L’alchimie émotionnelle: Transmuter les jugements en besoin

Le rêve de l’alchimie consiste à transformer les éléments chimiques en violant le principe de causalité, par magie. Typiquement, transformer l’oxygène en or. Parce qu’avec de l’or on peut faire plein de trucs sympa.

Je me m’attarderai donc pas sur l’alchimie en tant que telle, qui est au mieux une métaphore esthétique pour mesurer la hauteur du mont improbable (#Dawkins) qu’a gravi la sélection naturelle pour arriver jusqu’en 2018.

En CNV, on distingue deux types de langages:

Le langage chacal

Issu des conditionnements sociaux, sous tendu par la morale, celle-ci ayant pour fonction d’organiser les rapports humains dans la société pour rendre autrui plus prévisible et crée un sentiment de sécurité.
Le langage chacal est basés sur les rapports de domination/soumission, de pouvoir et de violence entre les individus.
C’est un langage qui juge, c’est à dire qui fige, et met les gens dans des cases précises afin de donner du sens au monde et de s’en construire une représentation imaginaire. La fonction de cette représentation est d’opérer une réduction de la complexité du monde, pour pouvoir anticiper l’avenir rapidement. L’ennui étant qu’on risque alors que cette réduction nous fasse commettre des erreurs et nous enchaîne dans une prison que l’on a construit nous-même. La prison de notre imaginaire, la prison de la raison, de l’intelligible, du représentable. La prison du contrôle, qui à terme vise symboliquement à chosifier le monde pour en disposer tel un démiurge.

Le langage chacal, c’est le langage de celui qui se prend pour dieu-juge, et qui regarde le monde en tant qu’observateur depuis le haut de sa montagne.

Le langage girafe

Issue du cœur, c’est à dire basé sur l’écoute empathique de ses besoins et de ceux des autres.
C’est un langage dynamique, qui ne fige pas et veille à demeurer conscient du « miracle du présent », sans cesse en mouvement. C’est donc un langage dénué de tout jugement. C’est une danse perpétuelle avec ce qui est, qui ne s’intéresse qu’a l’instant présent pour s’ajuster à lui en harmonie.

Ce langage est plus long à utiliser, mais il permet aussi de faire beaucoup moins d’erreurs d’interprétation que le langage chacal, car c’est un langage qui fonctionne avec l’autre, et pas aux dépends de l’autre.

Le langage girafe vise aussi et avant tout à prendre soin de la relation et de la confiance mutuelle, faisant passer au second plan tout le reste, notamment le résultat espéré de cette communication. En effet, c’est un langage de l’instant présent, pas un langage de l’avenir ni du passé.

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L’alchimie émotionnelle

La CNV est une méthode de traduction du langage chacal, avec l’idée qu’un chacal est en réalité une « girafe qui s’exprime mal ».
Le principe est simple: les jugements sont l’expression tragique de besoins insatisfaits.
Mais réjouissons nous, car dès lors qu’on entend un jugement, c’est alors une occasion de se connecter au besoin qui l’a généré. On traduit le langage chacal, pour révéler le sens réel de ce que la girafe qui est en lui à voulu exprimer pour manifester ce qui est vivant en lui.

Je tenais à en faire un article car je sais d’expérience que cet outil peut grandement faciliter la manière d’entendre ce que nous disent les autres, mais aussi et surtout ce qu’on se dit à soi même.

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Ceci étant dit, la CNV est avant tout une pratique, et non une théorie. Ainsi, la meilleure manière de s’approprier intuitivement la méthode de la transmutation des jugements en besoin est je pense de partir de certains exemples, puis de s’entraîner par soi-même.

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Relation à soi-même:

« Je suis égoïste » devient « c’est important pour moi de penser aux autres »

« Je suis moche » devient « Je suis déçu(e) de mon apparence aujourd’hui car c’est important que je puisse m’apprécier physiquement »

« Je suis vraiment bordélique » devient « J’ai besoin de prendre soin de mon lieu de vie pour me sentir bien »

« Je suis un(e) bon(ne) à rien » devient « C’est important pour moi de me sentir compétent(e) pour faire des choses qui ont un sens »

« Je suis un(e) irresponsable » devient « C’est important que j’agisse de manière responsable pour être satisfait de moi-même »

On peut par ailleurs remarquer ici que le concept de besoin est assez proche du concept de valeur. L’idée c’est de reformuler le jugement pour le reconnecter à l’énergie qui l’a alimenté, la valeur qui à généré cette pensée négative automatique.
Cela permet de relancer la dynamique psychique dans la direction des besoins et des valeurs, afin de retrouver ce qui peut embellir la vie de la personne, que ce soit vers des actions engagées et porteuses de sens vis à vis de ces valeurs/besoins, ou en modifiant des habitudes, transformant des cercles vicieux en cercles vertueux.

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Relation aux autres (ca peut marcher dans les deux sens):

Dans la relation aux autres, il est important de distinguer entre observation et évaluation. L’observation est une évocation de faits, l’évaluation est l’interprétation subjective de ces mêmes faits pour leur attribuer un sens. 

Il arrive souvent qu’on me dise, à la Natacha Polloni, que « les faits ca n’existe pas, il n’y a que des interprétations ». Et à ceux-la, je dis, oui au fond peut être, mais osef, vraiment. L’important est d’être le moins interprétatif possible, et tout se joue dans l’intention de la communication… voyez plutôt:

« Tu ne m’écoutes pas » devient « j’ai besoin de me sentir écouté »

« Tu arrives tout le temps en retard » devient « les trois dernières fois que tu es venu, tu es arrivé avec 10 min de retard »

« Tu es un goinfre » devient « les dernières fois que l’on a mangé ensemble, je t’ai vu te resservir »

 

PS: Une très très bonne manière de commencer cet exercice de transmutation, est de procéder juste après avoir fait le test de Jung, que j’aborde dans un précédent article. Bon exercice selon moi pour changer de perspective et au passage se donner un peu d’empathie à soi même.

 

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Sources:

Le contenu de fond de cet article est issu de l’ouvrage de Marshall Rosenberg sur la CNV, dans lequel on peut trouver d’autres exercices similaires à ceux de cet article.

Les concepts de « chacals » et « girafe » sont présents dans les interventions publiques de Marshall, mais aussi dans certains ouvrages, notamment lui (que je suis en train de lire):

 

 

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