Ce qui ne tue pas… s’apprivoise? Le dragon de l’angoisse

Ce qui ne tue pas…

Rend plus fort (Nietsche)
Rend plus mort (Werber)
Rend plus bizarre (Le Joker)
Rend plus sombre (Fifty Shades)

La réponse à cette question semble éminemment biographique. Celle qui remportera notre préférence le fera pour des raisons très personnelle. L’important je pense ici, pour tirer une substance universelle à cette notion, est donc la première partie de la phrase. Ce qui ne tue pas.  En effet, l’angoisse implique toujours que l’on ait vécu une expérience douloureuse qui nous a rapproché (de façon réelle ou imaginaire) de la mort.
On dit aussi que c’est au bord du précipice que l’on déploie notre plein potentiel. Pour citer a nouveau Nolan dans The Dark Knight Rises, la peur de la mort est le plus puissant moteur de l’humanité (chacun a les références culturelles qu’il peut :o)

L’angoisse peut faire beaucoup de dégâts sur l’organisme, même si elle ne donne généralement pas directement la mort. Mais l’angoisse est avant tout un moteur issue de la sélection naturelle.
C’est une énergie psychique qui, hors de contrôle, peut réduire notre maison en cendres, mais qui sous contrôle, peut nous réchauffer en hiver et cuir notre nourriture. Comme le feu d’un Drogon. C’est aussi par moments une formidable source de motivation pour agir dans le sens de nos valeurs, pour rebondir, se relever, dépasser un obstacle.

Drogon_Season_4

Nous ne sommes pas tous égaux face à l’angoisse et la gestion du stress. C’est une compétence qu’on peut avoir naturellement développé ou non, et qu’on pourra éventuellement travailler par la suite si cela nous semble avoir du sens.

Dans tous les cas, c’est une erreur de voir l’angoisse fondamentalement comme un problème à éliminer. La ou on pourrait y voir une injustice (« Pourquoi moi j’angoisse autant alors que toi même une semaine avant les examens tu t’en bas les steak? C’est pas juste »), on peut aussi y voir un potentiel, une ressource psychique.
Parce que j’aime bien la sagesse populaire, je vais citer un autre proverbe: « La folie rime souvent avec le génie ».

Les artistes les plus créatifs, les intellectuels les plus brillants et les acteurs les plus doués sont souvent de grands angoissés. Ce sont des puissances qui ont réussies à se canaliser, pour diriger leurs énergies vers un but, quelque chose qui pour eux à du sens et vaut la peint qu’on y consacre notre temps, notre attention et notre énergie.
La difficulté n’est donc pas la présence ou non d’angoisse, mais c’est de trouver un catalyseur, un prisme qui va concentrer nos énergies pour en faire une force, sans les laisser nous réduire en cendres.
Et ce prisme, c’est la construction narrative. Pour apprivoiser l’angoisse, il est nécessaire de pouvoir construire au sujet de notre vie un récit qui a du sens.

Il est très facile de supporter la douleur quand cette douleur à du sens pour nous (« J’accepte de me faire torturer pendant 1h chez l’esthéticienne car j’ai envie d’avoir par la suite des jambes toutes douces »), il est en revanche impossible de supporter une douleur qui n’a pas de sens pour nous (« Putain de moustique qui veut me piquer je vais le défoncer cet enculé qui sert à rien sur terre à part m’emmerder »)

La preuve, c’est que si on s’en fout d’avoir des jambes douces, on supportera jamais de se faire torturer par une esthéticienne. Et si ça à du sens pour nous de se laisser piquer avec bienveillance par un moustique parce qu’on se raconte une histoire à ce sujet (« Oh la gentille maman moustique elle vient chercher à manger pour pouvoir nourrir ses bébés qui ensuite pourront devenir grands et s’envoler à leur tour » – Je prend un exemple caricatural mais vous voyez l’idée! xD), on sera beaucoup plus détendue avec la piqûre elle-même.

C’est exactement pareil avec toute autre douleur dans notre vie et tout stimulus qui est pour nous source d’angoisse, que ce soit venant des autres, de nos pensées ou de nos émotions.

Drogon_snarls_at_his_mom

N’en déplaise à Jorah Mormont, on peut domestiquer les dragons.

  • Cela commence par le fait de reconnaître son existence plutôt que d’être dans le déni (le déni intervient lorsqu’on n’a pas les moyens de gérer la situation, et dans ce cas on peut avoir besoin de l’aide d’une tierce personne ne serais-ce que pour se sentir soutenu dans l’expérience)
  • D’accueillir la réalité telle qu’elle Est plutôt que d’adopter spontanément une conduite d’évitement (du type « je vais prendre un Xanax pour faire descendre l’angoisse parce que là je sens que ca monte »). Les anxiolytiques sont parfois indispensables pour pouvoir supporter une réalité insupportable toutefois mieux vaut en premier lieu privilégier les compétences psycho-sociales et les techniques de respiration et de relaxation qui sont non invasives et n’ont pas les effets secondaires toxiques des molécules chimiques.
  • Donner de l’empathie à la part de nous qui ressent cette angoisse en lui accordant le droit d’être là, plutôt que de la juger néfaste et d’avoir la pensée que « Ce qui Est ne devrait pas être »). Toute angoisse prend naissance dans un sentiment de confrontation à un danger (réel ou imaginaire), c’est à dire qu’on a alors besoin de mettre en place des choses pour pouvoir nous sentir en sécurité émotionnellement. Cela peut donc passer par le fait de donner la parole à la part de nous qui ressent cette angoisse, pour comprendre d’ou elle part et de quoi elle aurait besoin pour pouvoir se sentir en sécurité. C’est quelque chose qu’on peut faire soi-même ou à l’aide d’une autre personne qui en nous donnant de l’empathie va nous permettre d’apaiser l’angoisse et de mettre des mots sur ce que l’on ressent, ce qui permet de le mettre à distance… en élaborant un récit qui permet de construire du sens. On en revient donc au processus narratif.

Comme le dit Amy Cuddy:
« This is my body, helping me facing this challenge »

Vaste projet je l’admet, j’y reviendrais dans d’autres articles. Je suis notamment en train d’écrire sur ce fameux processus narratif dans mes brouillons. 

***

Personnellement, j’ai cessé de subir systématiquement mes angoisses quand je leur ai laissé le droit d’exister et de s’exprimer. J’ai cessé de vouloir les mettre en cage et les dominer, pour préférer les apprivoiser et travailler avec elle, sans les museler ni les contraindre: En définitive, elles sont la pour me protéger.

drogon

Regardez avec quelle tendresse Drogon regarde Daenerys. Et nul besoin de chaines, de mors ou de selle pour le chevaucher. Un lien d’attachement et de confiance suffit. Plutôt que de lutter contre l’angoisse que l’on perçoit comme un ennemi à détruire, on peut entrer en relation avec elle pour s’en faire une amie qui nous aidera à affronter les épreuves de l’existence. 

C’est vrai que la métaphore a ses limites, ceci dit n’oublions pas qu’on reste dans l’univers imaginaire des représentations mentales. Le but de ce texte est de susciter une résonnance, un écho dans votre propre rapport à l’angoisse et non d’être limpide sur le plan conceptuel.

 

 

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