Conscience, Honnêteté, Responsabilité

J’ai eu envie d’écrire un article sur les valeurs pour plusieurs raisons.

Premièrement, suite à un débat intéressant consistant à légèrement modifier les valeurs de la république francaise pour leur retirer leur caractère sexiste:

Liberté, égalité, adelphité (=issus de la même mère)

Même si j’avoue que ca me parle pas tellement en tant qu’individu pour déterminer ce qui guide ma conduite: la liberté est un fait de l’existence, la question n’est pas de savoir si on est libre mais ce qu’on fait de cette liberté.

L’égalité, c’est trop flou. L’important n’est pas que chacun ait la même chose mais que chacun ait selon ses besoins.

Et l’adelphité, c’est pareil c’est cool mais elle est déjà un fait de l’existence (on est tous des êtres vivants issus du même processus de réplication). Dans l’idéal ca ne devrait plus être un but, ca devrait plutôt (comme le féminisme ou la non binarité des genres) être un acquis qui nous permet d’avoir d’autres buts plus profonds, plus fondamentaux. D’ailleurs, l’adelphité pourrait a terme conduire à l’antispécisme, puisqu’on est tous issus de la même mère, a savoir la terre…(mais bon, je suis toujours pas vraiment antispéciste)

Ensuite, je voulais écrire la dessus parce que depuis que j’ai lu le bouquin de Rosenberg sur la CNV,

je suis souvent en difficulté quand il s’agit d’expliquer un point qui est la notion de responsabilité.

Et je relie ca assez clairement a la 2e angoisse existentielle selon Irvin Yalom, a savoir la peur de la liberté.

Et quand on ajoute la vidéo d’hier de Tatiana sur le mensonge,

PAF, tout s’imbrique et ca donne envie d’écrire un article…

***

A une époque, lors de je ne sais quelle crise existentielle, je me suis posé la question des valeurs qui étaient à l’origine de mes choix de vie et prise de décision. A l’époque, j’étais plus puéril et vaniteux encore que je ne le suis aujourd’hui, et j’ai donc choisi des valeurs en fonction:

Considération, Conscience, Intelligence.

Et en effet ca ressemble assez a la personne que j’étais alors:

Plutôt attentif et attentionné avec les gens dont j’étais émotionnellement proche, épistémophile chronique, et sacralisant l’intelligence au point d’en faire le seul critère pour déterminer la valeur des individus, sans trop savoir ce que je désignais par ce mot d’ailleurs, « intelligence »…

Le « conscience » me venait d’Olivier Clerc, avec sa « pause conscience » dont il parle je crois dans « même lorsqu’elle recule la rivière avance », qui n’est pas sans rappeler certains exercices de « mindfullness ».

Il s’était amusé a écrire au stylo la lettre C sur le dos de sa main, et chaque fois qu’il posait sans faire exprès les yeux sur cette lettre dans la journée, il devait s’accorder une mini pause cosmique afin de prendre conscience de l’ici et maintenant, de tout ce qu’il se passe autour de lui et en lui, ce qu’il perçoit, ressent etc. Je trouvais ca cool. Et cool de le faire un peu intuitivement, un peu tout le temps. Etre présent quoi, conscient.

La considération représentait à l’époque ce qu’aujourd’hui j’appellerai l’amour, soit l’antithèse de l’indifférence. Amour étant ici réduit a sa définition la plus simple: l’investissement d’énergie psychique de liaison envers un objet. (la haine pouvant être définit comme une énergie de déliaison. Bien sur je parle d’énergie en terme de symbole, pas de manière ontologique)

Bref. Pendant quelques années, je me suis amusé a « vendre » ces valeurs, j’en ai même fait un petit tableau. Mais au fil de mes lectures, j’ai trouvé d’autres valeurs qui m’ont paru bien plus profondes et bien plus en accord avec « mes vraies valeurs », c’est a dire que je me reconnaissais bien plus dans ces trois nouvelles valeurs, que dans celles dont je parlais jusque la. Après tout, on ne fait jamais que raconter des histoires lorsqu’on produit du sens (les valeurs étant des directions a partir de ce sens que l’on produit), et j’avais trouvé une nouvelle histoire a raconter qui me convenait mieux.

Et je ne l’ai pas trouvée dans un traité de philosophie morale. Non. je l’ai trouvé dans un bouquin de spiritualité New Age: le tome 2 de « Conversation avec Dieu » de Neale Donald Walsch. Eh oui, je lis de la spiritualité new age, j’assume. Vous savez, ce rayon bizarre dans les librairies avec des titres loufoques. Ca m’empêche pas d’avoir un discours critique dessus d’ailleurs. Et en plus ca me permet de connaitre les textes, ce qui me permet d’avoir un jugement un peu plus éclairé dessus.

Bref. Ces trois valeurs sont: Conscience, Honnêteté, Responsabilité. 

***

Conscience

Encore elle héhé. Ce que j’entend par conscience c’est grosso modo la prise d’information et leur recoupement afin de pouvoir modéliser avec le plus de cohérence possible la réalité. C’est à dire que toute dissonance, je la vois comme un manque d’information, un manque de recul, une lacune qui peut a priori être levée. Si elle ne peut pas être levée, c’est donc un impensable, et on arrive alors aux limites de ce qu’il est possible de saisir avec la raison.

Je pars du postulat invérifiable que la mécanique du réel est cohérente et homogène au niveau physique, que toutes les autres échelles de complexité de la réalité et leurs propriétés émergentes sont les conséquences secondaires de la physique des particules. Autrement dit je suis matérialiste et physicaliste. Ce faisant, plus je comprend la mécanique du réel, et plus je peux le contrôler m’y ajuster et donc plus je suis libre. De manière générale, avoir des connaissances facilite la vie (Dixit Arnaud Aubert, le meilleur prof de psycho de la fac de Tours)

Etre conscient de soi, être conscient des autres, être conscient des enjeux ayant cours dans le présent permet de mieux construire dans le présent, et donc construire l’avenir. C’est pourquoi tout me passionne, peu importe l’échelle de complexité: physique, chimique, biologique, somatique, psychologique, social, historique, géologique, cosmique…

***

Honnêteté

L’honnêteté me parait essentielle mais j’avoue que la question est assez complexe a traiter. Le truc déjà, c’est que je sais pas mentir. Mais ca, c’est ce que dirait un menteur, n’est-ce pas.

C’est surtout que je suis fondamentalement déterministe, et que je pars du principe que la conscience est un processus mental au même titre que la mémoire ou coordination motrice. La ou je veux en venir, c’est que l’on ment consciemment, avec une intention associée (se protéger du jugement d’autrui, éviter un châtiment…). Ca veut pas dire que ce que l’on cache va pas ressortir autrement, sans qu’on s’y attende (parce que cela échappera aux mécanismes faisant intervenir le processus mental de la conscience en nous). Je parle des lapsus, des boulettes, des sous entendu. Bref, de ce qui échappe a notre contrôle, et donc, ce qui nous contrôle a notre insu.

Je suis pour l’honnêteté car en tant qu’obsessionnel je suis un fan du contrôle et j’aime pas être en conflit intérieur, je trouve que c’est du gaspillage d’énergie psychique. Faire converger nos énergies vers nos buts existentiels pour ne pas passer sa vie aliéné (par soi même ou par quelqu’un d’autre).

Parce que je n’aime pas qu’une situation m’échappe (typiquement, une situation ou je mens, la personne voit que je mens, et donc la personne comprend ce que je pense alors que j’ai essayé de lui cacher. Et donc en plus de savoir ce que je pense, elle sait que je voulais lui cacher, ce qui lui donne une information supplémentaire), je préfère éviter de mentir, être authentique, ce qui permet de grandement simplifier les interactions… et donc de mieux contrôler ce qu’il se passe. 

Et surtout, l’honnêteté concerne la relation avec soi même… et permet de ne pas éprouver ce que Yalom appelle la culpabilité existentielle.

La culpabilité existentielle, c’est le fait d’agir en étant aliéné, et donc d’être dans le renoncement de soi même, par soumission à la peur, par soumission au regard d’autrui… autrement dit, c’est une forme de violence dirigée contre soi. L’honnêteté signifie s’efforcer d’être le capitaine de son âme, en étant autonome (notre propre loi), et en ne détournant pas le regard face a soi même et ses besoins. Cela n’est évidemment pas une chose facile, c’est pour cela qu’on peut parler de l’honnêteté comme d’une éthique du courage, car elle implique d’être prêt à se défendre face aux forces externes qui voudraient franchir nos limites, de sortir peut-être de notre zone de confort.

Etre honnête ne signifie pas être transparent, et cela n’empêche pas d’avoir une vie privée, un jardin secret, une intimité. Etre honnête, c’est bien plutôt la capacité à comprendre ses limites, et à ne pas laisser les autres les franchir contre notre volonté. C’est pouvoir dire à l’autre « stop. Ceci est ma limite » plutôt que de le laisser franchir cette limite par peur du rejet ou de blesser, et ce faisant renoncer à soi même.

Yalom dit grosso modo que l’on peut tolérer un sentiment de culpabilité envers autrui (la preuve, la grande majorité des gens mangent de la viande en pensant que « c’est pas bien »), mais qu’il est beaucoup plus difficile de vivre avec un sentiment de culpabilité existentielle, c’est a dire avec l’impression désagréable d’avoir renoncé à qui l’on est vraiment, c’est a dire avoir renoncé a défendre les valeurs qui nous guident.

En deux mots, l’honnêteté, ca pourrait être la phrase de Nietzsche:

« Deviens ce que tu es »

***

Responsabilité

La responsabilité est associée à la 2e angoisse existentielle selon Yalom, et elle est donc inextricable de la notion de liberté. Assumer la responsabilité de sa vie, c’est faire le choix d’être maître de son destin. C’est prendre le risque de se tromper, de faire des erreurs, de sortir de sa zone de confort.

La responsabilité, c’est cesser d’attribuer aux autres la cause de nos échecs, la cause de notre souffrance, la cause de nos émotions. La responsabilité, c’est faire le choix d’être libre. Libre de dire oui, libre de dire non, libre de prendre une direction (Nietzsche)

Et la liberté, c’est terrifiant, pour toutes les raisons citées. C’est pour ca qu’on a facilement tendance a avoir des biais d’attribution, c’est a attribuer les causes de nos succès a nous même et les causes de nos échecs à l’environnement externe. C’est ce qu’on appelle le clivage.

C’est aussi pour ca qu’on croit au mythe du libre arbitre, ou encore au mythe du libre arbitre n_n (je crois vraiment que l’essentiel des problèmes qu’on rencontre socialement découlent de ce mythe), de la légitimité du mérite et de la punition. L’enfer c’est les autres, les autres sont coupables de nous faire du mal, j’ai travaillé dur donc je mérite de gagner beaucoup…

Renoncer a la croyance au libre arbitre permet d’avoir une meilleure compréhension du fonctionnement du monde et des gens, et donc paradoxalement d’être davantage libre de faire des choix éclairés. Cette connaissance, dès lors, nos rend responsable.

Je ne peux pas être tenu pour responsable de ce que j’ignore. Mais ce que je sais, j’en suis responsable. N’est-ce pas, Ben Parker, qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités? Du coup, plus tu sais de choses sur le monde, plus tu es responsable de ce que tu sais. (Yen a a qui ca donne vraiment très envie de faire l’autruche. NAN NAN JE SAIS PAS JE VEUX PAS SAVOIRRRREUUUUUUUH)

Comme ces gens qui savent de par leurs connaissances en sciences que le libre arbitre a pas l’air d’exister, mais qui ont besoin d’y croire pour préserver leur paradigme auquel ils sont émotionnellement attachés (c’est le côté tremblant avant le changement, la « conversion intellectuelle » dont parle Lordon au sujet du déterminisme de Spinoza)

Bref. Je digresse, comme d’habitude n_n mais voila. Ca me semblait intéressant, donc j’espère que ca t’aura intéressé aussi, cher lecteur.

 

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