La psychothérapie existentielle (Irvin Yalom)

Cet article ne se veut pas exhaustif ni irréprochable. C’est une ébauche encore incomplète écrite à partir de ce que j’ai retenu de l’ouvrage d’Irvin yalom et de son oeuvre.

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Je vais parler ici d’une approche de la dynamique psychique qu’on associe souvent a la philosophie, qui est l’approche existentielle. L’essentiel de ce que je vais en dire vient de l’oeuvre d’Irvin Yalom, en particulier de son ouvrage « majeur », Thérapie existentielle.

Yalom cite généreusement ses maîtres a penser concernant son approche, des gens comme Victor Frankl (qui s’est consacré à la question du sens de la vie), Erick Fromm, Rollo May ou encore Otto Rank pour ce qui concerne la psychothérapie. Mais également tous les grands philosophes existentialistes, comme Kierkegaard, Sartre, Spinoza, Tolstoï, Camus…
L’oeuvre de Yalom est globalement très riche de contenus philosophiques, ce qui d’après moi lui donne une dimension assez universelle, séduisante et efficace.

L’approche qu’il développe consiste a appréhender l’individu comme étant soumis à la condition humaine, et à ses différents enjeux, qu’il appelle les « enjeux ultimes ». Ces enjeux sont en quelques sortes l’origine de toutes nos angoisses, et sont au nombre de quatre:

  • La peur de la mort
  • La liberté
  • La solitude
  • L’absence de sens

De manière assez simple, je dirais que l’approche existentielle est un dépassement de l’approche Freudienne déterministe classique. Cette dernière suit globalement le schéma suivant:

Puision –> Angoisse –> Mécanisme de défense

L’approche Freudienne est une approche qui ne considère pas le sujet pensant, mais qui s’intéresse davantage à une dynamique psychique qui échappe à l’individu, qui s’effectue sans lui, dans l’inconscient, en coulisses. Et l’individu est alors le jouet de forces qui le dépassent, tiraillé entre les énergies d’attraction et de répulsion, et les censures du juge intérieur.

L’approche existentielle quant a elle serait plutôt sous cette forme:

Conscience des enjeux ultimes –> Angoisse –> Mécanismes de défense (p.18*)

***

L’avantage fondamental de cette approche qui s’intéresse à l’individu en tant que sujet conscient en proie à des angoisses, c’est qu’elle laisse un pouvoir décisionnel, une marge de manœuvre qui n’existe pas dans la topique Freudienne des pulsions.
Mais ca Yalom le dit déjà dans son bouquin. Ce que je pourrais ajouter à travers mon expérience c’est que contrairement à l’approche Freudienne et à sa conceptualisation un peu obscure autour de ce mystérieux « inconscient » tout puissant, l’approche existentielle parle a tout le monde, profondément, et avec des mots qui nous sont familiers.

Les enjeux abordés par cette approche sont des enjeux auquel on est tous sensible, car ils sont les enjeux inhérents à la condition humaine à laquelle on est tous soumis, que l’on y consente ou non.

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De manière générale ce qui permet de comprendre un individu et sa situation, ca n’est pas tant la nature de ses angoisses (qui sont les mêmes pour tout le monde a différents degrés), c’est plutôt la manière dont il s’en protège, la manière dont il vit avec, et s’il parvient ou non a adopter un mode de vie qui les apaise.
Autrement dit, c’est l’efficacité des mécanismes de défense pour faire face à notre situation existentielle qui détermine notre bien être ou notre mal être, voir l’origine de certaines pathologies psychiques. Par pathologique psychique, je veux ici parler d’un degré de souffrance qui entraîne un handicap chez l’individu.

Maintenant, il me semble important de revenir sur chacune des quatre angoisses existentielles afin de mieux se les représenter. Je ne saurais trop vous encourager a aller jeter un œil au bouquin par vous même, qui a largement contribué à mon orientation théorique et à ma compréhension, tant des gens, que des patients et de moi même.
Car cet ouvrage s’adresse à tout un chacun: patients comme thérapeutes. L’approche existentielle se veut universelle, et il me semble que le pari est réussi.

 

1. La peur de la mort

Elle est la plus fondamentale des quatre angoisses existentielles, et si on devait simplifier à l’extrême cette approche de l’esprit, on pourrait même dire que les quatre angoisses sont réductible à cette seule peur de la mort.

La peur de la mort est naturellement inhérente aux processus vivant, et l’homme ne fait pas exception. Le « problème » de la mort hante l’humanité depuis toujours, même si sa forme n’est pas toujours explicite.
Ainsi, la peur du vide, du néant, la peur du noir, du sommeil, peuvent parfois être directement associée à une peur de la mort sous-jacente. Et il ne suffit pas toujours de lire Epicure pour être définitivement apaisé quant a cette question de la mort, la nôtre, celle de nos proches, celle de l’univers lui même…

N’avez-vous jamais vous même ressenti un certain malaise à l’idée de votre propre finitude, à l’idée que tout ce que vous êtes allait disparaître?
N’avez vous jamais été tenté de vous rassurer en réfléchissant à un monde après la mort, une transcendance qui permettrait que notre vie ne soit pas, comme le dit Schopenhauer, qu’un vague frisson entre deux néants?

Les 300 premières pages de Thérapie existentielle sont consacrées à la question de la mort, ses manifestations cliniques, et les manières de l’aborder pour nous même et en thérapie. Par ailleurs, il a également consacré un roman à cette question: Le jardin d’Épicure.

Il y explique par exemple qu’il y a deux grandes stratégies pour se protéger de la peur de la mort:

La croyance en sa particularité personnelle

Vous êtes vous déjà dit parfois des choses comme « je suis spécial, je ne suis pas comme les autres personnes. J’ai été choisi, je suis élu, mon destin est différent. » ? Si oui il est possible que vous ayez le sentiment d’être une sorte de surhomme, qui ne soit pas soumis à la même condition humaine que les autres.
Et la finalité de cette croyance en le fait que l’on est différent a généralement pour effet de nous faire croire qu’on va échapper au destin des autres, c’est à dire échapper jusqu’à la mort elle-même…

la croyance en un sauveur ultime 

Faute de croire qu’on a un destin différent des autres, on peut également se construire autour de la croyance qu’une autre personne, un père protecteur, un conjoint aimant va nous envelopper dans ses grandes ailes d’amour et nous protéger de tout ce qui pourrait nous arriver, y compris nous protéger de la mort.

 

2. La liberté

La liberté, associée à la responsabilité, est doublement source d’angoisse:

Soit on est libre de faire ce que l’on veut dans notre vie, de faire des choix, et alors nous devenons également responsables de ces choix et de leurs conséquences.
Et puisqu’il est possible de se tromper, nous devenons alors responsables de nos erreurs, et nous allons nourrir des regrets ou de la culpabilité.

Il est alors bien plus confortable de considérer que « ce n’est pas de notre faute », et que l’on n’est pas responsable de nos erreurs, mais qu’elle sont imputables à des facteurs externes à nous-même. C’est ce qu’on appelle le locus de contrôle externe.

« Tant que vous attribuerez à votre passé, à votre inconscient, aux autres ou au destin la responsabilité de votre mal-être,  » (en gros)

 

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Soit on n’est pas libre, et dans ce cas nous ne sommes que des marionnettes soumises a nos déterminismes, autrement dit nous sommes des automates sans aucune marge de manœuvre, ce qui est tout aussi effrayant et conduit à d’autres effets chez les individus, comme je l’explique dans mon article sur le libre arbitre.

Et c’est alors qu’on entre dans le désir inverse, qui consiste à désirer se sentir libre, ne pas être un oiseau enfermé dans sa cage, mais pouvoir disposer de notre corps et de notre vie comme bon nous semble.

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La liberté est donc un enjeu ultime qui pose la question du libre arbitre, de la responsabilité individuelle et du mérite. Pour plus de détails sur ces considérations d’un point de vue plus philosophique, je renvoie à mon article sur le libre arbitre.

 

3. La solitude

Troisième angoisse existentielle, la solitude se caractérise par le fait qu’en définitive, les autres peuvent être un soutien, mais ne vont jamais affronter la vie ou la mort à notre place.

Il y a des choses que l’on ne peut qu’affronter seul, et c’est cette difficulté à accepter la dimension fondamentale de la solitude qui est source d’angoisses.

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Personnellement, je fais un lien entre l’angoisse existentielle de la solitude et le trouble de la personnalité borderline (ou d’un point de vue psychanalytique, « une organisation limite de la personnalité »)

L’idée c’est que la condition humaine commence dès lors que l’on coupe le cordon ombilical qui relie physiquement l’enfant à sa mère. Et c’est dans la nostalgie de ce paradis originel ou chacun de ses besoins étaient satisfaits que l’enfant va se construire et que l’adulte va évoluer.

L’angoisse de la solitude peut entraîner diverses stratégies défensives, comme un mode d’attachement anaclitique, une personnalité dépendante, ou au contraire une personnalité évitante qui cherchera à éviter les relations humaines trop approfondies pour éviter la souffrance d’être de nouveau confronté à l’abandon et à la solitude.

 

4. L’absence de sens

Le quatrième et le plus complexe des enjeux ultimes est l’enjeu de l’absence de sens. Dans un monde entendue au sens du matérialisme, l’homme est une créature jetée au monde sans son consentement qui doit apprendre à vivre et apprendre à mourir.

Camus disait que ce qui génère l’absurde de la condition humaine, c’est le cri de désespoir de l’homme face au silence déraisonnable de l’univers.

 

Or, l’humain a besoin de pouvoir donner du sens aux événements, de se rendre le monde prévisible afin de pouvoir dormir sur ses deux oreilles, passer de la simple survie animale à la vie épanouissante dans un climat sécurisant.

 

 

Annexes

*Quand je cite des pages de Thérapie existentielle, il s’agit de l’édition brochée aux éditions Galaade.

 

Une vidéo explicative en anglais sur le sujet de cet article:

 

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