Les stratégie oratoires: Discours fleuve et discours orage

Quand j’étais au lycée, j’avais été pas mal marqué par les bouquins d’Olivier Clerc:

  • La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite (2005)
  • Même lorsqu’elle recule, la rivière avance (2010)

Ce sont des bouquins ou il utilise des allégories et des images pour nous parler de phénomènes de la vie quotidienne. Ça m’avait pas mal parlé à l’époque (moins quand je l’ai relu quelques années plus tard, en ayant cheminé de mon côté)

Mais de cette période j’ai gardé mon goût pour les images et les métaphores, la pensée en symboles et en référence aux éléments naturels. C’est presque plus fort que moi, « ça me parle ». J’ai donc eu l’idée d’en présenter quelques unes sur ce blog dans une catégorie à part.

Pour commencer, je voulais parler du langage. Je n’ai malheureusement pas lu le bouquin de Schoppy sur l’art d’avoir toujours raison, néanmoins j’ai pu constater, en observateur de nombreuses joutes oratoires, que deux stratégies se démarquent par leur efficacité quand il s’agit de remporter une bataille (mais pas forcément la guerre).

Il s’agit du Discours fleuve et du Discours orage

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Les premiers sont dans la labilité verbale et émotionnelle, parlant sans interruption jusqu’à noyer leur interlocuteur qui, las d’attendre de pouvoir en placer une, finit par renoncer à remporter l’échange.

Les deuxième ont tendance à s’énerver et hausser le ton, jusqu’a submerger leur adversaire d’une violence en décibels qu’ils ne peuvent pas encaisser et donc se rétractent naturellement comme un hérisson se roule en boule pour se protéger de l’extérieur.

Et comme la réalité est complexe, et pas manichéenne, il y a aussi ceux qui combinent les deux: qui parlent sans interruption, et haussent le ton à mesure que le débat avance, dans une sorte de crise d’hystérie, gueulant sans interruption sans laisser l’autre s’exprimer. Puisque l’éléctricité de l’orage est conduite par l’eau du fleuve, le combo est dévastateur.

Malheureusement, ca n’est pas forcément utile, et ne fait pas nécessairement avancer le schmilblik sur le long terme. Comme dit plus haut, remporter une bataille ne signifie pas remporter la guerre.

Et si, comme dit Werber dans chacun de ses bouquins, il ne suffit pas d’avoir raison pour convaincre, j’ajoute qu’il ne suffit pas de convaincre en apparence pour en conclure qu’on a raison.

Ca n’est pas pour stigmatiser, juger ou culpabiliser que j’ai volontairement utilisé le terme d’hystérie plus haut. C’est que l’hystérie est une pathologie du narcissisme, et que la volonté de remporter une joute oratoire quitte à ce que le fond de l’échange en pâtisse, en refusant à l’altérité le temps et le droit de développer son propos autant que nous, c’est simplement une stratégie égotique pour sauver un narcissisme menaçant de s’effondrer. C’est donc révélateur d’une fragilité interne.

Le recours au discours fleuve ou au discours orage, s’ils permettent de remporter un débat, sont donc avant tout des aveux de fragilités narcissiques, qu’il est bon de chercher à comprendre, afin de mobiliser toutes nos énergies dans la même direction, et servir nos buts sans être aliéné par nos passions, qui voudraient nous diriger dans une autre direction que celle que nous avons décidée avec notre raison. 

(Un jour, faudra quand même que je lise Spinoza)

 

Un commentaire sur “Les stratégie oratoires: Discours fleuve et discours orage

  1. Je suis narcissique et j’avoue que j’utilise systématiquement les deux stratégies lorsque je me sens en danger de ne pas pouvoir m’exprimer suffisamment et être suffisamment le centre de l’attention (bref hyper souvent).
    J’aimerais pouvoir utiliser à la place des procédés rhétoriques plus efficaces parce que je me rends bien compte que lorsque j’utilise ces procédés les gens me sortent un «oui oui si tu veux t’as raison» qui n’est pas du tout convaincu et qui sert juste à me faire taire, mais lorsque je suis dans une discussion (enfin un débat) où je ne me sens pas à mon avantage ces stratégies me sont indispensables pour ne pas me sentir perdre la face et subir la honte que cela représente, honte qui est en général la pire crainte d’une personne narcissique.
    En général je n’aime pas trop l’emploi du terme «narcissique» pour quelquechose qui ne désigne pas l’atypie en question spécifiquement mais là pour le coup je me rends compte que les stratégies décrites, même si elles peuvent être utilisées par des personnes non-narcissiques, font beaucoup écho à mon vécu en tant que personne narcissique donc j’approuve.

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