup la puissance de cette vidéo, et les appels à la nature ou autre futilités saisissables avec l’intellect qui s’y trouvent n’y changent rien, de même qu’en musique une fausse note n’enlève rien à la beauté d’un morceau interprété avec le cœur. Cette vidéo nous parle jusque dans nos tripes, réveillant une conviction profonde inhérente au fait d’être vivants: Ce qui donne du sens à notre vie est ce qui nous fait ressentir de la joie, what makes us feel good.

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Etant né dans une société judéo-chrétienne, j’ai toujours perçu Jésus comme une sorte d’humain idéal, un exemple à suivre. Un mec sympa qui aime bien les gens. Le problème avec la Bible et les commandements de Jésus, c’est qu’ils sont des injonctions, des idéaux à atteindre, sans bien que l’on comprenne par quel chemin.

« Aimer son prochain comme soi même », en théorie tout le monde est potentiellement d’accord. Mais comment faire en pratique ? C’est facile d’aimer une personne qui nous ramène des croissants chauds le matin pour déjeuner. Mais comment fait-on pour aimer une personne qui nous casse les couilles, qui nous harcèle au travail, qui nous agresse physiquement ? Qu’est-ce qu’il en dit, Jésus ? Bah, on sait pas trop, c’est le problème. Il nous dit de pardonner, oui, mais c’est pareil, plus facile à dire qu’à faire…

En bref, l’enseignement de Jésus est un but a atteindre, un idéal source d’inspiration, ce n’est pas une méthode. De même, le speech de Chaplin, c’est une visée vers lequel pourrait tendre l’humanité, mais ça n’est pas une méthode. Elle n’explique pas comment procéder.

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Un autre truc dans le même genre que j’ai trouvé assez marquant dans mon parcours et dont je me sers toujours aujourd’hui, ce sont les accords Toltèques de Don Miguel Ruiz.
C’est un ensemble de bouquins qui mettent en avant des grands principes qui sont autant de guides pour avoir des relations humaines jugées épanouissantes (qui nous font nous sentir bien), à travers un paradigme plus ou moins spiritualiste. Voici un léger approfondissement sur les cinq accords toltèques:

1. Que ta parole soit impeccable

L’idée c’est de ne pas utiliser le langage pour communiquer « du poison émotionnel » c’est à dire une énergie de déliaison (violence, haine, culpabilisation…) que ce soit contre soi-même ou contre l’autre. Impeccable vient de « pécher » (peccato en italien). En gros, ne pas pécher avec notre utilisation du langage, dans nos interactions.
Ruiz part du principe qu’être violent envers l’autre revient en définitive à être violent envers soi-même, dans la logique du « on récolte ce qu’on sème ».

C’est en quelques sortes une vision conséquentialiste de l’utilisation du langage, et rejoint la sagesse populaire visant à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler… et pour ceux qui veulent opposer l’idée que la violence peut être légitime, notamment pour se défendre, je lui répondrai la phrase pleine de sagesse d’une amie:

« La question a se poser, ce n’est pas tant de savoir si la violence ça fonctionne, mais s’il y a d’autres méthodes possibles qui fonctionnent aussi bien »

Parce que la violence a un coût et des conséquences sur le long terme, et qu’elle est aussi un message sur qui l’on est. Les autres individus, avant de retenir ce que l’on dit, ils retiennent surtout ce qu’on fait. Je vois personnellement la violence comme un échec de la communication. D’où l’importance d’aiguiser l’utilisation qu’on fait de sa parole, afin d’éviter autant que possible de recourir à la violence dans la communication.

2. Quoi qu’il arrive, n’en fait pas une affaire personnelle

Cela renvoie à la distinction entre réalité et être, entre la carte et le territoire: La perception humaine est subjective, ainsi l’objectivité véritable n’existe pas. Personne n’a accès au monde tel qu’il est, puisque chacun porte un regard subjectif sur le monde. 
La réalité subjective de chacun est une construction mentale. Quand quelqu’un vous fait un reproche, ce n’est pas vous qu’il critique, mais la représentation subjective qu’il se fait de vous. Ce n’est pas la même chose, car autrui nous juge à partir de sa perception, celle ci étant biaisée par ses croyances, besoins et émotions. Cela peut déformer les faits de manière plus ou moins importante.

La construction de la réalité par le cerveau est comme un film au cinéma, et chacun est occupé à regarder son propre film. Il est possible que si vous alliez dans la salle de cinéma de votre voisin pour voir à quoi ressemble son film, il serait très différent du votre, même si vous vivez la même chose. Le prisme de la subjectivité modifie tout ce qui est perçu… la réalité en tant qu’expérience est une construction mentale, et il y a donc autant de réalités que d’individus.

Ainsi donc, quand on vous critique, gardez en tête que c’est une représentation subjective de vous qui est critiqué, et pas vous. Les critiques vous renseignent souvent davantage sur les besoins des autres que sur vous même. Mais cela, on en parlera davantage en abordant le 5e accord 😉

3. Ne fait pas de suppositions

A mes yeux, ce troisième accord est le plus difficile à appliquer. Ne pas faire de supposition, en gros cela revient à préférer la réalité à l’imaginaire. C’est à dire que plutôt que de s’enfermer dans des ruminations anxieuses qui vont générer tout un tas d’émotions inconfortables, il est préférable d’apprendre à poser des questions et à demander des choses aux autres, afin d’être fixé et d’être en relation avec l’autre plutôt qu’en relation avec ses seules projections imaginaires. 

On peut aller très loin, dans la torture psychique par l’imaginaire. On peut littéralement en mourir de chagrin sur le long terme. Et pourtant, ce ne sont que des pensées, ce n’est même pas la réalité.
Qui ne s’est jamais fait un sang d’encre parce qu’une personne que l’on attend est en retard et ne répond pas au téléphone ? On imagine le pire, on se fait tout un tas de scénarios catastrophes, on angoisse, ou est mal… jusqu’au moment ou la personne arrive et nous explique qu’elle avait plus de batterie et qu’elle était dans les bouchons. Et on se met à l’agresser parce qu’elle aurait pu prévenir, ou qu’on s’est inquiété « à cause d’elle »…

Et tout cela se passe uniquement dans notre imaginaire, uniquement parce qu’on a fait des suppositions sur ce qui est, au lieu de simplement patienter en attendant d’être fixé…
C’est cette torture mentale systématique que le 3e accord toltèque propose de cesser, pour se libérer du fardeau de l’imagination comme source d’anxiété.

Je dis qu’il est le plus difficile car notre capacité à faire des suppositions, des inférences statistiques pour se rendre le monde prévisible est une capacité qui a été sélectionné par l’évolution à une époque ou on était souvent en réel danger de mort. Cette capacité à anticiper sans arrêt les dangers potentiels nous permet d’avoir un contrôle sur notre environnement, d’anticiper l’avenir. C’est rassurant, cela apaise l’angoisse d’impuissance… Le truc, c’est que comme le dit si bien Lavoisier, tout est un poison et rien n’est un poison, c’est la quantité qui fait le poison. 
La définition même de la pathologie psychique c’est le fait d’avoir recours en excès à un mécanisme psychique normal et présent chez tout un chacun.

Le 3e accord ne demande pas de cesser d’anticiper l’avenir, c’est impossible, mais de privilégier autant que possible la communication et de garder en tête que nos pensées ne sont que des pensées, ce ne sont pas des faits.

Par exemple, au lieu de supposer que notre compagne est en colère et de lui parler « comme si elle était en colère », commencer par lui poser la question « est-ce que tu es en colère? », afin de déterminer si notre impression subjective est juste, ou si elle est erronée.
Cette manière de communiquer en étant à l’écoute de l’autre, plutôt qu’à la seule écoute de son imaginaire, facilite grandement la qualité des relations. 

C’est notamment un antidote aux mécanismes de défense du type projection et clivage, par exemple, si toutefois notre objectif fondamental est de prendre soin de la qualité de la relation.

Il n’est pas possible de cesser purement et simplement de faire des suppositions, mais il est en revanche possible de garder en tête que nos suppositions ne sont que des suppositions, ce ne sont pas des faits. On cesse alors de fusionner avec nos pensées, avec les histoires qu’on se raconte, et on est capable d’envisager d’autres hypothèses, de maintenir une attitude plus confortable, malgré nos suppositions automatiquement produites par notre cerveau (qui est fait pour ça).

 

4. Fais de ton mieux

Faire de son mieux, cela revient à congédier tout bonnement son juge intérieur, qui se retrouvera au chômage et devra apprendre à faire autre chose. Le juge intérieur nous reproche d’avoir mal agi, et nous invite à nous positionner en victime qui se flagelle: « Oui, j’ai mal agi, c’est ma faute, c’est ma très grande faute, je suis un misérable ».

C’est encore un mécanisme psychique qui peut devenir une torture, et qui est la dérive pathologique d’un mécanisme normal et utile, qui est l’esprit critique. La capacité à prendre du recul sur ses actions et paroles, afin d’apprendre de ses erreurs et de s’enrichir de ses expériences.

Faire de son mieux, c’est ne rien avoir à nous reprocher. De plus, si nous faisons de notre mieux, il nous sera beaucoup plus facile de nous défendre face aux critiques des autres, car nous seront alors notre propre allié, notre juge n’aura rien à nous reprocher.

Faire de son mieux est donc peut être la meilleure manière de cheminer vers la paix intérieure et la paix avec les autres… D’une certaine manière, il englobe tous les autres accords toltèques. C’est l’idéal ultime, la plus abondante source de joie…

Cependant, il ne s’agit pas de se flageller si l’on ne parvient pas toujours à faire de son mieux: nous sommes humains, nous avons des limites en terme de temps, d’argent, de santé et de compétences. Faire de son mieux signifie simplement faire le meilleur usage possible de nos moyens qui sont limités.

Quelque part, je suis convaincu que tout le monde fait toujours de son mieux à chaque instant, et l’impression de ne pas faire de son mieux vient en réalité d’un manque d’information sur les contraintes qui s’exercent sur nous, soit d’un décalage entre ce qui Est et notre représentation mentale de ce qui Est. Mais ce point sera l’objet d’un article à part entière plus tard, car c’est un très gros morceau.

 

5. Sois sceptique, mais apprends à écouter

C’est l’accord développé par le fils de Miguel, José, dans son bouquin sur le 5e accord. C’est aussi selon moi le plus complexe a saisir dans toute sa profondeur, c’est pourquoi je recommande de se concentrer dans un premier temps sur les quatre premiers accords avant de se pencher sur le cinquième. 

C’est en quelque sorte la conséquence logique du deuxième accord toltèque, et une manière de se servir au mieux de nos interactions avec les autres… Apprendre à écouter, cela revient à maîtriser l’art d’écouter comme une girafe en CNV. C’est à dire entendre les besoins et émotions derrière les jugements.
Ce que les gens disent, ce que les gens font, est la conséquence de leurs besoins et de leurs émotions. Tout ce qu’il se passe est une richesse, une information qu’il nous est possible de comprendre et d’insérer dans notre compréhension générale du monde comme un vaste puzzle, un faisceau de causalités intriquées.

Ainsi, même un mensonge renseigne sur la vérité. Il ne s’agit alors pas d’être un naïf petit mouton qui place une confiance aveugle en l’autre, même après avoir été trahi ou même après avoir été dupé. Il s’agit de cesser de vivre enfermé dans la prison de l’imaginaire et d’écouter ce qui est vivant en soi et en l’autre, d’être présent à ce qui Est, au delà des limites du langage et de la pensée symbolique.

Cela peut sembler abstrait au premier abord, mais cela pourrait rejoindre le 3e mode de connaissance de Spinoza, la connaissance intuitive, qui est une transcendance de la raison (elle-même une transcendance de l’imaginaire).

Cela consiste à se détacher de ses pensées, de ses croyances et convictions, ainsi que de celles des autres, pour être présent en pleine conscience à ce qui se vit de manière dynamique en tout un chacun, à chaque instant.

(PS: José est le fils de Miguel)

Dans mon exemplaire annoté du bouquin, j’ai écrit en phrase d’introduction « prière de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain », car oui il y a beaucoup de notions spiritualistes dans les accords toltèques qui semblent douteuses pour un esprit rationnel, mais non ca ne suffit pas à en faire un bouquin nul et inintéressant. Ca reste un bouquin d’une profondeur incroyable, qui peut changer des vies. Ce qu’on retient ce sont les accords, les principes qui fondent la réflexion de fond.
Ainsi je ne vous demande pas d’adhérer à l’intégralité du contenu des bouquins… juste d’envisager la possibilité qu’il s’y trouve des idées pertinentes pour améliorer la qualité des relations avec soi-même et les autres. Des idées utiles, qui peuvent vous servir.

« Les bonnes actions d’un homme n’effacent en rien ses mauvaises. Ni les mauvaises les bonnes » (Georges RR Martin)

Autrement dit, ne faites pas comme Onfray. Lui, dès qu’un auteur ou un personnage public fait une erreur à ses yeux, pouf, ca devient un connard.
Par exemple, chaque fois que Onfray parle de Mélenchon il dit exactement LA MEME CHOSE: il dit « AHA! Melenchon dit du bien de Robespierre! DONC Mélenchon est un vilain, FORCEMENT. Il n’est pas irréprochable à mes yeux, donc ce qu’il fait n’a aucune valeur. »
Onfray jette le bébé avec l’eau du bain. Il fusionne totalement avec ses pensées et est incapable de s’en détacher, de faire preuve de souplesse. Son système est très fixe, très rigide, c’en est presque dramatique.

Je préfère de loin l’idée que le mieux est l’ennemi du bien, et qu’il vaut généralement mieux faire quelque chose, même médiocrement, que de ne rien faire du tout. Ce blog en est d’ailleurs l’illustration: je suis loin d’être irréprochable dans ce que j’écris, mais je préfère produire des choses imparfaites que de ne rien faire. Quitte à y revenir plus tard pour améliorer la qualité de ce qui est écrit.

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La méthode qui d’après Isabelle Padovani (et je la rejoins sur ce point) permet de suivre l’exemple de Jésus et d’appliquer les accords toltèques qui vise à améliorer la qualité des relations que l’on entretien, c’est la communication non-violente de Marshall Rosenberg (CNV).
Si Jésus est un brasier ardent que l’on voit de loin, la CNV constitue les braises qui entretiennent le feu et lui permettent d’exister.

(Nb: L’essentiel de ce que je dis dans cet article est une sorte de résumé personnalisé de cette vidéo)

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On en arrive enfin au cœur du sujet: Qu’est-ce que la CNV et quels sont ses liens avec les accords toltèques et les enseignements de Jésus?

En fait, quand j’ai lu les accords toltèques pour la première fois, je me suis dit que c’était super, mais que ça serait très difficile à faire lire aux gens, précisément du fait du côté new age bullshit.
Du coup je m’étais dit que ça serait intéressant de reprendre les accords toltèques et de les mettre en perspective avec les recherches scientifiques contemporaines pour expliquer dans quelle mesure les accords sont pertinents comme guides pour mener des relations saines avec les autres.
Il s’est avéré qu’Olivier Clerc avait déjà plus ou moins fait le job. D’une manière assez imparfaite certes, mais il a eu le mérite de faire un parallèle entre le premier accord toltèque et la CNV de Rosenberg, et c’est déjà un point qui me semble essentiel.

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Pour reprendre au commencement, la CNV c’est l’art de communiquer avec les autres en étant en lien d’empathie avec eux. Mais cela s’applique aussi dans la relation avec soi-même. C’est une méthode inventée par Marshall Rosenberg, un psychologue américain, qui a été largement influencé par Gandhi et le Bhagavad-Gita (un livre hindou fondamental, mais que je connais pas trop). Depuis que j’ai lu son bouquin, c’est devenu une de mes bibles et j’en parle un peu a tout le monde.
Si la CNV plait à ce point, c’est parce que 1) c’est simple a comprendre (plus ardu à pratiquer) et 2) ça marche.

Cela se passe en quatre étapes (qu’on peut ensuite approfondir à l’infini):

1. Observation

Observer sans évaluer, cela revient à s’efforcer de ne pas interpréter ce qu’il s’est passé ou ce qu’il se passe. C’est à dire ne pas donner un sens orienté aux événements, ne pas leur prêter une intentionnalité à priori.
Il s’agit ici de démêler le fil de ce que je pense et de ce que je perçois. 

Dire « Alfred m’a payé deux verres hier soir » plutôt que « Alfred voulait me sauter hier soir ». Dans le premier cas, les faits rapportés sont neutres, dénués d’interprétation, ils auraient pu être également enregistrés par une caméra de surveillance. Dans le deuxième cas, il n’y a que l’évaluation subjective de la situation et on n’a même plus accès aux faits…
Or, la précision et la rigueur sont très importants, quand on veut développer des relations de qualité avec les autres et éviter les biais cognitifs. En bref, la précision est importante quand on veut démêler les choses et partir de ce qui est.

2. Sentiment

Dire ce que l’on ressent en disant « Je ». L’idée importante ici c’est qu’autrui peut parfois être l’élément déclencheur externe de nos émotions, mais il n’en est jamais la cause. Ainsi donc, autrui n’est jamais responsable de nos émotions. 

Vous n’êtes pas d’accord? Bien, laissez moi vous le démontrer avec un petit exemple:

Voici la situation: Lundi, vous avez invité un couple d’amis à prendre l’apéritif vendredi soir à 19h. Or, il s’avère que vendredi midi, ils vous informent qu’ils ne peuvent pas venir et préfèrent reporter.

Premier cas: Cela vous arrange car vous aviez vous aussi autre chose de prévu ce jour la et n’osiez pas annuler. Du coup, vous êtes soulagé qu’ils demandent à reporter.

Deuxième cas: Cela vous énerve car vous aviez tout acheté pour ce soir et êtes déçu de ne pas pouvoir les voir ce soir alors que cela vous aurait fait plaisir.

Dans les deux cas, les actions, paroles de l’autre sont strictement identique. Ce qui change, c’est votre disposition mentale à vous. Vous ressentez deux types d’émotions très différentes, mais cela n’a strictement rien à voir avec ce qu’a fait l’autre. Cela a juste a voir avec vos besoins du moments. Dans le premier cas, vos besoins sont satisfaits, et donc cela crée un sentiment de bien-être. Dans le deuxième cas, vos besoins ne sont pas satisfaits, et cela crée de la déception et de la colère. Ainsi, la cause de vos émotions, ce sont vos besoins. Ce ne sont pas les actions d’autrui. Ici, les actions d’autrui ne sont que l’élément déclencheur.

Prêtez donc bien attention à vos émotions et sentiments: ce sont eux qui vous indiquent si vos besoins sont satisfaits ou non, à l’image des voyants qui s’affichent ou non sur un tableau de bord de voiture…

3. Besoin

A la manière de la flamme d’une bougie, l’être humain est une structure dissipative soumise à la 2e loi de la thermodynamique.

Plus simplement, l’être humain est un être vivant en perpétuel changement, et pour préserver son fonctionnement, il a besoin de satisfaire certains besoins.
On commence évidemment par penser aux premiers besoins vitaux physiologiques: besoin de respirer, de manger, de boire…
Mais l’être humain a de nombreux besoins pour préserver son bien être et son intégrité, et certains sont moins visibles que d’autres.

Les besoins sont le tronc commun de l’humanité: ils sont universels, et la conséquence de la condition humaine.
La satisfaction des besoins est source de bien-être et de joie, la non satisfaction de nos besoins est source d’émotions négatives (peur, colère, tristesse). 

L’enjeu important ici est que la satisfaction de certains nos besoins dépendent d’autres personnes. C’est alors que l’on aborde un concept important, qui est l’inter-dépendance sous-jacente à l’organisation d’une société. C’est pourquoi, puisque l’on dépend d’autrui pour satisfaire certains de nos besoins, il est important d’apprendre à faire des demandes aux autres pour y répondre.

4. Demande

La demande est l’aboutissement de la CNV, car c’est l’étape ou s’incarne tout notre pouvoir. A travers la demande, on peut aider les autres à nous aider, c’est à dire leur donner l’occasion de contribuer à ce que notre vie soit plus belle et agréable.
L’un des postulats de base de la CNV c’est que cet élan de contribution, ce plaisir que l’on ressent à aider à l’autre a enrichir sa vie, est aussi universel chez les humains que les besoins eux-même.

Plus notre demande sera en harmonie avec nos besoins et sentiments, plus il sera facile pour l’autre de comprendre le sens qu’elle véhicule, et donc plus il sera facile pour lui d’y accéder, car ce sera l’occasion pour lui de faire usage de cet élan naturel de contribution. En cela, les besoins sont un présent que l’on offre à l’autre.

La question est alors de savoir comment procéder pour faire une demande selon le processus de la CNV? Tout d’abord, il est important d’utiliser un langage d’action positif. C’est à dire d’informer l’autre des actions qu’on aimerait qu’il réalise afin de contribuer à satisfaire nos besoins.

Le langage positif s’oppose au langage négatif qui serait d’informer sur « ce que l’on ne veut pas » sans préciser ce que l’on veut. Par exemple, dire « Ne touche pas à ce gâteau avec tes doigts » est un langage négatif. Une manière de reformuler cette phrase en langage positif serait de dire par exemple, « est-ce que tu veux bien utiliser une cuillère pour te servir du gâteau? car c’est important pour moi que l’on évite de toucher aux parts des autres pour respecter l’hygiène… »

Ici, on fait une demande concrète, facile à réaliser pour l’autre, tout en l’informant sur le besoin qu’il nourrit chez nous à travers cette demande, afin qu’il comprenne le sens qu’a notre démarche.

On oppose par ailleurs les demandes (négociables) aux exigences (non négociables). En effet, lorsqu’on entend une demande comme un ordre, cela instaure une relation de pouvoir, d’ascendance entre les individus, et cela a tendance à lever des mécanismes de défense chez la personne qui reçoit la demande, puisque celle-ci entre en conflit avec le besoin de liberté et d’autonomie présent chez tout un chacun.

On ne sait si une demande est une exigence que si le refus est acceptable ou non. Si notre démarche est une demande, on peut entendre un refus et chercher à trouver une autre solution pour satisfaire nos besoins respectifs dans la relation. Si notre démarche est une exigence, un refus ne sera pas accepté et entraînera de la colère, puisque la colère est un refus de ce qui est. 

En CNV, on essaie autant possible de développer la coopération à travers l’inter-dépendance, ce qui implique d’éviter autant que possible les relations de pouvoir, notamment que l’on entretien à travers un système de punition et récompens. La CNV vise à transcender un tel système, avec l’idée qu’autrui accède à notre demande, non parce qu’il en attend une récompense ou qu’il craint un châtiment, mais parce qu’il a compris le sens qu’avait notre demande, et dans quelle mesure elle contribue à nourrir nos besoins mutuels et apporte de la joie dans la relation entre nous.

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L’équipement de l’alchimiste, incarner le changement qu’on aimerait voir dans le monde

« L’amour pour épée, l’humour pour bouclier »
Bernard Werber

L’épée du langage est à double tranchant, ou bien à double poignée

L’épée est l’arme du chevalier, son outil, l’instrument avec lequel il peut accomplir sa volonté, et avec laquelle il triomphe des obstacles.

Le langage de la violence, que l’on appelle aussi le langage chacal, est un langage à double tranchant, en ceci que l’on récolte ce que l’on sème. C’est dit depuis 2000 ans. C’est aussi ce que dit Ruiz dans les accords toltèques, avec l’idée que pécher contre autrui revient à pécher contre soi-même.

Son inverse est aussi vraie: sers la vie, et la vie sera à ton service. Je le constate, il est beaucoup plus facile d’évoluer dans la vie quand on applique la CNV au quotidien, notamment dans le milieu professionnel. Les gens qui se sentent compris et entendus sont des gens qui prennent plaisir à nous aider, nous rendre service et répondre à nos besoins. 
On en revient toujours à la même chose, qui est l’idée d’inter-dépendance vis à vis de la satisfaction des besoins. Ce qui dans le langage de la violence peut être douloureux et tranchant, devient doux et agréable en langage girafe. Une épée jusque la utilisée pour répandre le sang peut devenir un bâton, un levier pour soulever le monde.

C’est l’une des phrases fétiches de Marshall: connect before correct. Dit autrement (c’est à dire façon Padovani), ventre affamé d’empathie n’a pas d’oreille.

Autant le langage chacal est du poison émotionnel, autant le langage girafe est de la magie blanche qui permet d’apaiser les blessures et de diminuer la douleur en permettant à celle-ci d’être mesurée par une autre personne.
Quand une personne aura reçu toute l’empathie dont elle a besoin, elle sera beaucoup plus disposée à entendre des choses venues de l’extérieures, des solutions ou à se connecter à son tour aux émotions d’une autre personne. Elle sera elle aussi en mesure de tendre l’oreille.

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« On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible aux yeux »
Antoine de Saint Saint-Exupéry

Giraffe translate, l’art d’écouter avec le cœur afin d’être protégé des blessures émotionnelles

Le deuxième accord toltèque permet de ne plus subir la violence et les jugements, en les traduisant dans une autre langue, la langue girafe. Comme une armure qui transformerait de l’air toxique en oxygène, que l’on peut respirer afin de permettre à la vie de s’exprimer.

La CNV permet aussi de voir les besoins derrière les jugements que l’on formule envers soi même. Ceux-ci sont un héritage de nos conditionnements sociaux, des règles morales et des structures de sens qui définissent ce qui est « bien » et « mal », c’est à dire des structures de sens qui jugent de ce qu’on « doit » faire et de ce qu’on ne « doit » pas faire. C’est une structure de sens coupée des besoins. La CNV permet de rétablir cette connexion à nos besoins.

Auparavant, je pensais que pour mettre le surmoi en PLS il fallait utiliser le 4e accord toltèque, afin de n’avoir rien a se reprocher. Mais en fait il y a deux outils pour neutraliser la violence du juge intérieur, et le 2e accord est le premier.
En identifiant les besoins derrière les jugements du surmoi, on crée un lien d’empathie avec lui qui nous reconnecte a nos valeurs, à ce qui est important pour nous.
Car ne l’oublions pas, « le juge », « le surmoi », ne sont que des mots visant à décrire un vécu intérieur, mais ne ce sont pas des réalités en soi. Le juge n’est jamais qu’une voix qui s’exprime en nous, parmi d’autres, et il y en a parfois plein, plus de 2. Ces voix sont toujours l’expressions de besoins en nous, exprimés de manière plus ou moins bienveillante, plus ou moins efficace ou tragique.

Le 2e accord permet de se connecter aux besoins, et de ne rien prendre personnellement dans la mesure ou tout discours procède d’une subjectivité, et donc ne parle pas de nous, mais juste d’une représentation subjective de nous.

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Les lunettes: Etre en relation avec l’autre plutôt qu’avec ses représentations subjectives

Ne pas faire de suppositions permet vraiment d’investir le lien avec l’autre, d’être en relation, comme pris dans une danse qui ne peut véritablement se pratiquer qu’à plusieurs.

L’un des effets remarquables de la CNV est qu’elle change en profondeur le regard qu’on porte sur soi, sur les autres et sur le monde. Notre regard devient le reflet de la vie: dynamique, en mouvement, fluide, une singularité permanente. On est alors prêt à faire l’expérience du présent en tant qu’il est un cadeau de chaque instant.

L’imaginaire et l’intelligence sont une grande richesse, qui permettent de faire de grandes choses… mais peuvent devenir une prison quand ils se placent entre nous et le monde, entre nous et l’autre. Quand l’imaginaire prend trop de place pour nous permettre d’être présent à ce qui est, cela nuit aux relations que l’on peut entretenir, tant avec les autres qu’avec soi.

Avant de penser, il convient d’être présent, et de se relier à ce qui est vivant. Sagesse du corps, sagesse des émotions… apprendre pour commencer à faire confiance à son corps plutôt que, tel Paul de Tarse, le traîner derrière nous comme un esclave.

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L’étendard: se libérer de la croyance au libre arbitre et rechercher la joie au quotidien

J’ai consacré à cette partie un article entier, qui est en cours d’écriture, parce qu’il est un point fondamental de mon paradigme actuel.

L’idée ici serait pour commencer de se détendre vis à vis de nos moyens et de nos limites. Réduire l’écart conflictuel entre le moi et l’idéal du moi. Accepter l’impuissance, la non toute puissance.

L’une des caractéristiques du langage chacal qui juge, c’est que l’individu à ce moment se prend pour Dieu. Le 4e accord toltèque est un consentement à ce qui est. Oui, je suis humain, mes moyens d’action ne sont pas infinis, et parfois, je suis confronté à la résistance du réel. Et c’est ok, je suis en paix avec mes limites. 

Si je ne suis pas en paix avec mes limites, c’est qu’il y a en moi une souffrance associée à un besoin sous-jacent, avec lequel je peux me relier en empathie. Peut être un besoin de contribution? Nous avons des rêves, des aspirations, et il convient d’adopter des objectifs à la mesure de nos moyens et de nos limites, sans quoi, le conflit entre le Moi et l’idéal du moi sera éternel, cela entraînera dévalorisation, culpabilisation, tristesse et dépression.

Il est donc important que je me souvienne que quand je fais de mon mieux, alors je n’ai rien à me reprocher, car je n’aurai pas pu faire davantage que faire de mon mieux. C’est le principe de réalité, c’est le témoignage le plus précieux du fait que je suis vivant.

Par ailleurs, la CNV n’est pas une méthode facile à appliquer, quand bien même notre élan pour la maîtriser est très fort. Cela a pris des années à son créateur pour parvenir à appliquer ses propres principes. Dès lors, pourquoi se flageller parce que l’on rencontre des difficultés, que l’on fait des erreurs? Chaque erreur est un apprentissage, et donc une source de joie et de célébration. Peut-être que celui qui tombe et se relève en sait davantage que celui qui n’est jamais tombé…

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Transcender les discours: La présence à ce qui Est

Le cinquième accord, c’est apprendre à percevoir ce qui est au delà de la narrativité. C’est entrevoir l’être, au delà de la réalité, au-delà de notre subjectivité, sans l’atteindre jamais, mais le toucher du doigt.

C’est la que la vie devient une forme de jeu, puisque tout devient porteur d’informations, d’une richesse intrinsèque. On ne prend plus pour « vrai » le discours narratif produit par une subjectivité (quelle qu’elle soit, quand bien même serait-elle produite par Einstein), mais on prend en compte de discourt pour mieux comprendre quelle est la personne qui l’a produite, et les besoins qui motivent ses paroles.

On peut rapprocher cela du panthéisme de Spinoza, qui définit Dieu comme étant « la nature », autrement dit Dieu c’est l’intégralité de ce qui est, l’ensemble de la matière physique qui le constitue.

Et si la causalité et le déterminisme régissent l’évolution de ce qui est, il m’est possible de m’identifier à tout ce qui est en tant que vaste système complexe en interaction, quand bien même ce qui me permet de procéder à cette identification, mon corps, est une infime partie de tout ce qui est… C’est peut-être en cela que Jésus dit que le père et moi ne faisons qu’un. Si Dieu est le tout, et que je suis une partie du tout, je suis une partie de Dieu. Dès lors, nous sommes tous une partie de ce tout, se vivant en tant qu’une conscience subjective dans un corps séparé, dans un monde limité. Après tout, cela aussi, c’est un discours… Et en conséquence, ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est que j’apprenne à écouter… que je sois présent à ce qui est. 

Car je suis

 

 

 

2 commentaires sur “Jésus, les accords Toltèques et la Communication NonViolente de Marshall Rosenberg

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