La complémentarité des braises et des flammes

Deuxième allégorie élémentaire, traitant du feu. C’est un texte tiré d’un mail de 2014 (2 ans après la sortie du bouquin d’Onfray, « Rendre la raison populaire »)

Ca fait quelques années qu’on a un débat sur la culture, comment rendre la raison populaire, ce qu’est la philosophie, un philosophe, une œuvre philosophique. Ce que sont le peuple, l’élite, les moyens utilisables et utilisés pour véhiculer la culture…

J’aimerais donc centrer ce débat autour d’une allégorie, en passant par plusieurs digressions pour expliquer comment j’en suis arrivé là.

Braise 2Premièrement, au début de l’année j’ai cherché à définir/comprendre ce qu’était l’énergie.

On parle tout le temps d’énergie, en physique (thermique, cinétique, électromagnétique…), en politique (fossiles vs renouvelables), en parapsychologie –et c’est la que dans mon esprit ca pèche.

Dieu serait “énergie”, les magnétiseurs transmettraient de l’énergie par le contact, la télékinésie serait une transmission d’énergie du corps vers la matière. Alors de quoi parle-on concrètement?

Je me rappelle en 4e ma prof d’SVT abordant le fonctionnement cellulaire, peiner à définir ce qu’est l’énergie “ce n’est pas vraiment de la matière, c’est quelque chose de plus indirect”. Mais bordel, si ce n’est pas de la matière, c’est quoi? Comment quelque chose peut-il ne pas être de la matière? N’est-ce pas la preuve qu’il existe un monde au-delà de la matérialité? Un monde métaphysique? Dès lors, cela ouvre tout un tas d’hypothèses: Si “quelque chose” peut « être » sans être de la matière… (C’est une époque ou je n’avais pas encore planché sur le concept d’onde et de champ magnétique)

Après cette réflexion, j’en ai plus ou moins déduit qu’un monde immatériel précédait la matière (juste ici http://avatar905.skyrock.com/3194036545-Avant-la-matiere-l-energie.html ). Mon frère s’est fait une joie d’opposer un argumentaire scientifique à mes spéculations hasardeuses (sur FB. Faudrait que je retrouve ledit commentaire)
Comme le dit Geoffrey, l’énergie est la propension d’un système à changer d’état. Donc, cela n’est pas matériel, c’est un simple concept pour définir une capacité en puissance.

Et ceux qui parlent de l’énergie comme d’une composante mystique de la vie sont des gens qui, comme moi à l’époque, n’ont pas même commencé à conceptualiser, et en sont encore au stade préverbal des ressentis et intuitions.

Deuxième digression: Ma journée à la forge.

Braise 1

J’ai été, un mardi (début Mai) chez un ami des Chardons d’Orléans qui travaille le bois/cuir/métal découvrir les joies de la forge. Il n’est pas non plus équipé comme à la forgeciel d’Eorlund Gristoison dans Skyrim, mais il à de quoi forger des couteaux (enfin tout type de couverts mais les couteaux c’est la classe), des outils, tout ce qui est pas trop gros et qui entre dans une forge de la taille d’un barbecue en somme.

J’ai donc découvert les étapes pour allumer la forge, la technique de ventilation pour faire monter la température a 1000°C, nécessaire au rougissement du métal pour le ramollir et le travailler sur enclume… Et parce que ces étapes sont intéressantes en soi, mais aussi importante pour mon allégorie qui traite du feu et de la chaleur.

Donc:

Première étape: On allume le feu avec du bois fin qui brule vite et facilement. Bien évidemment on allume le feu avec une flamme (en soi il est possible d’allumer un feu avec des branches et un arc, ou d’autres techniques chiante dans ce genre, mais je souhaite bien du courage à celui qui veut essayer) et des allumes feu, pour gagner du temps (Georges utilise des allumes feu naturels de bois compressés, ca évite d’utiliser des produits chimiques)

Deuxième étape: On laisse chauffer le charbon (un charbon spécial, plus dense que celui qu’on utilise pour les barbecues, qui peut résister à de plus hautes températures, ou pour reprendre les termes de l’expert, “qui ont une plus haute teneure calorifique”, donc dégagent plus de chaleur)

Troisième étape: Au bout d’un moment se déroule une phase caractéristique de la première utilisation du charbon. J’ai oublié le nom de ce phénomène, mais en gros c’est l’étape ou l’huile autour du charbon s’évapore et est évacuée. Une étape ou la fumée qui s’échappe de la forge est si dense qu’on ne voit pas à travers. Comme du lait un peu jaune sous forme de fumée (je précise que le lait, quand il sort des pies des vaches, est lui aussi un peu jaune. C’est quand il est traité et demi écrémé, donc moins gras, qu’il est blanc comme dans les briques du centre commercial). C’est un phénomène magnifique à voir en vrai, qui forme de très jolis motifs que l’appareil photo de mon téléphone semble incapable d’immortaliser convenablement. Mais plus important, c’est de la fumée sans feu.

En effet, ce sont les braises (le charbon chauffé) qui, passé une certaine température, libèrent cette vapeur d’huile, mais aucune flamme n’est alors visible.

Ainsi, à celui qui dit qu’il n’y a pas de fumée sans feu, dites lui que c’est tout à fait faux.

Quatrième étape: Sachant que le charbon ne peut pas chauffer “vraiment” tant qu’il est imbibé de cette fameuse huile, on doit attendre que le phénomène se termine avant de ventiler le charbon en vue de le faire atteindre les 1000°C. Une fois que c’est fait, on utilise donc un truc (n’importe quoi tant que c’est efficace) pour ventiler. Usuellement c’est un soufflet, qu’on actionne un peu comme un accordéon. Mais en l’occurrence moi j’ai utilisé un truc plus moderne avec une simple manivelle à tourner, reliée à un ventilateur sous la forge, qui soufflait au centre. Cela permet de chauffer la partie centrale de la forge, c’est donc la zone ou l’on va placer le bout de métal que l’on souhaite travailler.

Encore une fois, c’est vraiment magnifique de voir en vrai le charbon chauffer avec le métal à plus de 1000°C, on voit littéralement le charbon briller d’une couleur dorée magnifique et intense, transférant peu à peu son énergie thermique au métal, qui lui même va se mettre à rougir, puis jaunir, puis blanchir (mais il commence déjà à fondre quand il devient jaune, et quand on forge un couteau c’est pas vraiment le but)

Voila, après ces étapes, le métal rougi est prêt à être travaillé, modelé en fonction des exigences du forgeron.

Il faut donc une flamme pour allumer la forge, puis des braises pour conserver et maintenir la chaleur. Et c’est ainsi… qu’on en arrive à mon allégorie.

La chaleur n’est pas la flamme. Un morceau de métal rougi, fut-il très chaud, n’allumera jamais une bougie. Mais la plus insignifiante et froide des étincelles peut faire naitre la lumière du néant. Quand au métal chaud, il peut être modifié, il est malléable. Mais il ne transmet pas la vie. A peine commence-on a le frapper que sa lumière décline et disparait.

Je postule que les auteurs tels que Werber, Musso, Olivier Clerc, Neale Donald Walsch, sont des flammes. Ils allument des bougies, mais sont incapable de conserver la chaleur sur le long terme. En effet une flamme, si elle met les ténèbres en échec, ne le fait que pendant un laps de temps très court. C’est pourquoi un bon feu à besoin de braises, et c’est précisément ce que permet d’obtenir une flamme.

Les braises, ce sont les grandes œuvres, le socle sur lesquels s’appuient l’humanité pour se construire une histoire et se définir, s’entendre sur des bases commues et universelles.

Platon, Descartes, Freud, Darwin, Marx, Nietzsche… Des gens qui ont produit une œuvre, une pensée cohérente à laquelle on se réfère pour définir des concepts, des peseurs à qui l’on attribue (parfois un peu arbitrairement dans la mesure où leur pensée découle des influences qu’ils ont reçus à l’époque sans qu’elle soit issue de leur propre esprit) l’origine des grandes idées sur lesquelles on s’appuie pour comprendre le monde.

Aussi Werber, Musso, Clerc, Walsch ne prétendent aucunement être à l’origine des grandes idées dont ils parlent. Ils sont conscients de n’être que des flammes, c’est à dire l’entité condamnée à une vie brève, mais qui apporte la lumière chez de nombreuses personnes qui étaient parfois un peu trop entourés par les ténèbres. (Ou pour reprendre l’expression de Werber, il est “le ruban qui entoure le bouquet de fleurs”)

Ils savent probablement qu’ils auront disparu dans 200 ans, tout comme Fauve aura disparu dans 200 ans. Car Fauve aussi est une flamme. Ils éclairent les ténèbres, permettent au charbon de chauffer et de diffuser l’énergie qu’il contenait en lui, et qui sans la flamme, serait resté froid et humide.

Il est vrai que même si les flammes qu’émettent les braises sont très petites, elles existent. Il n’en demeure pas moins que la plupart du temps, il est impossible d’allumer une forge sans passer par les flammes.

Ce sont les flammes qui allument une bougie, jamais une braise, mais quand on chauffe le charbon à 1000°, le vent produit des flammes (qui sont très différentes de ce qu’on voit lors d’un feu de camp ceci dit: ce sont des flammes très chaudes, pointues et très courtes, d’une couleur beaucoup plus claire que le jaune orangé du feu sur lequel on fait griller nos shamallows)

Les flammes produites par le charbon ont beaucoup moins de portée que les flammes produites par le bois, et en plus il est beaucoup plus difficile et contraignant de les produire.

Braise 3

Disons que, dans de cadre de cette allégorie, c’est l’apanage des génies. Mais même un génie aura moins de portée qu’un type normal qui sait diffuser les idées et répandre sa chaleur autour de lui. Et dans notre génération, une personne aura plus facilement entendu parler de Jules Vernes ou de Proudhon parce qu’il a lu Werber, que parce qu’il a été lire directement Jules Vernes ou Proudhon… La flamme qu’est Werber diffuse plus facilement sa chaleur et sa lumière que ne le sont les braises chaudes et locales Proudhon et Jules Vernes… ce qui n’empêche pas un lecteur de Werber d’aller ensuite s’intéresser à ces deux auteurs.

De même, ce n’est peut être pas grand chose, mais il est aujourd’hui statistiquement plus probable qu’une personne réfléchisse au déterminisme de la société en écoutant “Loterie” de Fauve, qu’en lisant un traité d’Epicure ou Lucrèce sur la notion de clinamen. Les deux messages ont le même but, visent à la même réflexion. Celui de Fauve est concis et tronqué, voir même, disons, emprunté à d’autres, tandis ce que la pensée en elle même peut être attribuée à des auteurs précis.

Est-ce que cela dénature la puissance de ce message, fut-il tronqué et abrégé par Fauve? Si l’idée est transmise et fait réfléchir les gens, Epicure ne peut-il pas se réjouir, quand bien même les gens en question qui réfléchissent ignorent son nom?

De plus, les flammes réveillent les braises, et une fois que les gens sont intéressés par un sujet et ont compris que les informations leur étaient accessibles car à leur portée, ils vont s’y intéresser par eux même et par plaisir.  C’est du moins ce qui est arrivé pour moi avec Werber, et c’est ce qui arrive tout le temps à des tas de gens.

Un bon prof comme Arnaud Aubert est aussi une flamme, au même titre que Werber. Il n’est peut-être pas le fondateur de grandes idées, mais il est celui qui nous les révèle, les met à notre portée et nous donne le désir d’aller les chercher par nous même.

Les braises sont plus chaudes, plus durables, certes. Néanmoins on ne perçoit leur chaleur que quand on est suffisamment proche d’elles, à quelques centimètres. Leur lumière est invisible à une centaine de mètres.

Cependant, place un tas de foin sur un bucher, et tu sentiras la chaleur des flammes à plus de 5m, leur lumière sera visible à plusieurs kilomètres à la ronde. En réalité la chaleur des flammes n’est rien face à la chaleur des braises, seulement pour le savoir il faut s’approcher suffisamment près des braises.

Les flammes sont donc ce qui permet de révéler les braises, car elles ont une meilleure portée. Voila le propos de mon allégorie…

PS: Reste à définir le statut du métal chauffé à blanc, et de la fumée. J’arrive…

(Je précise que les braises chaudes, quand on ne les ventile pas, ne produisent ni fumée ni flammes. C’est le vent qui attise les flammes et qui permet de monter en température, ainsi sans le vent, la forge n’est pas possible. La fumée n’existe qu’a basse température, et dès qu’on dépasse le seuil d’évaporation de l’huile, il n’y a quasiment plus aucune fumée…

  • Notons que la fumée produite par un feu de bois est bien moins dense que l’espèce d’ “apocalypse” qu’est l’évaporation de l’huile, comme si c’était l’étape nécessaire pour révéler le vrai potentiel du charbon… Bref, métaphore à creuser…)
  • Le métal chauffé possède à la fois les inconvénients des flammes (sa brièveté) et les inconvénients des braises (sa faible visibilité), sans avoir les avantages pour autant… Peut-être qu’il pourrait symboliser l’individu: Modelé par la chaleur des braises, et non par celle des flammes. Quand au statut du forgeron… C’est carrément un autre sujet. Moi, pour le moment, je ne parle que de l’énergie thermique d’un point de vue descriptif.

 

 

 

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