La myopie des gardiens de l’enfant-moi et la guérison des blessures émotionnelles

« Chat échaudé craint l’eau froide »

C’est en gros ce proverbe que je vais développer rapidement dans ce petit article sur un aspect que je trouve intéressant de la CNV telle qu’elle est pratiquée par Isabelle Padovani. J’en parle aussi parce que c’est un langage métaphorique qui est souvent très parlant pour les gens, et je me dis que ca peut être utile aussi d’en parler ici.

 

Le personnage conceptuel de l’enfant-moi

L’enfant-moi est, comme Jésus, un personnage conceptuel très présent dans le paradigme d’Isabelle Padovani qui désigne l’identification d’un individu à son corps et à ses besoins. Autrement dit, une personne qui adhère de manière inconditionnelle au récit subjectif qu’elle à construit sur elle-même (par exemple « Je suis un homme blanc cisgenre français gynophile », soit un ensemble d’étiquettes renvoyant à des groupes d’appartenance)

Elle l’appelle aussi « le fils ». Cela s’oppose à l’identification à l’Etre (« le père ») qui n’est pas limitée à notre seule enveloppe charnelle mais à tout ce qui Est, à « la vie ».
Si l’enfant-moi était une vague, l’Etre est alors l’Océan, qui contient toutes les vagues, la notre ainsi que toutes les autres.

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C’est une représentation imaginaire de l’identité qui permet de construire une relation explicite au monde, ou chaque individu est investi comme étant « une part de soi », puisque l’on se vit alors comme étant un grand tout, un vaste système ou tout est lié, de manière directe ou indirecte.

Toutefois, c’est un aspect complexe de la spiritualité de Padovani, et ce n’est vraiment pas essentiel de s’y attarder pour trouver des aspects pertinents à ce qui suit dans cet article. Je développerai probablement plus en profondeur quand je terminerai mon article sur l’identité, et si cela vous intéresse, vous pouvez aller découvrir les vidéos de Padovani ou elle aborde ce point (soit au moins la moitié de ses vidéos haha).

Ce qu’il faut retenir c’est que l’enfant-moi est la part identifiée à son enveloppe charnelle, à ses pensées, ses émotions et ses actions, il a donc le sentiment profond qu’il va mourir si ses besoins ne sont pas satisfaits. Il a donc un grand besoin de trouver de la sécurité au quotidien, parce qu’il est sans cesse menacé par ses angoisses existentielles (peur de la mort, peur d’être libre et responsable de ses actes, peur d’être seul et peur que sa vie n’ait aucun sens)
On dit « enfant-moi » car c’est aussi la partie de nous qu’on appelle communément « Le Moi » notamment en psychanalyse. Ce moi qui se pense libre d’arbitre, souverain dans ses décisions, inscrit dans une temporalité avec un passé, un présent et un avenir.

Dans la CNV de Padovani, qui est très lié aux IFS (Internal Family System), l’enfant-moi a différentes parts qui sont parfois en conflit intérieur. C’est notamment ce que Ruiz désigne à travers la rhétorique du juge et de la victime dans les accords toltèques. Ce qu’il y a de très intéressant, dans les IFS, c’est qu’on peut décrire les états mentaux de manière dialectique, ou différentes parties de soi sont en conflit d’intérêt sur les stratégies qu’elles veulent mettre en place pour satisfaire leurs besoins respectifs. Cette « mise en dialogue » des différentes parts de soi permet par ailleurs de résoudre les conflits internes pour retrouver une paix intérieurs, facilitant les prises de décision ainsi que la relation au monde en général.

C’est notamment à travers les M.A.I (multiples aspects intérieurs) qu’on va pouvoir parler plus facilement de ce que sont les gardiens.

 

L’émergence d’un gardien

En gros, l’idée de départ est qu’une « blessure émotionnelle » se produit lorsqu’il y a un conflit entre l’une de nos aspirations profonde (par exemple l’aspiration à communier, à se connecter par empathie à quelqu’un) et le retour de bâton du réel à ce moment-là (l’autre personne nous envoie chier).

Pour le chat du proverbe, ca pourrait être un moment ou le chat veut boire dans sa gamelle et qu’il s’aperçoit une fois qu’il met sa langue dans l’eau qu’elle est bouillante et qu’il se brûle. 

Lorsqu’une telle blessure se produit, cela entraîne l’émergence d’un gardien psychique, qui aura pour fonction de protéger la part blessée en nous, afin que cette blessure ne lui arrive plus jamais.
Le gardien est alors prêt à consacrer sa vie (donc une part significative de notre énergie psychique) à protéger l’enfant-moi qui a été blessé à cet instant, et qui pleure éternellement en nous du fait du conflit entre son aspiration à cet instant T et ce qui est.

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C’est ce gardien qui sort son sabre dès qu’on s’approche trop près d’une blessure émotionnelle, car il ne laissera jamais quiconque faire du mal à l’enfant-moi. Il ne laissera approcher que les gens en qui il a lui même confiance, un peu comme un garde du corps protège une personnalité.

 

La myopie des gardiens

Pour le meilleur et pour le pire, les gardiens sont myopes. Ils ne veulent pas prendre de risque, et tout ce qui ressemblera de près ou de loin à une menace sera jugé dangereux, et entraînera la mise en place de mécanismes de défense (allant de la légère appréhension jusqu’à la crise d’angoisse avec épisode dissociatif).

Pour le chat, cela fait qu’après avoir été ébouillanté par de l’eau trop chaude, il sera ensuite méfiant à la fois de l’eau chaude, et de l’eau froide: il ne prendra plus le risque de s’exposer à de l’eau de manière générale. 

Ce mécanisme de défense est évidemment un mécanisme de protection de l’enfant-moi par le gardien. Cela a vocation à crée de la sécurité chez l’enfant, apaiser l’angoisse de revivre ce qu’il a vécu par le passé et qui fait toujours mal aujourd’hui. Car oui, tant qu’une blessure du passé fait encore mal, c’est qu’elle n’est pas guérie. 

L’ennui, c’est que l’intervention des gardiens protecteurs de l’enfant-moi peuvent être parfois source de handicap au quotidien. C’est une dépense d’énergie parfois significative.

Par exemple, une personne en surpoids qui se sent obligée de faire l’amour dans le noir avec son conjoint car par le passé, son premier amant lui a dit qu’elle était laide un jour ou elle s’était exposée nue à son regard. Cela a crée en elle une blessure qui est toujours ouverte, qui fait toujours mal, et qui produit encore des effets sur son comportement aujourd’hui. Pour se protéger, pour se sentir en sécurité, elle ressent le besoin de se cacher au regard de son conjoint. Et pour cela, aussi, elle se juge stupide, complexée, laide, parce qu’elle a le sentiment que « ce n’est pas normal de faire ca », et qu’elle « devrait » pouvoir faire « comme tout le monde », et qu’elle doit vraiment être « tordue » pour avoir à ce point besoin de se cacher. Bref, le poison émotionnel en elle fait qu’elle se juge coupable et se punit pour cela.
Elle souffre beaucoup de cette blessure dans le présent, quand bien même la blessure a été crée des années auparavant. Par ailleurs, cela peut être source d’incompréhensions de la part de son conjoint qui lui souhaiterait la regarder quand ils font l’amour. Ce qui peut être source de conflits entre eux: Le gardien ne laissera personne juger à nouveau l’enfant-moi. Comme le chat échaudé craint l’eau froide, le gardien considère par principe que les conjoints de manière générale sont dangereux si on leur laisse le pouvoir de juger de si on est belle ou pas, et il est hors de question de se montrer vulnérable face à quelqu’un qui a le pouvoir de nous détruire, qu’il prétende nous aimer ou pas. Peu importe que ce ne soit pas la même personne: c’est un homme, et la situation ressemble suffisamment à la situation traumatique pour ne pas prendre le risque d’être de nouveau blessé. 
Si on lui dit qu’elle est belle, elle répondra « ouais c’est ca » et ne pourra pas accueillir le compliment. Elle n’a pas l’espace en elle pour accueillir un jugement positif qui irait en contradiction avec ce qu’elle pense d’elle-même (« Je suis grosse et moche »)
Si on lui dit qu’elle est laide, cela lui confirmera qu’elle a raison de penser ce qu’elle pense d’elle, qu’elle est laide, cela lui fera mal car cela appuie sur une blessure ouverte.

La conséquence, c’est qu’elle aura le réflexe, soit de se flageller à l’intérieur pour se faire payer d’être laide, soit de faire du mal à la personne qui le lui a dit (loi du Talion), afin de lui faire payer la douleur qu’elle a ressenti, parce qu’on a appuyé sur une blessure émotionnelle qui était déjà présente, et que le juge en nous estime alors que l’autre est coupable de nous faire ressentir ce que l’on ressent (s’il est coupable, il mérite donc d’être puni)
C’est le gardien qui sort son sabre pour protéger l’enfant-moi de ce qui est perçu par lui comme un danger. Il agit donc pour crée de la sécurité.
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Il y a bien sur, comme sur l’image ci-dessus, d’autres manières de réagir face à un jugement de ce type. Mais ces manières « girafe » de réagir, si elles sont naturelles, ne sont pas pour autant spontanées.
Le premier réflexe, de par la manière dont est organisé notre système nerveux, est toujours d’identifier les dangers potentiels, et d’y réagir d’une manière à crée de la sécurité. C’est dans un deuxième temps qu’on pourra faire usage de stratégies plus complexes, comme de prêter attention aux sentiments et besoins en soi et/ou en l’autre, et ainsi transcender la violence relationnelle (qu’elle soit envers soi ou envers l’autre).

Il y a cependant une manière de guérir des blessures du passé, afin qu’elles ne viennent plus empoisonner notre présent, et afin que l’on puisse réagir beaucoup moins intensément par la suite aux jugements négatifs que l’on pourrait exprimer à notre encontre. Comme toujours en CNV, cela passe par le fait de recevoir et donner de l’empathie.

 

Guérir une blessure émotionnelle en CNV

 

De la peur à la colère: Faire le deuil de notre aspiration non réalisée

Lorsque le réel n’est pas en harmonie avec nos aspirations, cela crée un choc en nous, plus ou moins violent, mais toujours significatif. Il y a alors un écart entre nos attentes, nos aspirations, et ce qui Est. Nos prédictions bayésiennes qui servent à anticiper les événements nous ont conduit à faire une erreur, et c’est effrayant de voir que nos repères sont bousculés.

« Merde, je me suis déshabillée en pensant qu’on passerait un moment de complicité et d’harmonie tous les deux, et il dit que je suis moche. C’est horrible, putain, qu’est-ce qu’il m’arrive ! »

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Il est normal que cela nous mette en colère, et qu’on ait d’abord un temps ou l’on refuse ce qui Est. Il s’agit ici dans un premier temps de reconnaître l’écart entre notre vision idéale de ce qui Est, et ce qui Est effectivement. C’est la résistance du réel. Cela peut nous donner un sentiment d’injustice (la croyance en un monde juste est un biais cognitif destructeur de bien-être intérieur)

« Putain je me doutais bien qu’il m’accepterait pas comme je suis. Je vois bien que les autres filles sont plus minces que moi, et que je correspond pas aux standards de beauté de notre époque. Je ne devrais pas être aussi grosse. 
Et lui aussi, c’est un connard de me le faire sentir, sans aucun tact, comme ca, vlan dans la gueule. Il ne devrait pas me parler comme ca »

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Cette colère est une émotion qui nous donne de l’énergie pour nous affirmer, pour exister, et surtout pour nous protéger d’un éventuel danger pour l’enfant-moi.
(Notez que c’est assez similaire aux étapes du deuil de Kübler-Ross: Déni, colère, marchandage, dépression, acceptation)

De manière générale, la colère est un refus de ce qui Est. On se dit que ce qui est ne devrait pas être, et cette pensée tourne en boucle en nous. Aussi longtemps qu’on aura en nous la pensée « Ce qui Est ne devrait pas Etre », on va rester en colère.

/!\ Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, il y a des colères saines et légitimes, notamment quand on lutte pour des avancées sociales. Ce n’est simplement pas le sujet ici, puisque je parle de la colère comme d’un refus de ce qui Est qui entraîne une souffrance pour soi et/ou les autres, sans pour autant être le carburant d’un mouvement politique quelconque. Evidemment, dans le fond, les deux sont liées, et les blessures émotionnelles peuvent être les premières étapes d’un mouvement de lutte sociale permettant de changer la société. Cependant, on peut lutter pour une cause sans pour autant continuer à souffrir d’une blessure émotionnelle. On peut guérir d’une blessure et continuer à lutter pour la cause. Et pour guérir, il convient en CNV de poursuivre le processus jusqu’au bout, c’est à dire d’aller visiter ce qu’il y a derrière la colère.
Cela facilitera d’ailleurs les revendications par la suite, car si on est conscient de ce dont on a besoin, il est plus facile de le demander (ou de l’exiger si c’est nécessaire).

 

De la colère à la tristesse: Observer le besoin qui n’a pas été satisfait

Souvent, derrière la colère, se dissimule une autre émotion: la tristesse.

« Tain, c’est vraiment horrible, qu’on pense ca de moi. Ca me rend malheureuse, c’est hyper dévalorisant pour l’image que j’ai de moi… Je me sens pas désirée, je me sens pas aimée, j’ai l’impression d’être rien, d’être qu’une merde condamnée à vivre avec des chats seuls dans son appart. Alors que j’ai tellement besoin d’amour, de partage, de connexion et de douceur dans un couple… Et j’ai besoin qu’il témoigne du respect pour mon corps, ca me permet de me sentir accueillie dans tout ce que je suis, et c’est vraiment rassurant de pouvoir être soi-même dans son couple sans avoir besoin de se cacher ou de porter un masque 😦 » 

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Le passage de la colère à la tristesse, en psychanalyse, c’est aussi ce que Mélanie Klein désigne comme le passage de la position schizo-paranoïde à la position dépressive, quand l’enfant comprend qu’il n’est pas tout puissant, que son esprit ne peut pas agir pas psychokinèse sur la matière externe à son corps, et qu’il devra donc apprendre à s’accomoder des lois physiques, de la perte et du manque. Et que s’énerver ne le rendra pas davantage tout puissant, ne lui permettra pas de violer le principe de causalité. C’est une prise de conscience qui permet ensuite de vivre dans le monde en ayant réactualisé notre connaissance de « ce qui Est ». 

La tristesse naît d’une aspiration à vivre quelque chose qui a été empêchée par les contraintes du réel. C’est d’ailleurs un peu comme ca que je définis la mélancolie: un amour qui ne parvient pas à se vivre, à se mettre au monde.

Il est essentiel que les besoins qui n’ont pas été satisfaits durant la situation traumatique soient reconnus, identifiés. C’est ce qui va contribuer à crée une détente, un apaisement, parce que l’enfant-moi se sent alors rejoint dans ce qui est précieux pour lui. Dans mon exemple, c’est précieux pour cette femme de vivre de l’amour, du respect, de l’accueil, du partage, de la douceur et de la connexion. C’est son aspiration, vivre une relation dans laquelle tous ces besoins pourraient être nourris en même temps.

Avec son premier conjoint, elle s’est présentée à lui à cœur ouvert, pensant pouvoir vivre son aspiration. Le réel lui a résisté et les choses ne se sont pas passées comme prévu, cela lui a brisé le cœur, et à présent elle est triste face à ce constat. Mais prendre conscience de cela (seule ou à plusieurs) lui permet de se sentir comprise dans sa tristesse, rejointe dans ce qu’elle vit, et cela va l’apaiser. La tristesse va alors s’estomper pour faire émerger un nouveau besoin, le besoin de comprendre.

 

De la tristesse à la conscience: Accueillir ce qui Est

Une fois que l’on s’est senti rejoint (par soi-même ou par autrui) dans ce que l’on a vécu lors de la situation traumatique, c’est à dire qu’on a reçu de l’empathie, il est alors possible de donner à notre tour de l’empathie, et de chercher à comprendre pourquoi ce qui s’est produit s’est produit.
Nous ne sommes plus alors dans le refus de ce qui Est vis à vis de nos aspirations, mais dans la volonté de comprendre ce qui Est à partir de notre besoin de compréhension. Notre attention se dirige alors vers l’autre.

Dans la reconnaissance de nos besoins, on dirige notre attention vers nos propres sentiments et besoins (c’est la girafe qui écoute en elle-même ce qui est vivant). Cette fois, on va prêter attention aux sentiments et besoins de l’autre, ce qui va permettre d’entrer en empathie avec lui, et de mesurer ce que lui à vécu, et pourquoi il a agi de la manière dont il a agi.

Cette empathie au tiers va permettre de faire s’estomper l’image d’ennemi qu’on avait jusque là entretenu à son sujet, pour se reconnecter à son humanité, et pouvoir de nouveau être en relation avec lui (et non plus avec la projection d’ennemi dangereux pour notre sécurité qu’on avait construite autour de lui).

Bien sur, le mieux est de réaliser ce travail directement en relation avec la personne « réelle », pour l’écouter elle-même nous parler de ses sentiments et besoins. Toutefois, il est possible à travers l’empathie de pouvoir se connecter imaginairement aux sentiments et besoins de la personne à partir de ses actions sans qu’elle soit pour autant présente, voir même de réaliser un jeu de rôle dans lequel on va pouvoir (avec un thérapeute par exemple) s’adresser directement à lui et répondre à sa place (A partir de notre conscience de ses sentiments et besoins, que l’on peut déduire de son attitude dans la situation traumatique et d’autres éléments qui peuvent nous être rapportés)
Le but ici est de permettre de s’intéressé à la manière dont l’autre a vécu subjectivement les événements (ce qui ne peut se faire que dans un deuxième temps, après avoir d’abord reçu nous-même autant d’empathie que nous en avions besoin. Car « ventre affamé d’empathie n’a pas d’oreille »: on ne peut pas donner quelque chose dont on manque nous-même).
Rien ne vaut une relation réelle et authentique entre deux individus, toutefois, le jeu de rôle permet également des résultats très spectaculaires, et cela est parfois une solution très utile, par exemple quand on cherche à se connecter par empathie à une personne décédée dans un processus de guérison d’une blessure du passé à associé à cette personne.

Dans l’exemple de notre femme, cela pourrait donner quelque chose de ce genre (c’est un exemple fictif, donc j’ai inventé la situation de toute pièce, elle peut donc être d’un réalisme psychologique discutable. Toutefois, on peut faire la même chose avec une situation réelle, et c’est alors beaucoup plus facile d’identifier les sentiments et besoins, pour peu qu’on connaisse les principes de la CNV):

« Est-ce que tu as dit que j’étais laide parce que tu étais déçu que je sois en surpoids? Tu sais, la laideur c’est quelque chose de subjectif, et j’aimerais bien savoir ce que tu voulais dire derrière cette expression. Est-ce que c’était important pour toi à ce moment la que je sois agréable à regarder pour toi, est-ce que tu m’en voulais que la situation ne corresponde pas à tes attentes? Tu savais que j’étais sensible, et pourtant tu as quand même choisi de me dire ca, j’imagine du coup que tu as du vraiment réagir très intensément. Or, ta réaction intense était à la mesure de ton aspiration à toi.
Cela a du te rendre triste de me voir en surpoids… en fait… je crois comprendre que tu as perçu mes kilos en trop comme un obstacle entre toi et moi, quelque chose qui nous éloigne l’un de l’autre. J’ai l’impression que toi aussi tu avais envie de m’aimer, et tu n’arrivais pas à m’aimer parce que j’avais ces kilos de trop, et que tu n’arrivais pas à accepter ces kilos la. Est-ce que cela te rendait triste de ne pas arriver à m’aimer comme tu l’aurais voulu à l’époque? De ne pas avoir les moyens de m’offrir ton amour à cause de cet obstacle que tu percevais entre nous?
Je me demande pourquoi c’était si important pour toi, de ne pas avoir de kilos en trop. Est-ce que tu avais l’impression que je me négligeais sur le plan de ma santé? Que j’étais paresseuse? Ou bien est-ce que tu ne te sentais pas aimé parce que tu avais l’impression que je n’avais pas l’élan de faire du sport pour prendre soin de moi, que je ne t’aimais pas suffisamment pour perdre du poids et correspondre à ce que toi tu désire?
Est-ce que tu aurais aimé être rassuré quand au fait que je t’aime et que je suis prête à prendre en compte tes sentiments et besoins à toi? Tu aurais voulu pouvoir en parler avec moi sans que ce soit un sujet tabou entre nous? Est-ce que c’est parce que tu pensais que j’allais mal le prendre que tu t’es dit, « foutu pour foutu, autant le dire comme je le pense »? Je suppose que tu as du beaucoup ruminer sur la question à l’époque, pour en arriver à ressentir une telle colère et à me dire ca comme ca. Tu as du passé beaucoup de temps à garder pour toi ce que tu avais sur le cœur. Est-ce que tu t’en es voulu par la suite de m’avoir dit ça en voyant ma réaction et les conséquences que cela a eu par la suite? Si seulement on avait pu en parler tous les deux à l’époque, cela nous aurait sans doute fait beaucoup de bien à tous les deux… »

Dans le cadre d’un jeu de rôle, du coup, il y a la fille, et une personne qui joue le rôle du mec en écoutant depuis la conscience de la situation, imprégné du jugement qu’il a dit à l’époque. C’est alors à lui d’écouter si ce que la fille dit « résonne juste » ou pas avec ce qu’il ressent en lui à partir du jugement « tu es moche ». Cela permet de descendre dans le puits des besoins jusqu’à toucher le besoin fondamental qui était insatisfait à ce moment la, et qui s’est exprimé sous la forme d’un jugement.

Comme dit Marshall Rosenberg: « Tout jugement est l’expression tragique d’un besoin insatisfait. »

Traduire les jugements permet de comprendre pourquoi la personne a agi comme elle l’a fait, quels sont les besoins qu’elle cherchait à satisfaire à ce moment la.
Dans cette situation, il semble que c’était un besoin d’écoute, de reconnaissance, de partage et de connexion (qu’on peut résumer en disant « besoin d’empathie », soit un besoin d’amour).
C’était une sorte d’appel à l’aide disant « s’il te plait, je n’arrive pas à t’aimer autant que je le voudrais car ces kilos me donnent l’impression que tu n’accordes pas d’importance à ta santé, ni à mes désirs (qui ont été en partie influencés par la société et les images idéales qu’elle véhicule, dont je n’ai pas encore réussi à m’émanciper pleinement). Est-ce que tu veux bien entendre que ces choses sont importantes pour moi? J’ai vraiment besoin qu’on puisse en parler, car je ne me sens pas pleinement en lien avec toi quand je dois mettre de côté ces besoins là, ou quand ça devient des non-dits entre nous. Et j’ai tellement envie qu’on puisse être en lien profond tous les deux, que mes besoins puissent être entendus dans la relation avec toi… »

Ca peut être difficile à entendre pour la fille, ce type de demande. En partie parce qu’elle avait une image idéalisée de ce que pouvait penser son conjoint, et elle n’envisageait peut-être pas la possibilité qu’il ait ces besoins là en lui. C’est en cela que le principe de réalité implique de s’ajuster en permanence à ce qui Est. C’est pourtant la seule manière d’être en relation de manière authentique: Avoir le souhait de découvrir l’autre tel qu’il est (avec ses défauts et ce qui va nous déplaire) plutôt que de vouloir à tout prix le faire correspondre à une image idéalisée et fictive en cherchant à « gommer » tout ce qui ne colle pas à notre image idéalisée. C’est en accueillant pleinement ce qui Est, en conscience dans le confort et dans l’inconfort, qu’on retrouve un sentiment de paix et d’harmonie en soi et dans la relation à l’autre.

De la conscience à l’amour: « Il n’y a rien à pardonner »

Une fois qu’on s’est reconnecté en conscience à ses propres sentiments et besoins, ainsi qu’aux sentiments et besoin de l’autre, on se rend compte alors que chacun a fait de son mieux à partir de son élan, de ses limites et de ses moyens, et alors on prend conscience qu’en réalité il n’y a rien a pardonner.

Je sais que c’est difficile à entendre au premier abord pour différentes raisons. Notamment parce qu’on a parfois le sentiment qu’on ne peut pas pardonner, que l’autre ne mérite pas qu’on lui pardonne, ou que c’est trop tard, qu’on a eu trop mal, qu’on a été trop brisé pour pouvoir remonter la pente. Ce sont des points très importantes que je souhaiterait aborder en profondeur par la suite. Pour cela, je prendrai un jour le temps d’en faire un article complet (en fait j’ai déjà commencé je crois, mais vu que j’ai 90 articles en brouillon, je sais plus ou j’en suis). Cet article sera consacré au thème du pardon.

Toutefois, pour en avoir personnellement déjà fait l’expérience à plusieurs reprises, et pour avoir contribué à ce que des personnes autour de moi en fassent l’expérience à leur tour, je pense pouvoir affirmer que l’empathie permet de se reconnecter à l’autre et de faire disparaître la douleur émotionnelle associée à un événement « traumatique ».
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle dans les milieux judiciaire, sont de plus en plus souvent organisés des rencontre entre auteur et victime d’actes interdits par la loi. Cela est organisé car c’est bénéfique à tous les niveaux: tant pour les victimes qui peuvent mieux comprendre ce qu’il s’est passé, pour les auteurs pour mieux mesurer l’impact de leurs actes sur les victimes et éviter les récidives.
Il ne s’agit pas d’oublier les faits, ni d’oublier la douleur qu’on a ressenti sur le moment. Il s’agi simplement de permettre que cette douleur ne fasse plus partie de notre présent. De pouvoir parler de l’événement sans réagir émotionnellement de manière intense. Il s’agit de pouvoir retrouver la liberté qu’on avait perdue du fait de cette douleur, accompagné d’un sentiment d’harmonie retrouvé avec ce qui Est.

Aujourd’hui, par exemple, on définit l’alcoolisme comme « la perte de la liberté de s’abstenir d’alcool ». Dans le cas de cette femme, elle était « privée de la liberté de faire l’amour au grand jour ». Guérir de sa blessure lui permettra de pouvoir de nouveau choisir si elle veut faire l’amour dans le noir ou au grand jour. 
Depuis sa conscience de ce dont elle a besoin pour se sentir bien, elle pourra partager cette conscience avec son conjoint et ils pourront trouver ensemble des stratégies qui lui permettront de faire l’amour de jour, tout en prenant soin de tous les besoins dont on a parlé plus haut, et peut-être, qui sait, pourra-t-elle cette fois vivre la communion amoureuse qu’elle avait souhaitée vivre cette première fois… 

***

PS: Comme le dirait Don Miguel Ruiz dans « La maîtrise de l’amour »: Ne me croyez pas. Vous êtes libres de mettre en doute tout ce que je dis, je n’ai pas la science infuse. Je ne parle que depuis mon expérience de vie et mes lectures. Et c’est à vous de faire vos propres expériences, de la confronter si vous le souhaitez à la mienne. Je répondrai d’ailleurs volontiers à vos remarques en commentaires.

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