La girafe de la CNV est un thermomètre émotionnel

Qu’est-ce qui guérit, dans la communication non-violente? Ce n’est pas simplement l’absence de violence. Jusqu’à preuve de contraire, la seule absence d’une chose n’a jamais été facteur de guérison. C’est bien plutôt la présence de quelque chose de bénéfique, de nourrissant, qui comble un besoin intérieur.

Ce qu’apporte la CNV, c’est de l’empathie « high-tech ». C’est à dire que la CNV est une méthode, simple à comprendre et efficace (mais difficile à appliquer et à maîtriser), pour apprendre à donner de l’empathie à soi même et aux autres. 
Elle permet de changer radicalement la façon d’entendre ce que les autres peuvent nous dire, ainsi que ce qu’on peut se dire à soi-même, afin notamment de sortir de « la rhétorique du juge et de la victime ».

L’empathie est avant tout une qualité de présence. La ressource la plus rare et la plus précieuse de l’humanité est l’attention. Beaucoup de pathologies psychiques sont la conséquence d’un manque ou d’un trop plein d’attention, ce dont je parlerai plus en profondeur dans un autre article.

Entrer en empathie avec l’autre revient à être présent à ce qui est vivant en lui dans l’ici et maintenant. Cela revient à tourner pleinement son attention sur les signes exprimés par le corps de l’autre, que ce soit verbal ou non verbal. Etre à l’écoute des émotions, des gestes, le ton de la voix ainsi que la tonalité du regard…
Comme la relaxation, c’est quelque chose qu’on ne peut pas faire si l’on est en train de penser à sa liste de courses ou à l’heure d’aller récupérer les enfants à l’école.

C’est une présence qui est à distinguer du recours à l’imaginaire. Entrer en empathie avec l’autre ne signifie pas essayer de deviner comment il se sent à partir d’indices en faisant des suppositions (ce qui ne respecte pas le 3e accord toltèque), et à s’appuyer sur ces suppositions pour faire de la psychologie de comptoir qui consiste à expliquer à l’autre ce qu’il pense comme si on le savait mieux que lui même.

L’empathie consiste à se laisser guider par la vie qui s’incarne et se manifeste en l’autre (ou en nous), telle une vague au dessus de l’océan. Offrir de l’empathie revient à surfer sur cette vague, à se laisser porter par son énergie, à l’accompagner.
Le processus n’est pas magique, et comme le surfeur s’ajuste aux fluctuations de la vague à chaque instant, donner de l’empathie à l’autre passe aussi par l’interaction, le fait de poser des questions pour s’assurer qu’on est bien en lien avec l’autre (et pas avec une projection issue de notre imaginaire). Dans le cas contraire, il pourra nous corriger afin que l’on soit pleinement présent à lui, qui nous guide dans les fluctuations de son univers intérieur.

***

Pourquoi l’empathie est-elle thérapeutique? 

Tout simplement car elle permet à l’autre de se sentir rejoint et compris dans la beauté de ses besoins, et que « la beauté, c’est ce face à quoi on aimerait être deux ».

Etre empathique revient à être un thermomètre émotionnel qui réagit intérieurement à ce qu’il se passe autour de lui, qui mesure la tonalité des émotions des autres, créant alors une complicité par le partage et une relation humaine de cœur à cœur.

Gardons toutefois en tête que la CNV est un outil, une méthode, et pas une fin en soi. Son but est avant tout de prendre soin des relations, que ce soit avec nous même ou avec les autres.
Si on se contente d’appliquer mécaniquement la CNV avec notre raison, en énonçant des observations avec froideur, cela ne fonctionne pas, car alors on perd de vue le but à atteindre, qui n’est pas d’être irréprochable dans notre manière de communiquer, mais de prendre soin de la relation avec notre interlocuteur. Il est important, pour avoir une écoute empathique high-tech, de laisser pour un temps de côté le résultat espéré, en se concentrant uniquement sur la qualité du lien. Car c’est cette qualité de lien qui est en elle même thérapeutique, et qui facilite les échanges dans les deux sens.

C’est ce qui m’amène à parler du positionnement du psychothérapeute:

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Un savoir faire autant qu’un savoir-être

De même qu’une girafe CNV, un psychothérapeute est supposé détenteur d’une méthode élaborée qui permet de prendre en charge la souffrance psychique de ses patients, afin de leur permettre d’aller vers un mieux-être durable et d’avoir un fonctionnement qui contribue à nourrir leurs besoins.
Mais si cette méthode est appliquée automatiquement sous prétexte qu’elle a été validée par des méta-analyses et que son efficacité à été démontrée dans la littérature, cela ne fonctionnera pas, dans la plupart des cas. La variable la plus déterminante dans le succès d’une psychothérapie, c’est la qualité du lien entre le patient et le thérapeute, qu’on appelle l’alliance thérapeutique, et qu’aucune méthode ne permet de crée mécaniquement.

La psychothérapie comme la CNV, c’est autant un savoir faire qu’un savoir-être. Et avant même d’user de méthode, il convient de déterminer quel est notre but et quelles sont les valeurs qui donnent de l’impulsion à nos choix et qui vont orienter nos décisions.

La relation entre patient et thérapeute, ou l’on travaille avec l’âme des êtres sensibles, n’est pas aussi mécanique que les rouages glacés d’une machine bien huilée, et chaque instant présent est une singularité à laquelle il est nécessaire d’être attentif afin de pouvoir mesurer ce qui est, pouvoir s’y adapter et ainsi faire de son mieux pour accompagner l’autre avec ce qui se vit en lui.

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Le pouvoir de l’intention

« La forme, c’est le fond qui remonte à la surface », disait Victor Hugo.
C’est particulièrement vrai dans la relation thérapeutique, et j’irai plus loin en disant que c’est également vrai quand l’on est auteur (que ce soit de romans, de blog ou de tout autre support ou il y a une forme de relation entre lecteur et auteur). On peut être guidé par les plus belles idées du monde et appliquer la méthode la plus efficace, si on se comporte comme un connard, il y a fort à parier que le résultat ne sera pas spectaculaire.

Je dirais que l’élément pertinent ici est l’intention qui nous alimente en énergie et nous pousse à produire une oeuvre, à interagir. Est-ce par joie ou par peur? Sous le coup de la colère, ou dans un élan d’amour? Toutes ces choses se sentent, que ce soit dans la communication directe ou à travers un texte, et puisque cela se sent, cela produit des effets. 

Si l’empathie high-tech est aussi thérapeutique, c’est qu’elle est avant tout un élan de contribution, chargée d’une énergie de liaison. Elle est une chaleur, sous tendue par une intention faite d’amour.
Et tandis-ce qu’une attention active portée par une intention agressive ou de domination n’apporte la plupart du temps aucun soulagement, une attention même maladroite qui est sous tendue par une intention d’amour apportera un peu de réconfort, puisqu’elle est une volonté de prendre soin, de connexion.

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Et si l’empathie était le premier et le plus fondamental des besoins humains?

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Nb: cet article m’a été inspiré par ma lecture en cours de l’ouvrage qui suit:

 

PS: J’appelle « empathie High-tech » l’empathie en tant qu’application concrète d’une méthode construite pour offrir une écoute de la meilleure qualité possible, qui s’appuie sur le processus de la CNV de Marshall Rosenberg. Elle s’oppose à l’empathie tout court en tant que concept plus ou moins clairement défini dans le langage populaire ou à partir de son étymologie (ce qui ne change rien, dans les deux cas c’est un discours et non une pratique méthodique).

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2 commentaires sur “La girafe de la CNV est un thermomètre émotionnel

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