Moana et le pouvoir de l’empathie, partie II

Rappel à la réalité : Les failles du récit collectif

Quand on lui apporte des noix de coco pourries, sa responsabilité est de crée de la sécurité pour le collectif : elle dit d’abattre les arbres malades et de planter de nouveaux arbres. Mais ce ne sont que des symptômes du vrai problème.

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Autre symptôme: il y a de moins en moins de poissons dans les pièges à poisson. La aussi, Moana bricole dans l’incurable une solution : faire des rotations. Mais cela ne fonctionne pas cette fois, car il n’y a tout simplement plus de poisson.

La sécurité du collectif n’est plus assurée, ces symptômes indiquent un problème plus profond pour lequel le collectif est impuissant. C’est pourquoi il a besoin d’un héros, un individu qui peut sortir du récit collectif et aller explorer le monde pour permettre à ce collectif de retrouver un sentiment de sécurité. Autrement dit, explorer le monde au delà des limites du récit collectif.

« Il n’y a plus de poisson, on a tout essayé » = le fonctionnement du groupe est arrivé à une impasse, il a besoin d’évoluer ou alors sa survie est menacée. Face à cette perspective, Moana a peur. Elle ressent le besoin de sortir de la zone de confort du récit collectif pour aller chercher la solution en dehors de lui. Elle doit donc faire de la désobéissance civile, transgresser les règles du groupe qui, dans ce contexte, font obstacle à sa survie.

« Je sais que c’est interdit, et en même temps, nous sommes dans une impasse, alors nous devrions envisager de transgresser ce qui est interdit si cela peut nous sortir de l’impasse »

Un peu comme si la confrontation à l’impuissance générait naturellement une propension à la transgression des limites.

« Nous avons une seule règle», rappel son père, le garant du récit. « Il ne faut pas aller au delà du récif. »

« OUI, une règle obsolète qui date de l’époque de l’abondance. LE CONTEXTE a changé, les règles doivent donc changer pour que le récit collectif reste fonctionnel »

Le père est persuadé que transgresser l’interdit conduit au danger et à la mort. La fille pense que transgresser l’interdit conduit (certes au danger mais aussi) à la solution et à la vie. Deux narratifs différents s’affrontent dans le même contexte, qui incarnent deux rapports différents aux règles et à leur fonction.

Pour le père, ces règles sont un dogme absolu qui permet de structurer le collectif à travers le temps conçu comme circulaire, de donner du sens à leurs actes au fil des générations. Et il faut les respecter jusqu’à la mort, car ces règles (et le groupe) sont plus importantes que la survie des individus.
Pour la fille, ces règles ne sont que des conventions arbitraires dont l’intérêt n’est que fonctionnel, et elle est prête à se débarrasser de ces règles dès lors qu’elles n’ont plus de fonctionnalité. Pour Moana, la question du sens doit faire intervenir la question de la fonctionnalité.

L’interdit d’aller au delà du récif A DU SENS pour le père car dans son narratif, l’interdit garantit la sécurité du peuple. L’interdit N’A PAS DE SENS pour la fille car dans son narratif, l’interdit est source de danger et de mort pour le peuple qui ne peut plus se nourrir.

Conclusion : une chose n’a de sens que dans la mesure où c’est lié aux valeurs de l’individu qui fusionne avec le narratif. Le sens qu’on donne à une situation est lié à l’état des besoins de l’individu, et aux narratifs avec lesquels on fusionne. En réalité, le père est déconnecté de ses valeurs car il fusionne avec la part de lui qui a peur de transgresser l’interdit.

Une part du père est terrifiée à l’idée de transgresser l’interdit car il a dû vivre un traumatisme dans lequel aller au-delà du récif a été très dangereux et chaque fois que sa fille parle d’aller au-delà du récif, la part de son père qui est terrifié active un mécanisme de défense, et il prend une posture autoritaire dogmatique pour se rassurer. A travers cette rigidité, cette coercition qu’il inflige à Moana, il essaie de se sentir plus en sécurité. Et tant pis si cela conduit à la destruction de son peuple à long terme, c’est ce qui en fait une stratégie tragique.

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D’une certaine manière, c’est parce que le père n’a jamais reçu d’empathie vis à vis de la blessure du récif qu’il est déconnecté de son vrai self et n’est pas en capacité de coopérer avec Moana, qu’il tombe dans le rapport de force tragique. Il n’est pas en capacité de rejoindre Moana car il a d’abord besoin d’être rejoint et rassuré dans sa peur.

Il dit « chaque fois que je pense que tu es guérie de ce… » (sous-entendu: tu as un problème, une maladie qui t’appelle à aller sur la mer, et j’aimerais que tu ne sois pas comme ça, j’aimerais que tu guérisse de cette maladie qui me fait peur = j’ai peur de te perdre, comme j’ai perdu d’autres gens qui ont été au-delà du récif)

Le père est incapable d’exprimer sa peur et donc il se protège derrière le masque de la colère. Il se sent obligé de tenir cette posture car il est le père. il est fier et orgueilleux. C’est sa place dans le récit collectif, et il consacre beaucoup d’énergie à jouer son rôle, même s’il n’en a pas envie.

Le dilemme de Moana : Soumission ou rébellion face au récit collectif

La mère apporte ensuite une explication au comportement de son mari.
Le père s’oppose à la fille car auparavant le père était comme la fille, attiré par la mer. Il est parti au-delà du récif explorer le monde, et son meilleur ami est mort au passage car il n’était pas préparé à ce voyage. Depuis, il a peur que les gens aillent au-delà du récif, car il n’a pas pu gérer lui-même donc il a peur que sa file ne puisse pas gérer non plus. IL n’a pas confiance en sa capacité à gérer, et il n’a pas non plus confiance en la capacité de Moana à gérer. C’est pour essayer de sauver Moana qu’il l’empêche d’aller au delà du récif.

Un mécanisme de défense a émergé dans l’esprit de son père pour mettre en cage la part de lui qui veut explorer le monde. Et cette part de lui se comporte avec Moana comme elle se comporte avec la part de lui qui veut voyager aussi. Il veut brider sa fille comme il se bride lui même. Autrement dit, il faut guérir la blessure émotionnelle de son père pour que celui-ci arrête de brider à la fois lui même et Moana.

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La mère dit « ce que tu veux faire, ce que tu veux être, est impossible ». Elle invite sa fille à accepter ce qu’elle croit être son impuissance. En réalité, la mère est ignorante de son ignorance. Et c’est la vie qui va pousser Moana à prouver à tous ces gens (qui confondent leur représentation de ce qui Est avec ce qui Est) qu’ils ont mésestimé Moana. Moana n’a jamais pensé que c’était impossible alors elle va le faire. Dire « c’est impossible » c’est définir une limite imaginaire. Et les limites sont nos prisons.

***

Paraphrase interprétative de la deuxième chanson:

Peu importe combien j’essaie de me détourner de l’Océan, je finis toujours par y retourner, peu importe à quel point je mets d’énergie y renoncer à lui. La voie en moi chante une chanson différence de celle qui a été prévue pour moi par le récit collectif. Je pourrais poser une pierre au-dessus de celle de mes prédécesseurs, mais je n’y arrive pas. Qu’est-ce qui cloche, chez moi ?

Si je fais ça, si je pose une pierre sur celle de mes ancêtres, alors je me sacrifie. Et je me sens incapable de me sacrifier, car j’ai été aimée, donc je m’aime. Et je n’ai pas envie de sacrifier ce que j’aime. Je suis attiré par la ligne ou le ciel et la mer se rejoignent (Rappelons que Maui est le demi dieux du vent et de la mer. On peut faire l’hypothèse, pour le fun, que Moana cherche à rejoindre ce qui réunit symboliquement le ciel et la mer, incarné en la personne de Maui, mais je continuerai à écarter cette piste psychanalytique qui cherche à tout rattacher à la sexualité, car je ne suis toujours pas Freudien)

Personne ne sait à quel point on peut aller loin en suivant cet horizon qui unit le ciel et la mer : Personne ne sait à quel point l’amour peut être profond si je retrouve l’endroit où le ciel et la mer se rejoignent. Si je rejoins Maui. Personne ne sait à quel point j’irai loin.

***

Moana choisit donc la rébellion face au collectif : FUCK IT, I’LL GO. C’est un geste guidé par un coup de tête, a la one gain.

Notons que Moana part avec le petit cochon durant ce premier voyage. Qui tombe à l’eau quasi immédiatement. Elle saute à la mer pour sauver le cochon. Manque de mourir mais se sauve in extremis : elle fait l’expérience directe du fait que le danger est réel. Ensuite, le cochon a peur de la mer, et Moana est blessée.

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La grand-mère arrive et examine la blessure de Moana : elle lui donne de l’empathie afin que ce choc ne devienne pas une blessure émotionnelle comme cela a pu être le cas avec le père de Moana par le passé. 

Après cet accident, Moana envisage néanmoins de mettre sa pierre sur la montagne. Elle envisage de se sacrifier pour respecter la règle de son père. Une blessure est sur le point d’être crée. Moana ne comprend pas pourquoi la grand-mère n’essaie pas de l’en dissuader. Celle-ci joue tendrement avec l’hésitation de Moana.

« ‘Bah écoute, tu as dit que c’est ce que tu voulais 😉 »

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Il semble qu’elle sache TRÈS BIEN que Moana n’a pas vraiment envie, elle est juste déconnectée de son self du fait du choc qu’elle vient de vivre. A long terme, bien sur que non elle ne veut pas poser cette pierre. Elle le sait, mais elle laisse Moana le comprendre d’elle même.

La vieille a confiance en la capacité de Moana a comprendre par elle-même ce qui est vraiment important. Elle se contente d’être présente. Elle accompagne Moana dans ce qu’elle vit, elle est connectée à ce qui est vivant, mais à ce moment elle ne cherche pas à l’influencer, juste à arroser les graines d’amour déjà présentes en Moana.

La grand-mère est le médiateur entre « la vie » en Moana (ses désirs), et « la chef » en Moana (ses responsabilités sociales).
La mère de Moana fait le pont entre la fille et le père, la grand-mère fait le pont entre la cheffe intérieure et l’exploratrice intérieure.

Alors la vieille se remet à danser, à jouer le rôle qui est attendu d’elle dans le récit collectif. « je suis la folle du village, je dois jouer mon rôle ». J’adore la clairvoyance de la vieille: elle est consciente que le rôle qu’elle joue n’est qu’un rôle, elle n’est pas dupe, et c’est pourquoi elle peut le jouer avec plaisir. Elle sait qu’elle n’est pas obligée de le faire. C’est simplement une manière de prendre place dans le collectif.

Quand Moana hésite à partir se sacrifier pour le collectif, elle demande une dernière fois à la vieille si elle a quelque chose à lui dire.

« Est-ce qu’il y a quelque chose que tu veux entendre? 😉 😉 😉 » (haha)

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Moana n’attend en fait qu’une chose, c’est que la vieille la dissuade de faire ce qu’au fond elle n’a pas envie de faire. Se sacrifier pour le collectif. « Pitié dis moi que c’est une mauvaise idée »

« Tu sais déjà que c’est une mauvaise idée. Tu n’as pas besoin de moi pour l’entendre, tu es déjà en train de te le dire en ton for intérieur. Je t’entends, car je suis connectée à ce qui est vivant en toi »

La vieille va alors révéler à Moana « la seule histoire qu’elle ignore sur le collectif », elle va lui révéler l’information manquante, la réponse à la question « Qui est tu destinée à être ? »

***

Fin de la deuxième partie !

Première partie

Pour aller plus loin :

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3 commentaires sur “Moana et le pouvoir de l’empathie, partie II

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