Les étiquettes conceptuelles dans lesquelles je me reconnais actuellement

Il me semble intéressant et important que chacun, et donc avant tout moi même, s’interroge sur ce qu’il est, ce à quoi il se rattache. Autrement dit, à quelles cases conceptuelles on s’identifie (ou on est identifié par les autres) lorsqu’on construit un paradigme rationnel, pour avoir une représentation du monde cohérente et partageable.

Car ces choses qui nous définissent sont aussi ce qui va nous influencer, ce qui va orienter notre manière de penser, ce qui va nous limiter. Nos chaînes sont nos œillères. Et il est éclairant pour soi comme pour les autres qu’on les identifie. C’est donc ce que je vais faire ici.

Notons qu’il est possible que l’utilisation que je fais des mots manque peut être d’exactitude et de rigueur. Je ne suis pas philosophe. Mais quand bien même, il me semble possible de voir derrière la forme quelque élément de vérité quand à ce que je suis à présent, au niveau intellectuel.

Ces étiquettes ont beaucoup évolué au fil des années, de mes lectures et découvertes, et évoluent certainement toute la vie chez tout le monde. J’essaierai donc de maintenir l’article à peu près à jour au fur et à mesure.

***

Relation avec la réalité:

On dit parfois de moi que je suis scientiste, a cause de mon attachement à la théorie de l’évolution, et en particulier la notion de darwinisme universel et de mémétique. En réalité, je l’ai sans doute été à une époque, mais beaucoup moins aujourd’hui. J’ai cessé de croire qu’on pouvait accéder à ce qui est à partir d’une conscience subjective.

Du coup, cela fait sans doute de moi un relativiste: je considère que ce que les gens disent est relatif à leur point de vue. Ils produisent un discours, construisent du sens à partir de leurs états mentaux, de leurs perceptions, et on peut trouver ce discours plus ou moins pertinent. Mais c’est à peu près tout ce qu’une subjectivité peut faire: produire des discours sur le monde. C’est pourquoi je distingue fermement la réalité (construction subjective) avec ce qui est (en soi, au niveau ontologique), ce que je développe dans un article. On peut aussi dire que je suis constructiviste, du coup.

Je suis matérialiste, autrement dit je pars du principe que tout ce qui existe est matériel, et que la magie (les phénomènes qui violent les lois physiques) est une notion issue de l’imaginaire humain. On peut donc aussi bien dire que je suis physicaliste (ca veut dire la même chose mais en mieux, car cela inclut les ondes, l’espace, les champs magnétiques et tous les autres trucs physiques qui ne sont pas constitués de particules)

Je suis parfois tiraillé entre le matérialisme et le spiritualisme, ce sont comme deux facettes de mon univers intérieur, mon plus grand paradoxe. Ma raison est séduite par la clarté du déterminisme et ce qu’il me permet de comprendre sur moi et sur le monde, mais mon coeur est conquis par la beauté du spiritualisme. Et j’essaie de réunir les deux en un tout cohérent, mais il est difficile d’en faire un tout cohérent sans compromis, et en gardant intacte la beauté. Mais j’en ai déjà un peu parlé dans mon article sur le spiritualisme ludique… 

En conséquence directe du matérialisme, je suis déterministe: je considère que les événements qui se déroulent dans l’univers à l’instant T sont le produit de l’état de l’univers à T-1 et des lois de la nature, en vertu du principe de causalité. Ca me va aussi de dire que je suis nécessitariste, bien que l’indéterminisme quantique (ou hasard ontologique) et la radioactivité soient des phénomènes potentiellement indéterminés, et qu’à ce titre, « ce qui s’est passé aurait pu être autrement », mais cela n’est qu’hypothétique.
Peut-être qu’un jour, quand je constaterai l’impact chaotique significatif de l’indéterminisme quantique sur le monde macroscopique, je cesserai d’être déterministe et je deviendrai… chaoticien ou je ne sais quoi… Mais honnêtement, cela ne changera quasiment rien à ma vie. Juste à mon étiquette philosophique et à la précision de mon paradigme. Et cela ne me fera pas pour autant attribuer davantage de libre arbitre aux humains.

Je suis émergentiste, considérant que des phénomènes complexes peuvent survenir à partir d’une certaine conjonction de phénomènes simples. Classiquement, la vie qui émerge à partir d’un processus de réplication de protéines, ou la conscience à partir de l’activité conjointe de cellules organisées d’une manière qui rend cela possible.

Je suis compatibiliste en ceci que je considère que l’on est libres dans un monde déterministe. J’en parle plus en détails dans un autre article qui est encore en cours de réecriture…

 

En politique:

Je suis humaniste, autrement dit que j’essaie d’agir au quotidien pour servir le bien-être de l’humanité. J’ai par ailleurs des sympathies pour le post-humanisme même si bon c’est encore un truc balbutiant et je n’en ai lu que la page wikipedia.
Cela me conduit naturellement à être un allié des mouvements féministes, et je rejoins assez la citation de Maisie Williams qui considère que le féminisme est une conséquence évidente de l’humanisme. Par féminisme, j’entend la volonté d’abolir les rapports de domination entre les genres dans la société, pour construire une égalité vécue comme tel par tous. En fait, dans l’idéal, j’aimerai abolir tous les rapports de dominations en général, c’est le principe même de la Communication NonViolente d’ailleurs. Mais je ne suis pas assez politisé pour me reconnaître dans l’anarchisme au sens noble du terme.

Je considère que les valeurs de la droite en politique sont issues de la croyance au libre arbitre (qui entraine les notions de mérite et de responsabilité). Du coup, puisque je ne crois pas au libre arbitre, il m’est très difficile d’être de droite, comme le disais jadis une psychanalyste que je connais (qui expliquait qu’il est difficile d’être de droite quand on est psychanalyste). Je me situe donc plutôt du côté de la gauche antilibérale, mais la politique n’est pas vraiment un domaine que j’ai étudié de manière approfondie. Mon positionnement reste à construire. Même si je vais quand même voter à chaque élection.

Je ne pense donc pas être un gauchiste: je ne défend pas une posture, ni un parti politique. J’essaie avant tout de défendre les vrais gens du monde réel.

Je suis existentialiste. Ce que je définirai un peu rapidement comme le contraire de l’essentialisme, en référence à la phrase célèbre de Sartre (« L’existence précède l’essence »).
Toutefois, cette phrase doit rester dans son contexte, car suivant l’interprétation qu’on fait de ces quelques mots, je peux aussi ne pas du tout être d’accord.
J’ai tendance à considérer que l’on commence a exister quand on parvient à prendre une certaine autonomie de pensée vis à vis de son environnement, pour élaborer avec son seul esprit de nouvelles choses (mémétisation) par recombinaison, que l’on prend conscience de sa situation existentielle et qu’on essaie de vivre et de faire des choix avec cette réalité à l’esprit. Quelque part, ma conception de l’humanisme vise à crée les conditions matérielles permettant au plus grand nombre de gens possible de commencer a exister.

De manière générale j’ai tendance a me sentir dépassé par l’échelle de complexité des systèmes qui dépasse l’échelle des groupes restreints à quelques individus (même dix ca commence à faire beaucoup). Donc la sociologie et la politique, qui sont les échelles d’organisation des systèmes physique supérieure, je me sens largué, comme dépassé par la complexité des informations, et par mon incapacité à me satisfaire d’une analyse trop simplifiée des phénomènes de cette nature. Car à cette échelle il devient indispensable de faire des réductions, d’adopter d’autres méthodes d’évaluation, et du coup, le danger est alors de nous couper de la réalité physique en jeu.

Pour moi, bien qu’étant émergentiste, je pars du principe matérialiste que les phénomènes politiques sont la conséquence des lois régissant le psychisme des individus, des animaux sociaux que nous sommes.
Cela m’amène à m’intéresser à la psychologie sociale, voir à la socio-biologie, mais ces disciplines sont extrêmement mal vues de par la facilité des dérives auquel elles amènent (darwinisme social…)

 

Au niveau éthique:

Je suis végétarien, c’est à dire que je ne mange pas d’animaux (les poissons sont des animaux) par sensibilité a la cause animale. Je prône l’empathie universelle, et j’applique à la lettre l’adage qui consiste à ne pas faire à autrui ce que je n’aimerai pas qu’on me fasse. Or, je n’aimerai pas être mangé contre ma volonté, si j’ai la capacité physiologique d’avoir de la volonté et d’avoir une expérience subjective de la douleur. Mais j’en parle plus en détails dans mon article sur le végétarisme…

Je demeure spéciste puisque je ne met pas les autres animaux à la même hauteur que l’homme sur l’échelle des valeurs. Je ne mange pas d’être qui peuvent souffrir car je n’en ai pas besoin, toutefois je considère pas pour autant les animaux comme les égaux des hommes. Ils sont nos semblables dans leur capacité a souffrir, mais les possibilités de partage sont vite limités. Nos potentialités ne sont pas similaires. Ainsi donc, je privilégie l’espèce humaine par rapport aux autres animaux, même si j’essaie de faire en sorte que mon existence, mon mode de consommation, entraînent le moins de souffrance animale possible. Aussi, je déconseille aux moustiques de venir me faire chier la nuit, car je suis pas bouddhiste. Ca vaut aussi pour les faisans sur la route.

Je suis conséquentialiste, officiellement depuis que j’ai découvert le terme dans le bouquin d’Ayméric Caron, lorsqu’il cite jean Baptiste Jeangène Villmer (pour info).

Pour contextualiser, il considère qu’il vaut mieux, quand on parle d’éthique animale (quand notre but est de réduire la souffrance animale globale) convaincre plein de gens de manger moins de viande, qu’en convaincre quelques uns de ne plus en manger du tout. En gros, je détermine un objectif, et c’est cet objectif qui importe réellement.
J’admet toutefois depuis la vidéo de Monsieur Phi, qu’on n’est jamais absolument conséquentialiste, et que tout le monde finit toujours par avoir des positionnements déontologiques arrivé à certains extrêmes.

 

2 commentaires sur “Les étiquettes conceptuelles dans lesquelles je me reconnais actuellement

  1. C’est très intéressant de s’interroger sur ces différents aspects de la vie. Nous avons ainsi conscience de qui nous sommes et de notre impact dans le monde. Ceci permet également d’orienter ses objectifs d’évolution et d’être reconnaissant de ce que nous sommes 🙂

  2. La psychologie cognitive, l’éthologie cognitive ou non sont pas mal lorsque tu parles de tes difficultés avec la sociologie, comme sciences qui seraient « alternatives » à celle-ci, bien que tout aussi sérieuses. Je voulais aussi poser une question sur le fait d’être catalogué comme scientiste à partir du moment où tu accordes crédit et croyance à la théorie de l’évolution et à Darwin ? Pourquoi ? Comment ?
    En plus général, je me reconnais également dans plusieurs « étiquettes » avec tout de même des variantes, sur le spécisme notamment.
    Je préfère toutefois garder une idée de non-loi absolue et adapter aux situations. Je rajouterai également le scepticisme, d’origines antiques, le cynisme en partie, une approche holistique (pas nécessairement l’holisme), le particularisme [moral] (pas de loi absolue) et une éthique minimaliste (R.Ogien) mais ce sont des étiquettes plus personnelles.
    Et un humanisme… Qui prend chaque vivant en compte, plutôt un « vivantisme ».
    Je trouve intéressant de ne pas craindre les -ismes voire revendiquer et le dire, un des biais d’échappatoire aux débats assez courant étant de refuser chaque -isme et les étiquettes en général vue comme enfermantes, il suffit d’avoir un rapport plus nuancé et modéré face aux étiquettes que rejeter en bloc je pense. Comme sur tout.

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