Et si nous prenions l’habitude de répondre pour de vrai à la question « comment ça va » ?

Objectif du jour : que cet article tienne sur une page Word !

La phrase « comment allez-vous ? » est à peu près omniprésente dans toutes les sociétés humaines, peu importe la langue avec laquelle ils communiquent. C’est quelque chose qu’on prononce tellement, d’ailleurs souvent par automatisme, qu’on en oublie parfois de s’interroger sur son sens. Or, sous ses apparences superficielles, cette simple question est peut-être en réalité l’une des plus importantes qu’un être humain puisse poser à un autre… A condition qu’on apprenne déjà à se poser la question pour nous-même.

 

Origine de l’expression

Il semblerait que l’origine de cette expression soit assez ancienne (genre, qu’elle remonte jusqu’aux romains à en croire Wiki) et que la vraie question à la base est en fait : comment allez-vous à la selle ? Autrement dit : comment faites-vous caca en ce moment ?

Entendu ici que la manière dont se déroule les processus de digestion dans notre corps sont un indicateur plutôt fiable de notre état de santé (surtout à une époque ou on peut mourir du choléra, maladie qui peut nous faire perdre jusqu’à 20L d’eau par jour. Pire qu’une canicule !)

Il semble donc assez évident que cette expression aujourd’hui n’a plus du tout le même sens, ni la même fonction. Mais alors, pourquoi l’utilise-t-on encore autant ?

 

Fonction rituelle

Une piste assez intuitive pour expliquer l’utilisation massive de cette expression est qu’elle serait l’un des premiers rituels typiques de socialisation entre deux individus qui se croisent, afin d’exprimer mutuellement leur intention pacifique l’un envers l’autre. En appliquant le rituel, par exemple ainsi :
– Salut, ça va ?
– Oui et toi ?
– Ça va. va !

On signifie à l’autre qu’on reconnait son existence en tant que sujet, donc qu’on ne va pas l’agresser.

De manière générale, les règles de la morale comme la politesse sont un ensemble de  limites et de rituels visant à codifier les comportements des individus dans une société, afin de rendre les comportements de chacun prévisible. Ce sont des repères qui permettent de donner du sens aux comportements des autres. Quand le comportement des autres est prévisible, alors on se sent en sécurité.
C’est quand les individus ne se conforment pas aux rituels typiques que notre sécurité n’est alors en apparence plus garantie et que cela peut crée de l’inquiétude (« Pourquoi ne fait-elle pas ce que qu’elle est supposée faire en suivant les règles collectives ? ») 

Par exemple, si on croise dans la rue une personne avec qui on échange un long regard et qu’elle ne nous dit pas bonjour, alors elle n’a pas appliqué le rituel sécurisant qu’on pouvait attendre dans ce contexte. Il n’en faut pas forcément plus pour qu’à la seconde, notre esprit commence à se raconter des histoires plus ou moins crédibles sur la raison pour laquelle cette personne ne nous a pas dit bonjour :
– Nous veut-elle du mal ? (= peur, besoin de sécurité) ?
– Est-ce une personne malpolie (= colère, besoin de douceur) ?

C’est problème avec les rituels typiques : tout va bien quand les gens les respectent, on peut s’endormir dans le confort de nos illusions grâce à une simple phrase qui nous rassure, parce qu’on l’a entendue mille fois, et que chaque fois qu’on l’a entendue, généralement, la suite des événements était plutôt sans danger.
Cependant, quand quelque chose est différent de d’habitude, que la manière dont démarre une interaction est inhabituelle, alors on est obligé de sortir de son rêve, et de prendre le temps de s’intéresser au réel… (et c’est pour ça, d’ailleurs, que notre cerveau se raconte des histoires : pour trouver un moyen de se sentir en sécurité en anticipant tous les potentiels problèmes, malgré l’absence de rituel sécurisant à la base)

Et si, même en situation sécurisante, nous nous intéressions directement au réel ?

 

Relions-nous à ce qui est vivant

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Nous pouvons faire de cette phrase davantage qu’un simple rituel typique pour donner à soi même et aux autres une illusion de sécurité. Nous pouvons utiliser cette phrase pour nous relier à ce qui est vivant, en soi et chez les autres !

Quand on vous demande « Comment ça va ? », et si vous preniez le temps de vous poser la question à vous-même, avant de répondre par réflexe la suite du rituel (« Ça va et toi ? ») ?

« Oui tiens, comment je vais, là tout de suite ? Qu’est-ce que je perçois en moi comme émotions, comme sensations ? Est-ce que c’est plutôt confortable ou inconfortable ? Est-ce que je me sens plutôt reconnaissant envers l’univers, ou est-ce qu’au contraire j’aurais besoin de quelque chose qui contribuerait à me rendre la vie plus belle ? »

Après avoir eu des réponses à cette petite pause introspective, vous pourrez faire davantage que de juste appliquer un rituel, vous pourrez vraiment partager avec la personne qui vous a posé la question ce qui est vivant en vous, et ainsi l’aider à se relier à vous avec le cœur.

« Ma foi, je me sens plutôt bien, même si je me suis couché tard hier soir et que je suis un peu fatigué. J’ai mangé des crêpes ce matin et c’était le pied. Et toi, comment ça va? »

De la même manière, quand vous posez cette question à une autre personne, au lieu de vous contenter d’appliquer le rituel, je vous invite à rechercher avec sincérité chez l’autre une réponse à votre question : intéressez-vous à ce qui est vivant en lui/elle, essayez de vous y relier : cette personne est-elle plutôt joyeuse ou triste ? Semble-t-elle plutôt énergique ou fatiguée ?
Vous pouvez même adapter la manière de poser la question à l’autre, afin de l’encourager à vous répondre « pour de vrai » au lieu de simplement appliquer le rituel typique (sans pour autant induire par votre formulation ce que vous avez envie que l’autre réponde, et ainsi, l’empêcher de répondre ce dont il a envie).

Salut Morgane ! Alors, dis moi quelle est la météo de tes émotions aujourd’hui ? Plutôt soleil, nuageux, pluvieux, orageux, arc en ciel ? A moins que tu sois sur la lune ? Dis moi tout !

Ainsi, vous serez en train de franchir la première étape pour crée une connexion de cœur à cœur avec vous-même et les autres : en vous reliant à ce qui est vivant !

Attention toutefois que votre manière de poser la question n’induise pas implicitement ce que vous avez envie que l’autre réponde (injonction hypnotique), ce qui diminuerait les chances qu’il prenne le temps de réfléchir sincèrement à ce qui est vivant en lui, pour ne pas vous contredire.
Par exemple: Salut Martine ! Dis donc tu as les traits tirés aujourd’hui, tu es pas un peu fatiguée ?
Autre exemple: Salut Martin ! Toi qui est toujours plein d’énergie, je suppose que ça va aujourd’hui ? 

 

***

Dites moi ce que vous pensez de ce rituel et de la manière dont vous jouez avec ! Personnellement, c’est toujours un moment dans les échanges qui m’amuse (parce que j’aime bien troller le cerveau quand il est en pilotage automatique).
Quand je pose la question et qu’on me répond par réflexe, il m’arrive (cela dépend du contexte, mais quand cela me semble approprié, je n’hésite pas) de reposer la question une deuxième fois pour avoir une vraie réponse.

– Salut, ça va ?
– Oui et toi ? 
– Est-ce que ça va ? 😀
– (Vraie réponse) 

(Bon, ça fait une page Word et demi, j’y étais presque ! :p)

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