Les étapes du changement: De la douleur absurde à une vie pleine de sens

Douleur et souffrance, une double peine
« La souffrance, c’est le refus de ce qui Est »

Le point de départ qui permet de mobiliser des ressources pour entreprendre un changement en soi, c’est la présence d’une souffrance psychique importante. Quand notre situation ne nous convient pas, qu’elle n’a pas de sens et n’est pas au service de nos valeurs profondes.
C’est d’ailleurs ainsi que l’on peut définir la pathologie psychique, quand un fonctionnement entraîne un mal-être profond et durable, qui constitue un certain niveau de handicap pour l’épanouissement de la personne, qui ne parvient plus alors à donner du sens à son présent.

La douleur est en soi un expérience normale, que tout être humain expérimente au cours de sa vie. Ce n’est donc pas la présence de la douleur qui est signe de handicap, mais c’est la persévérance de cette douleur (physique et/ou morale) dans le temps et en terme d’intensité.
Quand la douleur persévère et qu’elle n’a pour nous aucun sens, cela peut déclencher en nous beaucoup d’émotions très inconfortables et intenses, allant de la colère à la tristesse, le sentiment d’injustice. Et alors à la douleur physique/morale s’ajoute la souffrance.

La souffrance, c’est le sentiment de révolte accompagnée de la pensée que ce qui Est ne devrait pas être. On refuse l’expérience de la réalité que l’on est en train d’avoir, parce qu’on voudrait que la réalité soit autre que ce qu’elle est.

Et parce que cette souffrance peut être envahissante, pour nous ou pour l’entourage, cela justifie de chercher à modifier notre fonctionnement (notre perception, nos pensées, notre sensibilité émotionnelle à certains stimululs…) ou notre environnement (géographique, social…) afin de pouvoir (re)trouver une certaine tranquillité intérieure face à ce qui Est.

L’idée n’est pas de faire disparaître toute émotion, pensée ou sensation inconfortable, mais de permettre que ces émotions, pensées et sensations ne soient plus pour nous un problème pour mener une vie qui ait du sens, pour agir en harmonie avec nos valeurs.

Quand cette souffrance devient pathologique et qu’on se sent débordé, il est alors préférable de consulter un professionnel de la santé qui va, à l’aide d’une thérapie à laquelle il est formé (en théorie), travailler avec nous pour tenter de nous aider à apaiser ce mal-être.

La première chose à faire, c’est donc d’en parler. De ne pas rester seul avec cette douleur, qui est souvent accompagné d’une profonde tristesse. C’est d’ailleurs la fonction de cette émotion, comme le met en image le film « Vice versa » de Pixar: La tristesse a pour fonction de susciter l’empathie de l’entourage afin d’alléger le fardeau que l’on porte, et retrouver de la joie.

***

Lorsque je ressens une douleur qui devient un handicap pour moi, j’ai le réflexe de chercher à tout faire pour éviter de ressentir cette douleur. M’abrutir d’activités toute la journée pour ne pas penser, consommer des substances qui me font planer, aller voir le médecin pour qu’il me donne un traitement qui apaise la douleur…

L’ennui, c’est que dans beaucoup de cas, ces stratégies d’évitement ne sont pas une solution et elles ne font pas disparaitre le problème, elles en traitent juste le symptôme. Cela peut crée un apaisement à court terme, mais sur le long terme, cela peut crée plus de problèmes encore.

Distinguer douleur et souffrance peut sembler surprenant mais cela à pour fonction de diminuer légèrement l’inconfort émotionnel qui est ressenti face à la douleur. Cela consiste à dire oui à la douleur, lorsqu’elle se présente, dire oui à ce qui Est. Paradoxalement, cela peut atténuer l’intensité de l’inconfort.

Posez vous donc la question, lorsque vous éprouvez une émotion: êtes vous dans l’accueil de ce qui est vivant en vous, ou bien êtes vous occupés à lutter contre l’émotion pour la contrôler ? Si vous luttez, est-ce efficace sur le long terme? A quel point cela vous coûte il de l’énergie que de déployer ce contrôle ?

 

Comprendre

« On ne peut changer que ce qu’on a compris »

 

Distinguer douleur et souffrance est une chose. Comprendre notre situation afin de pouvoir évoluer en est une autre. Prendre du recul sur soi, pour analyser « ce qui Est », et prendre conscience de ce qui ne nous convient pas ou plus. C’est précisément le but d’une thérapie: Disposer d’un temps consacré à réfléchir sur soi (avec un professionnel qui met son cerveau et ses connaissances à votre disposition) et traiter ce qui nous pose problème pour améliorer notre état de santé.

Toutefois, prendre conscience des rouages d’un problème ne suffit généralement pas à le résoudre (il faudra aussi mettre en place par la suite des actions au service de nos valeurs).
Par contre, c’est sans doute l’étape la plus importante du changement, car il est parfois difficile de se confronter à ce qui Est, de faire face à des vérités souvent très douloureuses et qu’il est toujours tentant de fuir, pour ne pas nous confronter aux émotions inconfortables qui y sont associées.

 

Espoir

« Si vous estimez qu’il n’y a aucun espoir, alors vous garantissez que tout espoir va disparaître »
Noam Chompsky

Une fois qu’on a pris conscience de la nature du problème qui entraîne de la souffrance, il est indispensable d’avoir en soi un espoir d’amélioration. Cela peut paraître évident, mais il existe beaucoup de gens qui ont mal et cependant se  résignent à mener une vie de lutte perpétuelle avec cette souffrance, pensant qu’elle fait partie de leur vie, de leur identité, « je suis un malade ». C’est autour de cette identité qu’ils vont se construire, faire des choix et tenter de donner du sens à leur vie.

Dans la mesure ou personne ne peut nous changer à notre place, et qu’un changement vient toujours de nous même, par nous même, il est nécessaire d’envisager la possibilité que notre état puisse s’améliorer, qu’il peut y avoir un mieux-être dans le futur.

On peut se résigner seulement si l’on a vraiment tout essayé pour guérir, tout ce qu’il était possible d’essayer, et que cela n’a pas contribué à améliorer notre quotidien. Mais comment sait-on quand on a tout essayé, vraiment tout? Comment déterminer quand il n’y a plus d’espoir, quand une rencontre, un livre, une conversation peut parfois changer le cours de toute une vie?

Et quand bien même il y aurait dans notre vie des choses douloureuses qu’il est impossible à supprimer, comment savoir s’il n’est pas possible d’apprendre de nouvelles compétences psycho-sociales permettant de mieux vivre avec cette douleur au quotidien, à faire qu’elle ne soit plus un problème dans notre vie?

C’est vrai qu’il existe des maladies incurables, qui ne dépendent pas de nous, qu’on ne peut pas éradiquer, et qui vont donc faire partie de notre identité et avec laquelle on va devoir apprendre à construire. On ne « cesse » pas d’avoir un trouble bipolaire ou borderline, un haut potentiel intellectuel ou une hypersensibilité émotionnelle, puisque ces choses implique des configurations neuronales spécifiques.

Mais quand bien même on serait contraint de vivre avec une maladie psychique, cela n’implique pas pour autant de devoir vivre dans la souffrance et le mal être. Et surtout, cela n’implique pas que l’on doive se définir à partir d’elle. 
Un diabétique n’est pas qu’un diabétique. On n’est pas « un borderline », mais plutôt « une personne souffrant d’un trouble de la personnalité borderline ». Ca peut sembler anodin mais cela change beaucoup de choses dans la manière de se représenter sa vie et son identité, que de ne pas se réduire à une étiquette, de ne pas exister qu’a partir d’elle.

***

Il est possible que notre vie soit réellement injuste et difficile, notre histoire douloureuse. Est-ce pour autant que nous sommes condamnés à vivre en enfer? Qu’il n’y a aucun espoir de retrouver une certaine forme de tranquillité intérieure?
Bien sur, plus notre vie est douloureuse, plus la réparation sera longue, mais parfois, un pas après l’autre, il est possible d’avancer vers davantage de bien être. Cependant, pour cela, il faut déjà être prêt à rassembler en nous l’énergie pour faire un pas. Le plus petit pas possible, c’est déjà suffisant pour commencer.

 

Déconstruction

La déconstruction est l’avant dernière étape pour changer un fonctionnement qui ne nous convient plus.

Quelles sont vos valeurs profondes, qu’est-ce qui donne du sens à votre vie, qu’est-ce qui vaut la peine que vous dépensiez votre temps et votre attention durant votre présence sur terre?
A l’inverse, quelles sont les actions que vous avec tendance à réaliser qui, avec recul, sont des actions inutiles qui ne vous apportent rien de satisfaisant sur le long terme?

Il est impossible de remplacer tout de suite un mode de fonctionnement ancré dans notre vie depuis des années parce qu’on l’aura décidé. Il faut déconstruire ce schéma, prendre du recul sur celui-ci, acquérir un esprit critique.

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C’est le déconditionnement, qui permet de trouver en soi l’espace et la motivation pour apprendre une nouvelle manière de penser, de fonctionner. Par exemple, quand en communication non-violente on déconstruit le langage chacal et qu’on apprend le langage girafe.
Toutefois, on ne peut pas considérer ce processus comme acquis. Le fait d’avoir appris une autre manière de fonctionner ne fait pas pour autant disparaître nos vieux réflexes. Pour cela, il faut consolider les changements en développant de nouvelles habitudes.

Reconstruction par la pratique

La dernière étape est le passage de la théorie à la pratique, qui permettra de creuser de nouvelles autoroutes neuronales dans notre cerveau, de changer nos habitudes pour les remplacer par de nouvelles, qui seront cette fois davantage au service de nos valeurs profondes, afin de permettre d’avoir une vie pleine de sens.

Il ne s’agit pas de remplacer un schéma par n’importe quel autre. Il faut également avoir du recul sur les nouveaux schémas, faire preuve de souplesse psychologique, être conscients de leurs avantages et surtout de leurs limites, car ces limites seront les nôtres. 

Il faut prendre les pensées pour ce qu’elles sont: De simples hypothèses, qui ne sont pas des faits, et qui ne conditionnement pas nécessairement nos actions. On ne peut pas modifier nos pensées, mais on peut modifier le rapport qu’on entretient avec elles.
Prendre du recul vis à vis de celle-ci permet davantage de souplesse, et donc une plus grande adaptabilité, qui est l’une des manière de définir l’intelligence.

En thérapie ACT, c’est ce qu’on appelle « la défusion », qui consiste à observer ses pensées sans s’identifier à elles, qui est un processus facilité par des exercices pratiques.
Par exemple, à travers un exercice de visualisation consistant à observer ses pensées comme on observe des feuilles mortes couler sur l’eau en étant assis au bord d’une rivière.

De manière générale, on peut appeler cela la métacognition, le fait d’être le contenant de nos pensées sans fusionner avec elles. Garder en tête que la carte n’est pas le territoire, et que Pensouillard le hamster, qui veut capter notre attention avec les histoires qu’il nous raconte, nous empêche parfois de vivre.

Pensouillard nous raconte des histoires pour notre bien, il veut nous protéger de tout ce qui peut représenter un danger pour nous. L’ennui, c’est qu’un danger peut être réel ou imaginaire, et beaucoup de dangers sont en réalité des dangers imaginaires. Consacrer de l’énergie à nous protéger de dangers imaginaires représente alors une importante dépense d’énergie pour pas beaucoup de résultats satisfaisants vis à vis de nos valeurs…

Il est possible de pratiquer des exercices permettant de décider ce qu’on fait de notre vie, sans subir ses pensées, émotions et perceptions, mais en accueillant autant que possible ce qui Est pour pouvoir ensuite agir en pleine conscience à partir de nos valeurs. 

 

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