Communication avec le monde: Et si pour les spiritualistes la vie était un jeu vidéo?

J’ai toujours été partagé entre deux paradigmes pour me représenter le monde: Le matérialisme compatibiliste (en gros tout est déterminé mais on est libre quand même en tant que l’on est autonomes), et le spiritualisme (la vie est un songe dont on peut s’éveiller). Mon côté spiritualiste aime, dans un but ludique, s’imaginer que nos expériences quotidiennes sont des leçons de vie, dont il est possible de tirer des enseignements et de les transmettre aux autres. Un peu comme si la vie était un jeu-vidéo.

Je vois ça comme un dialogue entre « moi » et « le monde », qu’on peut aussi appeler « Dieu, « la vie » ou « l’inconscient », whatever. Disons une entité fondamentalement bienveillante, qui communique de manière indirecte, et dont il faut retirer un message. Ça consiste simplement à construire du sens à partir de tout ce qui arrive. Et même si ce sens est en définitive illusoire, il donne un sentiment de contrôle et d’amour, comme un jeu auquel on prendrait plaisir à jouer en n’ayant qu’une compréhension approximative et intuitive des règles.

Face à une incertitude, attribuer un sens subjectif aux événements n’est pas mauvais en soi, c’est une tentative de satisfaire notre besoin de comprendre (et donc, de contrôle). Peu importe si c’est vrai, au final, l’important est que ça nous rende heureux. C’est d’ailleurs le titre d’un livre de Yves Alexandre Thalmann (Les gens heureux ne se soucient pas de savoir si c’est vrai, ils se racontent de belles histoire), titre qui peut rebuter au premier abord (« Non, je veux pas me mentir à moi même, je préfère une vérité douloureuse à un mensonge rassurant, je suis pas lâche », chose que j’ai entendu plusieurs fois, mais qui miss the point. Car il s’agit ici d’une situation ou l’on ne peut pas savoir la vérité)

Bref, après cette introduction, entrons dans le vif du sujet. Il y a deux points fondamentaux que « le monde » m’enseigne en ce moment, à travers des échanges que j’ai ou des œuvres que je découvre.


  1. Il faut distinguer le sens qu’on attribue aux choses, du sens véritable

C’est visiblement un vieux problème (« un serpent de mer philosophique » comme on dit) que la distinction entre la chose en soi et sa représentation. Malheureusement je n’ai encore jamais pris le temps de lire sur le sujet. Mais pas besoin de lire des recueils de mèmes pour penser, n’est-ce pas ?

Ce matin, j’écrivais ces quelques phrases qui me trottaient dans la tête:

« Le danger de l’introspection
C’est quand on se raconte des histoires
Et qu’on finit par y croire »
(avec une quatrième strophe pour faire une rime à la con, voyez plutôt:)
« Alors que ça n’a que le sens d’un étron »

Et mine de rien ces trois phrases, qui je l’avoue synthétisent un peu un sujet de réflexion assez récurrent chez moi en ce moment, sont le point de départ de cet article.

J’observe souvent autour de moi des gens qui se racontent des histoires pour donner du sens à ce qui leur arrive. Mais malheureusement ce ne sont généralement ni de belles histoires, ni des enseignements. C’est bien plutôt la projection de leur autobiographie sur le monde extérieur. De la non pensée. Ou au contraire de la masturbation mentale qui n’a plus rien à voir avec la réalité. Dans tous les cas le phénomène est similaire: on confond nos croyances (choses auxquelles on croit sans preuve parce que cela a du sens pour nous) et nos connaissances (choses qui font consensus et qui sont admises par la plupart des gens à un moment donné)

Une personne nous bouscule de l’épaule dans la rue. Est-ce qu’il voulait nous provoquer ou est-ce qu’il a juste pas fait gaffe? On ne peut pas savoir. Mais l’intention qu’on va lui attribuer ou non dépend de notre biographie et de cette attribution dépendra l’éveil émotionnel qui va suivre. Si on choisis de croire qu’il voulait nous provoquer, on va ressentir de la colère, peut être de la frustration, dans tous les cas ce sera probablement négatif. Mais si on choisis de croire qu’il a pas fait exprès, on va très vite passer à autre chose en mode osef. Je ne nie pas que la sélection naturelle nous à rendu enclin à voir facilement le danger autour de nous, et donc à préférer des interprétation qui assurent la survie de notre corps et la transmission de nos gènes. On attribuera donc facilement à autrui un caractère menaçant plutôt que de la maladresse (pour rester dans l’exemple).

Mais nous, humains, somme suffisamment complexes pour transcender la dictature génétique.

Il en va souvent de notre bien être psychique, et donc physique. Car après coup, notre croyance deviendra une « vérité » dans notre représentation du monde (notre réalité) que l’on sera capable de défendre envers et contre tout, quitte à inventer des preuves qui n’existent tout simplement pas. C’est à ce moment qu’on confond nos croyances avec les faits. Les travaux en psychologie sur le témoignage oculaires sont édifiants sur le sujet.

Mais prenons un autre exemple, qui fait intervenir la pathologie neurologique qui me parait la plus riche d’enseignements: Les patients split brain ! Je trouve cette pathologie passionnante car d’une certaine manière elle tend à démontrer que l’âme immatérielle insécable est une illusion, de même que le sentiment d’être un « moi » souverain de ses pensées, et non une machine darwinienne. Mais j’y reviendrais plus en détails plus tard (ou allez vous renseigner sur ces patients sur google, vous verrez, c’est passionnant).

Ces patients, souvent souffrant d’épilepsie résistante, ont subi une lésion du corps calleux pour éviter qu’une crise d’épilepsie ne puisse se propager dans le cerveau d’un hémisphère à l’autre. Autrement dit on leur a coupé le truc qui permet aux deux hémisphères  (gauche et droit) du cerveau de communiquer. Et ce qu’on observe c’est que parfois ces deux hémisphères sont ensuite en conflits! Les deux continuent de fonctionner chacune de leur coté. Mais elles ne sont parfois pas d’accord sur la conduite générale que le corps doit adopter. L’exemple caricatural mais bien réel, c’est le syndrome de la main étrangère. L’une des mains attache les boutons de la chemise, pendant que l’autre les défaits juste après. Une main paye le pain à la boulangère, l’autre main récupère l’argent qu’elle ne veut pas donner. La personne se comporte comme si elle était habitée par deux « moi » en confrontation. Néanmoins, le corps cherche toujours à donner du sens aux événements qu’il observe, et à son propre comportement, même s’il est tout à fait aberrant.

Si on dit à l’hémisphère droit (par exemple en présentant un stimuli dans la partie gauche de la vision, qui est traitée par la partie droite du cerveau) de se lever et de sortir de la pièce, la personne va se lever et sortir.  Si ensuite on demande verbalement (le langage est traité par l’hémisphère gauche) à la même personne pourquoi elle s’est levée et est sortie de la pièce, elle n’a pas accès à l’information traitée par l’hémisphère droit, puisque les deux hémisphères ne peuvent plus communiquer. Mais elle ne va pas pour autant répondre « je sais pas », non, elle va inventer une raison arbitraire, et totalement illusoire! Il va par exemple dire « je voulais aller aux toilettes », ou « j’avais envie de marcher ». En réalité il n’a aucune idée de la cause véritable de son comportement, mais il va construire de toute pièce un récit narratif, à posteriori, parce que le cerveau a besoin de donner du sens aux événements. Autrement dit il va confondre la chose en soi, avec sa représentation subjective de la chose.

Mais nul besoin de souffrir d’une pathologie aussi grave pour faire cette erreur. C’est notamment quelque chose qui revient systématiquement quand on aborde la problématique du libre arbitre.
C’est aussi quelque chose qui arrive souvent en psychanalyse. On cherche à donner du sens à des événements passés pour mieux les intégrer à notre individualité dans le présent et aller de l’avant. C’est tout à fait louable, en théorie. En pratique, on attribue un sens subjectif voir arbitraire, à des événements dont le sens véritable n’est pas accessible. On cherche à comprendre l’inconscient pour la simple raison que ses tenants et aboutissants objectifs sont par définition inaccessibles.
Donc on se raconte des histoires, ni plus ni moins.

La question est donc, puisqu’on ne sait pas quelle est la vérité: est-ce que ces histoires rendent heureux ?

Quel est l’intérêt de se raconter une histoire sur notre passé qui nous rende malheureux alors que la vérité ne nous est pas accessible ? Aucun, à moins que l’on éprouve de la joie à souffrir.

***

2.  Un grand progrès peut s’effondrer en une seconde comme un château de cartes peut être détruit d’un coup de pied

C’est quelque chose que je constate aussi bien dans ma vie personnelle, dans ma relation avec mes proches, et que je m’attend aussi à constater une fois que je serais psy, même si je m’efforcerai de l’éviter, évidemment. C’est aussi cela l’intérêt de vivre des expériences et d’en tirer des enseignements: éviter de reproduire les mêmes erreurs.

On peut mettre des mois à construire une relation très épanouissante avec une personne, peut être même lui sauver la vie, et tout gâcher à cause d’une bêtise ou d’une maladresse. Changer la vie d’une autre personne est un art difficile, un processus qu’il faut mener jusqu’au bout sans quoi tout le reste n’aura servi à rien. Et l’ultime étape de ce processus c’est de lui apprendre à pêcher. C’est à dire à trouver en elle les ressources suffisantes pour ne plus avoir besoin de nous, comme un parent élève ses enfants de sorte à ce qu’ils deviennent capable de vive sans lui. Comme on apprend à un oiseau à voler pour qu’il puisse jouir de sa liberté.

Et cette semaine, j’ai vu cet enseignement dans deux oeuvres artistiques, qu’en conséquence je recommande. Ne lisez pas les paragraphes en dessous si vous voulez pas être spoliés.

Vingt quatre heures de la vie d’une femme de Stephen Zweig

Une nouvelle qui décrit avec brio la passion dans ses manifestations diverses. La protagoniste va laisser l’homme qu’elle voulait sauver seul quelques heures avec de l’argent en poche, alors qu’il souffre d’une addiction aux jeux d’argent. Son abandon temporaire est un coup de pieds dans le château de cartes, elle aurait du l’anticiper et empêcher ce « futur possible » d’arriver. C’est une erreur que de ne l’avoir pas fait, et en conséquence tout le reste n’aura servi à rien.

Nymphomaniac vol I &  II, director’s cut (c’est à dire, version non censurée), de Lars von Triers

Un film qui peut en choquer plus d’un. D’ailleurs une scène dans la partie 2 du film en version longue m’a pas mal marqué (un débat sur l’avortement). Mais l’oeuvre est très éloignée de ce qu’on pourrait imaginer en regardant l’affiche. C’est un film que j’ai beaucoup apprécié pour sa manière de traiter différentes problématiques morales. Original et intelligent.

Le protagoniste (j’arrive pas à me rappeler son nom) « sauve » un peu la protagoniste (Joe) en écoutant sa confession avec bienveillance et sans jugement. En somme il joue un peu un rôle de psy. Mais c’est un asexuel de 50 ans qui, après avoir laissé Joe dormir sereinement, voit ici une occasion de perdre son pucelage, « par curiosité plus que par désir », après que Joe ait pris la résolution de combattre sa pathologie.

Après avoir été une oreille bienveillante et un sauveur, il devient un singe médiocre esclave de ses hormones et entièrement soumis à la dictature de son côté génétique.
« No !  »
 » But, you fucked thousands of mens! » (vous la sentez, la médiocrité du singe, dans cette réplique ?)
 » BANG »

Joe, qui se consolait de ne pas être une meurtrière et de pouvoir prendre un nouveau départ, d’avancer enfin dans sa vie, vient de tout perdre à cause de celui là même qui venait de la sauver, et ce pour une connerie.

Dans le même genre on peut aussi citer Mommy de Xavier Dolan, bien entendu. Mais le film a tellement fait parlé de lui qu’il n’est plus vraiment à présenter.

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2 commentaires sur “Communication avec le monde: Et si pour les spiritualistes la vie était un jeu vidéo?

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