Moana et le pouvoir de l’empathie, partie I

Moana est mon dessin animé Disney préféré. Pour des tas de raisons. Parce qu’il est magnifique à regarder, parce que l’histoire est cool, parce que les musiques sont magnifiques. Mais surtout, parce qu’il illustre à la perfection le processus de la Communication Nonviolente (CNV).

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Je m’excuse d’avance si je pars un peu dans des délires mystiques sur la forme. En réalité, c’est avant tout pour moi une manière de témoigner de la profondeur émotionnelle du film, et d’à quel point il me touche à titre personnel. Donc oui, je vais parler de Dieu, d’Univers, ce genre de choses. Je vais prendre des images fortes, parce qu’il s’agit d’émotions fortes. J’espère que vous n’allez pas pour autant vous arrêter à cette manière de parler un peu poétique, et vous intéresser au fond.

Dans le fond, je veux juste mettre en évidence l’impasse de la violence et le pouvoir de l’empathie dans la résolution des conflits. L’empathie comme stratégie permettant de sortir de l’impuissance sur le long terme.

Je viens de revoir le film en entier, et j’ai pris des notes au fur et à mesure. Donc ce que je propose, c’est de retranscrire ici mes notes pour que vous puissiez comprendre mon interprétation du film. Je digresserai ici et là sur d’autres choses.  La forme de l’article évoluera peut-être ensuite, par exemple en créant des grandes parties thématiques… Je ne sais pas. En attendant, voila pour le résumé commenté du film.

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« Toute violence est l’expression tragique d’un besoin insatisfait »
Marshall Rosenberg

L’un des postulats implicites de la CNV, c’est que la violence n’existe pas en elle-même, mais est l’expression indirecte et tragique d’un besoin qui cherche à se vivre (tragique parce même si elle peut permettre d’obtenir quelque chose à court terme, elle a généralement l’effet inverse du but recherché sur le long terme). Il est dès lors possible de révéler la « vraie nature » de ce qui est en jeu dans la violence, quand on creuse sous la surface des apparences.

***

Il a 3 selon moi passages clés dans Moana (que je considère comme tels du fait de la réaction émotionnelle qu’ils suscitent en moi)

1) Quand la mère de Moana l’aide à partir de l’île

2) Quand Moana se reconnecte au collectif et ses ancêtres, en allant chercher « la pierre philosophale » au fond de l’Océan

3) Quand Moana se reconnecte à ce qui est vivant en Te Ka et « accède à la connaissance de la réalité » : tout est amour

Mise en place de l’histoire

On apprend au départ que Te fiti possède un cœur qui peut créer la vie. Maui est le demi dieu du vent et de la mer, et peut changer de forme grâce à son hameçon.

Maui, après avoir volé le cœur de Te fiti, a voulu s’échapper. Mais il a été confronté à un démon, Te Ka, qui lui aussi voulait récupérer le cœur volé de Te fiti. Te Ka est le démon de la terre et du feu (on note que cela correspond aux deux autres éléments pour compléter (avec Maui qui symbolise l’air et l’eau) la liste des 4 éléments d’Aristote.)

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De leur confrontation nait la disparition de la pierre dans l’Océan. Il faut donc un héros pour retrouver le cœur de Te fiti et rétablir l’équilibre et l’harmonie.

Face à leur impuissance et aux dangers inhérents à un monde sans Te Fiti, les dirigeants de l’Ile ont construit un récit collectif, un mensonge qu’on se répète encore et encore (jusqu’à oublier que c’est un mensonge), qui les protège de cette impuissance. Ce mensonge affirme :

« Il n’y a rien au-delà de l’océan a part des tempêtes et des vagues dangereuses »

Autrement dit, les dirigeants ont construit un récit qui place des limites au champ des possibles, afin de construire un sentiment de sécurité pour les habitants de l’ile. Il est désormais interdit d’aller au-delà du récif. Ils ne peuvent plus être des voyageurs, ce qu’ils avaient toujours été jusque-là. Ils sont comme déconnectés de leur passé.

Ils se sentent obligés de jouer ce rôle sédentaire, renoncent à être des voyageurs, parce qu’ils ne savent pas comment faire autrement pour surmonter leur impuissance. Se raconter l’histoire qu’il n’y a rien au-delà du récif permet de ne pas souffrir de l’impossibilité d’aller au-delà de celui-ci.

Ils sont emprisonnés dans leur zone de confort, et n’osent plus partir à la découverte de l’inconnu. Ils sont déconnectés de leur « vrai self », c’est pourquoi ils n’ont pas confiance en leur capacité à résoudre leurs problèmes. Ainsi, ils subissent leur destin. Ils se racontent l’histoire que leur destin est parfait tel qu’il est, que leur vie est parfaite, et qu’il n’y a aucune raison de vouloir aller ailleurs. Il n’y a aucune raison de vouloir manger autre chose que des noix de coco et du poisson.

***

Et d’ailleurs, si l’île avait été en huit clos fermé, Moana n’aurait sans doute jamais eu envie d’en sortir. C’était sans compter sur une influence extérieure à l’île et son récit collectif. C’était sans compter sur la présence de l’Océan lui-même. Symbole de la vie ? De Dieu ? En tout cas, l’océan apporte le coquillage (un ami me souffle dans l’oreillette que ce coquillage est en forme de vulve, mais j’écarterai cette piste pour l’heure, car je ne suis pas Freudien.)

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En premier lieu, Moana renonce à ramasser le coquillage apporté par l’Océan pour pouvoir aider le bébé tortue. L’Océan PARLE à Moana. ET il lui apporte de nouveau le coquillage. Puis un autre, et un autre. Les coquillages sont le chemin.

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C’est par l’imitation que l’Océan acquiert la confiance de Moana au moment où celle-ci ressent une certaine inquiétude face à ce qui se passe : comme entre une mère et un nourrisson, il reproduit ses gestes pour crée une connexion empathique et ainsi faire qu’elle se sent en sécurité. « Je suis comme toi, tu n’as rien à craindre, je ne te veux aucun mal ». L’imitation est ici le comportement rituel qui signifie « je ne vais pas te faire de mal ». Comme si l’amour passait ici par l’imitation, la synchronisation sur la même fréquence.

Alors, l’océan offre le cœur de Te Fiti à Moana : Est-elle déjà l’élue de l’histoire.

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Cependant, leur danse de l’amour est interrompue par le père de Moana, le garant du récit collectif guidé par la peur, qui dit « il ne faut pas aller voir l’Océan, c’est dangereux ».

Le récit collectif à peur de la vie, il s’accroche à ses étiquettes fixes car la vie est mouvement perpétuel et que cela l’angoisse. Alors que les défis et l’inconnu semblent au contraire attirer Moana.

***

Commentaires de la chanson :

« Tu dois apprendre quel est ton destin » = tu dois apprendre les limites que le récit collectif a prévu pour toi

« Ce village est tout ce dont tu as besoin » = tu n’as pas le droit de désirer autre chose que ce que le récit collectif dit que tu dois désirer, car si tu le fais, tu sacrifies le collectif.

« Notre peuple a besoin d’un chef, besoin de toi »

« Si nous restons dans le récit collectif, nous sommes à l’abri de tous les dangers » = Si on respecte les règles, rien ne va nous arriver. Le père a peur quand sa fille s’en va tout le temps, et cela amuse la mère. Le père angoisse quand la fille transgresse les règles, tandis que cela fait du bien à la mère de voir sa fille s’affirmer.

La mère est comme le médiateur entre le collectif (incarné par le père) et l’individualité de sa fille. Par son amour, la mère favorise l’acceptation de la singularité de Moana par le collectif.

On pourrait ici faire l’hypothèse que le père incarne l’orgueil et la fierté.

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Grand-mère paternelle = « On dit de moi que je suis folle car je fais des choses que les autres ne font pas (comme danser au bord de l’eau). C’est cool d’être comme ton père mais n’oublie pas la petite voix en toi qui te dit de suivre l’étole des rois. »

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***

Le haut de la montagne est un lieu sacré, le lieu des chefs, un lieu traditionnel qui signe une continuité entre tous les chefs successifs, cela assure un sentiment de continuité, d’éternité, au peuple de l’ile. Nous n’avons pas peur de l’avenir car on connait le passé, comme le soleil s’est levé tous les matins, on a eu un chef tout le temps jusqu’à aujourd’hui, donc on vivra toujours.

Moana comprend cela, et elle a vraiment envie de contribuer à prendre soin du collectif : elle comprend sa responsabilité auprès du collectif. Cependant, il y a cette voix qui l’appelle, une voix qui dessine un angle alpha (Cf Fréderic Lordon), cette graine que sa grand-mère a arrosée.

***

Heihei est un poulet « dépourvu de la moindre intelligence pour quoi que ce soit » et pourtant Moana va l’emmener avec lui, prendre soin de lui, le protéger. Moana protège ceux qui n’ont rien à lui apporter, comme on protège l’art alors que l’art ne sert, en apparence, à rien.

Le récit collectif voudrait juste le faire cuire, mais Moana répond « parfois nos forces se cachent sous la surface ».

Notons par ailleurs que Moana semble culpabiliser d’avoir mangé du porc quand elle voit la réaction du bébé cochon : elle est en empathie avec le cochon et culpabilise d’avoir trouvé bon le porc dans le bol. Oserais-je pousser le délire jusqu’à dire qu’elle accède alors à l’éthique animale et souhaite vivre sans sacrifier les animaux inutilement. C’est peut-être aussi pour cela qu’elle veut épargner Heihei). « Parfois, c’est très loin sous la surface, mais je suis sûre que Heihei recèle des trésors cachés »

Moana est la cheffe à présent du village, la garante de la sécurité du collectif par sa manière de construire des narratifs.

***

Fin de la première partie !

Pour aller plus loin :

 

 

5 commentaires sur “Moana et le pouvoir de l’empathie, partie I

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