Défendre les droits humains ?

J’ai vu ce matin un TED d’une personne qui m’a beaucoup touché par la puissance de son message.

Je n’ai pas vraiment le temps de développer tout ce que j’aimerais dire dans cet article, cependant j’ai pris des notes en regardant la vidéo, que je vais donc copier ici.

Je fais le voeu que cela vous donnera envie de regarder la vidéo, et peut être le documentaire « La pilule rouge » (que je n’ai pas encore regardé)

Par la suite, j’écrirai sans doute une version plus approfondie de ce sujet que je trouve passionnant. En attendant, je vous laisse avec elle:

***

Dans une interview, il y a une règle importante: on interrompt pas l’autre. Du coup, lorsque j’ai interviewé des défenseurs des droits des hommes pour mon film « La pilule rouge », je ne les interrompais pas.
Cependant, je n’écoutais pas ce qu’ils disaient. J’anticipais, j’attendais qu’ils prononcent les mots qui allaient prouver ce que je voulais croire. 

Cependant, j’ai ensuite du retranscrire tout ce qu’ils disaient pour réaliser mon film. Et croyez moi, personne ne vous écoutera jamais davantage que quelqu’un qui transcrit vos mots.
Je me suis alors rendu compte que mon sentiment d’avoir été offensée n’a pas résisté à un examen minutieux. 

Mon problème était que j’interprétais les propos des hommes en leur ajoutant une connotation sexiste ou anti féministe qu’il n’y avait pas en soi dans leur discours. 

Par ex sur les abris pour les femmes: Ils disent qu’il y a 2000 abris pour femmes et 1 seul pour hommes aux USA alors qu’ils sont autant maltraités que les femmes d’après les statistiques.
On peut interpréter ça en leur faisant dire qu’ils considèrent que les femmes exagèrent, qu’il n’y a pas besoin d’autant d’abris, qu’elles mentent en disant qu’elles sont victimes…

Cependant, quand on leur pose la question, les défenseurs des droits des hommes n’ont rien contre les abris pour femmes.

Des enjeux qui touchent majoritairement les hommes

78% des humains qui se suicident dans le monde sont des hommes. On certes pourrait répondre que les femmes font plus de TS, si on cherche à savoir qui souffre le plus, mais est-ce vraiment pertinent d’être dans cette rivalité de la souffrance ?
La fraude a la paternité affecte uniquement les hommes
L’appel au service militaire aux USA aussi
Décès au travail : surtout des hommes
Morts sur le front: surtout des hommes
Et tout un tas d’autres choses (qu’elle liste dans la vidéo): Ces problèmes sont déchirants à la seconde ou vous aimez une personne qui est victime d’un de ces problèmes
Ce sont des problèmes d’hommes
J’ai compris l’immense valeur que représentait le fait d’écouter les MRA (mens right activists), d’essayer de voir le monde depuis leurs yeux. Ça ne signifie pas pour autant que je sois d’accord avec tout ce qu’ils disent. Cela signifie que je reconnais l’existence de problèmes rencontrés par les hommes, problèmes qui méritent notre considération, notre soutien et notre bienveillance. 

Etre rejeté par son groupe de pairs parce qu’on humanise l’ennemi commun ?

Mon film « La pilule rouge » a été traité à sens unique par les médias….
Quand vous commencez à humaniser votre ennemi, en conséquence, vous pouvez être vous-même déshumanisé par votre communauté. Et c’est ce qui m’est arrivé.
Je suis devenue la cible d’une campagne de dénigrement, on disait que le film nuisait aux femmes (des gens qui n’ont pas vu le film). Pourtant, je suis certaine que ce n’est pas le cas.
Et je suppose que si je n’avais jamais fait ce film, à l’époque, en découvrant qu’il existait un film sur les défenseurs des droits des hommes qui ne les dépeignait pas comme des montres, j’aurais moi même eu envie de m’insurger contre le film, au moins de signer une pétition contre sa diffusion. 
En réalité, tous les activistes des droits des hommes que j’ai rencontré soutiennent les droits des femmes.
Ils posent juste la question » pourquoi notre société ne se soucie pas des droits des hommes ? »

Visiter le cœur de son ennemi

Le plus grand défi que j’ai rencontré, fut de neutraliser mon propre parti pris, mes propres biais. J’ai rencontré mon ennemi pendant le tournage
Depuis, je ne me qualifie plus de féministe (ce n’est plus un secret) et cependant je dois clarifier que je ne suis pas non plus anti-féministe, ni une activiste du masculinisme.
Je défend toujours les droits des femmes. Seulement, aujourd’hui, je me soucie aussi des droits des hommes.
Si un groupe est réduit au silence, c’est un problème pour nous tous. Si je pouvais donner un conseil à quiconque dans notre société en général, ce serait de cesser d’être sur la défensive, de s’attendre à être offensé. Et commencer à vraiment, ouvertement et sincèrement, être à l’écoute. 

Tout commence par le fait d’apprendre à écouter

***
Premier commentaire sous la vidéo:

Tretmühlenverweigerer il y a 3 mois
Ladies and gentlemen, may I present to you: A human rights activist.
Je trouve que ce commentaire résume assez bien ma position:
Plutôt que de défendre uniquement les droits des femmes (en étant indifférent aux problématiques rencontrées par les hommes), ou de défendre uniquement les droits des  hommes (en étant indifférent aux problèmes rencontrés par les femmes), ne pourrait on pas défendre les droits de tous les êtres humains, sans nier la souffrance des uns sous prétexte qu’en parler ferait de l’ombre à la souffrance des autres ? 
***
S’il vous plait, n’hésitez pas à réagir en commentaire pour exprimer votre avis sur la question, qui m’intéresse beaucoup.
La première question à se poser pourrait être la suivante: Qui est votre ennemi, dans la société ?

Et la deuxième question pourrait être : dans quel cadre vous serait-il possible de crée un dialogue authentique avec votre ennemi afin de mieux le comprendre, et qu’il pusse également mieux vous comprendre ?

3 commentaires sur “Défendre les droits humains ?

  1. Monsieur, j’ai lu votre texte avec intérêt. Le fait que le principal soit dit par une femme est important pour cette écoute. Pourtant, je trouve que quelque chose ne va pas. Je cite son discours d’après vos notes :
    « En réalité, tous les activistes des droits des hommes que j’ai rencontré soutiennent les droits des femmes. » Et ensuite : « Depuis, je ne me qualifie plus de féministe ».
    Je pense qu’il est important effectivement de travailler sur la fabrication des hommes. Et la part de souffrance qu’elle comporte (j’ai abordé en partie cela dans mon blog). Mais il reste deux principes : la relations entre femmes et hommes est encadrée par le système de domination masculine qui contraint les hommes (à dominer) et les femmes (à être soumises) ; et il y a une violence masculine non suffisamment encadrée ou limitée, tant entre mâles que vis-à-vis des femelles (par comparaison à tant d’autres espèces de mammifères). De ce fait la violence subie par les hommes n’a pas de comparaison avec la contrainte violente vécue par les femmes. Le chiffre donné pour les USA me surprend. Sur mon blog il y a des chiffres australiens sur un échantillon de 300.000 étudiants, ce qui est très costaud statistiquement.
    (Le fait que les hommes se suicident, cela parle de leur souffrance ; mais ne permet aucune comparaison avec l’injustice subie par les femmes.)
    Bien des activistes des droits des mâles ne prennent aucunement au sérieux les droits des femmes. Ils estiment qu’il y a égalité (de souffrance) là il n’y en a pas. Les hommes sont dans le déni de leur domination, ils ne la voient et la ressentent pas. Ils exagèrent les contraintes qu’ils subissent. Ainsi des pères sur les grues pour leur droit de visite et la réponse de la Ministre vers 2015 : la plupart des jugements accordent aux parents ce qu’ils ont demandé (cad garde à la mère ou garde partagée, parfois garde au père) et dans de rares cas (2 ou 3%), contre la demande du père : mais il faut alors voir si le père n’a pas quelque chose à se reprocher qui dévalorise ses droits. Et ces pères sont portés par un milieu de masculinistes « rabiques » qui ne reconnaissent aux femmes aucun droit.
    (Je n’ai pas exploré votre site et suis sans doute en désaccord avec vous. Votre article est tagué féminisme dont ma découverte et ma visite) Portez vous bien. C.D.

    1. Bonjour,

      Je n’ai pas encore exploré votre blog mais je suis ravi de découvrir son existence grâce à votre commentaire.
      Je vais répondre au fur et à mesure, dans le même ordre que celui de votre commentaire:

      C’est vrai que le fait que le propos de la vidéo soit porté par la voix d’une femme est important. Je vois cela comme une sorte d’intermédiaire original face à ce qu’on voit habitullement (des féministes qui défendent les droits des femmes, des masculinistes qui défendent les droits des hommes).
      Le fait de voir une femme mettre en avant l’importance de reconnaitre les droits des hommes est quelque chose de nouveau. C’est une occasion de prendre conscience que le problème est complexe, et donc qu’on ne peut pas le réduire à un simple manichéisme ou il y aurait les gentils et les méchants (peu importe qui on considère comme gentil dans l’histoire qu’on se raconte)

      *
      Vous parlez de « la fabrication des hommes ». Je suppose qu’à travers cette expression vous faites référence à la manière dont le patriarcat formate les hommes à êtres patriarcaux (avec toutes les conséquences que cela suppose en terme de discriminations des femmes)
      Cependant, il ne me semble pas que ce soit le propos de la vidéo, ni ce dont parlent les défenseurs des droits des hommes auxquels elle fait référence.

      Ce dont elle parle, ce sont il me semble des souffrances qui sont spécifiques aux hommes, indépendamment du système social dans lequel ils vivent. C’est à dire que ces souffrances continueraient à exister même si on mettait fin au patriarcat, de la même manière que les femmes continueraient à avoir leurs règles, à tomber enceinte et à devoir accoucher dans la douleur, même dans une société non patriarcale: c’est une souffrance spécifique aux femmes.

      J’ai peut être mal compris le propos de sa vidéo, après tout, c’est un sujet pour lequel je suis un profane.
      *

      Dans votre commentaire, j’ai l’impression que vous partez du principe que la violence des hommes envers les femmes chez les êtres humains est comparativement bien plus importante que celle qu’on peut observer entre les mâles et les femelles d’autres espèces de mammifères.
      Je trouve ce principe surprenant, et je me demande quelles sont les données qui le justifient, car quand je pense au comportement de certains animaux (les dauphins et les grands singes, par exemple), il semble que beaucoup d’entre eux se livrent à « la coercition sexuelle » et que beaucoup de femelles se font régulièrement abuser par les mâles, se font mettre enceinte sans leur consentement, par exemple.

      Je ne suis pas pour autant en train de faire un appel à la nature, et je suis évidemment pour l’éducation émotionnelle des êtres humains et pour l’instauration de limites et de compétences empathiques visant à éviter les passages à l’acte violent dans la société.
      *

      Je suis tout à fait d’accord avec vous: la violence subie par les hommes n’a pas de comparaison avec la contrainte violente vécue par les femmes.

      Cependant, dans la vidéo, elle ne cherche pas DU TOUT à chercher qui à la plus grosse souffrance, ou qui est le plus légitime à se plaindre. Elle ne dit pas que les femmes exagèrent ou qu’on devrait moins s’intéresser à ce qu’elles vivent.
      Ce qu’elle dit c’est que, oui, la violence subie par les femmes existe, elle est un problème majeur.
      Et elle ajoute seulement que la violence subie par les hommes existe aussi, elle est aussi un problème, qui mérite notre considération aussi.

      Ce qu’elle dit c’est « le fait que les femmes subissent des violences n’est pas un argument suffisant pour qu’on s’en batte les couilles des violences subies par les hommes. On peut s’intéresser aux deux à la fois, ce n’est pas incompatible. »

      *
      « Le fait que les hommes se suicident, cela parle de leur souffrance ; mais ne permet aucune comparaison avec l’injustice subie par les femmes. »

      Oui. Encore une fois, l’objectif n’est pas de comparer qui a la plus grosse injustice subie. Il s’agit juste de ne pas nier la souffrance d’un groupe au nom de la souffrance d’un autre groupe (peu importe quel est notre groupe de référence).

      *

      « Bien des activistes des droits des mâles ne prennent aucunement au sérieux les droits des femmes. Ils estiment qu’il y a égalité (de souffrance) là il n’y en a pas. »

      Je l’avoue, je n’ai jamais réellement parlé avec des activistes des droits des hommes. Je n’ai pas fait le même travail que la femme qui a fait cette vidéo et qui a crée le documentaire « la pilule rouge ».
      Toutefois, j’ai déjà parlé avec des personnes plus ou moins masculinistes sur Internet. Aucune des personnes avec qui j’ai discuté était indifférent vis à vis des droits des femmes. Et aucun d’entre eux estimait qu’il y avait égalité de souffrance. Même les gens d’extrême droite violents comme le Raptor Dissident défendent généralement les droits des femmes et condamnent la misogynie…

      Conaissez vous des activistes des droits des mâles, discutez vous directement avec eux ? Si oui, j’aimerais savoir si vous pourriez m’indiquer des liens, car je serais curieux de mieux comprendre leur système de croyance.
      (Est-ce que c’est du même niveau que les « féministes misandres qui veulent couper les couilles des hommes pour s’en faire un pendentif » par exemple, ou bien est-ce que c’est autre chose encore)

      *

      « Les hommes sont dans le déni de leur domination, ils ne la voient et la ressentent pas. Ils exagèrent les contraintes qu’ils subissent. »

      Peut-être… et en même temps, j’ai envie de dire que « les hommes », c’est un concept abstrait, ca n’existe pas (clin d’oeil à Lacan, lol). Il n’existe que des individus singuliers. Essentialiser « les hommes » et les réduire à un homme de paille, c’est quelque chose qui, je pense, ne favorise pas la coopération avec eux. Quand on parle avec une personne, on ne parle pas avec « un homme », on parle avec un individu singulier.

      *

      « Je n’ai pas exploré votre site et suis sans doute en désaccord avec vous »

      Je trouve dommage que vous vous soyez fait une opinion a priori de mon blog en partant du principe que « vous êtes en désaccord avec moi » après ce seul article, sans même avoir jeté un regard curieux !
      Vous pourriez être surpris… mais peut être que nous serons amenés à nous recroiser sur WordPress par la suite 🙂

      Bonne soirée à vous !

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