Apprendre à exprimer son amour : ne faites pas à autrui ce que vous voudriez qu’on vous fasse. Faites à autrui ce qu’il voudrait qu’on lui fasse.

L’un des plus grands obstacles à la relation humaine authentique, c’est la projection. Quand, par économie cognitive, on projette sur les autres notre propre fonctionnement, en partant de l’idée que tout le monde fonctionne pareil.
Ça permet d’économiser de l’énergie en apparence, car on n’a alors pas besoin de découvrir l’autre dans tout ce qu’il a d’unique, et on peut appliquer la même recette à tout le monde.

Cette projection s’incarne à travers deux phrases populaires:

« Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse », et sa version améliorée, « fais à autrui ce que tu voudrais qu’il te fasse »

Sauf que… souvent cela ne marche pas, en particulier sur le long terme. On s’en rend assez vite compte passé le cap de la lune de miel dans les relations de couple: il ne suffit pas de faire à l’autre ce qu’on aimerait que l’autre nous fasse pour que celui-ci se sente aimé. Ça serait trop facile !

***

J’aime beaucoup la phrase de Champfort pour définir la base de l’éthique, le principe de base sur lequel s’appuyer pour construire les règles régissant nos interactions avec les autres:

« Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà je crois toute la morale »

C’est vrai, c’est plus coûteux en énergie de sortir de la projection pour entrer en relation, car cela implique d’apprendre à écouter, d’apprendre à donner de l’empathie, ce qui est un art qu’on a généralement déjà du mal à pratiquer avec soi-même. 

Cependant le résultat en vaut vraiment la peine. Cela permet d’accéder à la communion, de se sentir aimé et d’apprendre à aimer « pour de vrai », autrement dit d’apprendre à contribuer le mieux possible à embellir la vie d’autrui, sans pour autant avoir à sacrifier notre propre bien-être pour cela. Il s’agit de parvenir à ouvrir son cœur à l’autre, de se laisser enrichir par lui, de changer à son contact, évoluer.

Comment on fait ça, me direz vous? Eh bien ma foi, je n’ai pas envie de vous donner de recette miracle et universelle car cela reviendrait à retomber dans la projection ou on considère les humains comme de simples robots avec tous les mêmes logiciels dans leur cerveau, et ça ne serait en réalité pas très utile. Le but ici, c’est de vous inviter à sortir du pilotage automatique pour apprendre à observer le monde tel qu’il est, au lieu de vous contenter de vos acquis et de vos habitues (ne serais-ce que parce que je monde change, et qu’on se doit donc d’être capable de faire changer aussi nos représentations du monde).
Toutefois, j’ai bien quelques pistes.

 

Les langages de l’amour de Gary Chapman

Je vais probablement consacrer quelques articles dans l’année à examiner plus en profondeur les 5 langages de l’amour tels qu’ils sont définis dans le livre de Chapman (oui, c’est le nom la fille dans Orange is the New Black), et je pense même essayer de crée un questionnaire permettant d’avoir en quelques minutes une petite idée de nos langages de prédilection. En attendant je peux déjà donner ici un bref aperçu. Et il y a aussi la vidéo d’Esther qui m’a fait découvrir le livre, si vous voulez.

L’idée est simple en théorie, c’est qu’il existerait cinq différentes manières d’exprimer l’amour dans les relations:

  • Les paroles valorisantes / les compliments/ la célébration
  • Les moments de qualité / accorder sa pleine attention à l’autre
  • Les services rendus / faire gagner du temps / soulager l’autre de sa charge mentale
  • Les cadeaux / petites attentions / témoignages d’affection
  • Le contact physique / La tendresse non verbale

Le postulat de Gary, c’est que nous n’avons pas au cours de notre vie développé la même sensibilité à ces différents langages, et qu’il y en a donc auxquels nous sommes plus réceptifs que d’autres.

Par exemple, si mon langage de l’amour préféré c’est les paroles valorisantes, que tu ne me valorise jamais mais que tu me couvre de cadeaux et de câlins, je ne me sentirai pas aimé, car tu n’exprimes pas ton amour dans une langue à laquelle je suis sensible.
Pire: si mon langage préféré est le langage des paroles valorisantes, et que tu me fais des reproches, alors ils me feront encore plus mal qu’une personne dont le langage préféré est un autre que celui-la.

De mon côté, si je ne cherche pas comprendre quel est ton langage préféré et que je fonctionne en pilote automatique, je vais avoir le réflexe de t’exprimer mon amour dans la langue que moi je préfère, je vais te faire des compliments, t’écrire de longs messages pleins d’amour. Et toi, si ce dont tu as besoin ce sont des câlins et des cadeaux, bah, malgré tous mes efforts et malgré la force de mes sentiments, tu ne te sentira pas aimée…  :/

Ça serait un peu comme si un aveugle parlait à une personne sourde à voix haute, qui lui répondait en langue des signes… ils auront du mal à se comprendre.

Pour éviter de tomber dans cette situation ou l’on ne parvient pas à s’exprimer mutuellement notre amour, il est alors important d’apprendre deux choses:

  • Quel sont les expressions de l’amour auxquelles vous êtes le plus sensible
  • Quelles sont les expressions de l’amour auxquelles l’autre personne sera le plus sensible

De cette façon, vous pourrez:

  • Apprendre à vous donner à vous même de l’amour d’une manière qui vous fait du bien (cela peut donc contribuer à augmenter l’amour de soi)
  • Apprendre à exprimer votre amour à l’autre personne d’une manière qu’elle peut facilement recevoir
  • Exprimer plus facilement à l’autre ce dont vous avez besoin pour vous sentir aimé, et ainsi l’aider à vous exprimer son amour

Du point de vue philosophie morale, cela revient il me semble à avoir une approche utilitariste (ou fonctionnelle) des relations humaines, et à déterminer si ce que l’on fait va oui ou non contribuer à ce que l’on vive les relations telles qu’on a envie de les vivre, c’est à dire en harmonie avec ses valeurs. Mais c’est un autre sujet sur lequel je reviendrai en parlant de la thérapie ACT.

Fais a autrui ce que tu voudrais qu’il te fasse, cela signifierait alors d’après moi:

  • Exprime lui ton amour d’une manière à laquelle il est sensible
  • Donne lui de l’empathie quand il en a besoin comme tu aimerais en recevoir quand tu en as besoin, si tu en as l’élan et l’énergie
  • Respecte autant que possible ses limites (peu importe qu’elles soient réelles ou imaginaires), et ne lui donne pas d’empathie s’il n’en a pas besoin. Dit autrement, demande toi si ton positionnement tien compte des besoins de la personne ou si tu es uniquement focalisé sur les tiens. Est-ce que ton intention es réellement d’entrer en relation ou bien de sacrifier l’autre (son temps, son énergie et sa santé) contre sa volonté ?

 » Donner de l’empathie à quelqu’un qui n’en a pas demandé, c’est comme lui mettre une main aux fesses »

 

La communication Non Violente

Encore elle, eh oui je risque de vous en parler souvent vu qu’elle est un peu au centre de ma vie et qu’elle m’est utile dans toutes mes relations quelle qu’elles soient. J’ai une section dédiée sur mon blog si cela vous intéresse d’en savoir plus, je me permet de ne pas m’y attarder ici, parce que ça reviendrait à répéter ce que j’ai déjà écrit ailleurs sur le blog et c’est pas mon but.

En deux mots, la CNV est une méthode très précieuse pour passer de la projection à la relation, parce que son principe est justement de démêler la pelote de laine qu’on a dans notre esprit afin de faire la part des chose entre:

  • Ce qu’on pense, la manière dont on juge les situations, les gens et nous-même
  • Ce qu’on observe, de manière « factuelle », en dehors de toute interprétation
  • Ce qu’on ressent, en terme de sensations et d’émotions
  • Ce dont on a besoin, qui contribuerait à nous rendre la vie plus belle

Et à terme, cette clarté que l’on fait sur notre fonctionnement intérieur nous permet de nous exprimer ensuite de manière authentique afin de faire des demandes qui contribueront à entrer en relation bienveillance avec les autres.

Dans le même temps, cela nous apprend également à donner de l’empathie à l’autre afin de mieux comprendre ce qu’il ressent et ce dont il a besoin. Ainsi, quand on pratique la CNV, c’est à dire qu’on agit depuis une intention de connexion à l’autre, on va naturellement s’intéresser à ce qui est vivant en lui, en prenant le temps nécessaire, ce qui ne peut se faire qu’en dehors du pilotage automatique.

Donner de l’empathie n’est pas un objectif que l’on peut atteindre, ce n’est pas une case que l’on peut cocher sur une liste, c’est au contraire une manière d’être au monde et dans la relation, c’est une qualité de présence. 

En donnant de l’empathie à soi-même et à l’autre, il est plus facile d’identifier ce dont il a besoin pour se sentir bien, pour se sentir aimé. Cela nous permet alors d’agir de manière à contribuer à embellir sa vie. D’après Marshall, cela est la plus belle et la plus addictive des drogues, pour peu qu’on soit libre de le faire.

Parce que dans le fond, parler d’auto-empathie et d’empathie, c’est ni plus ni moins une manière pudique de parler d’amour. Donner de l’empathie à quelqu’un qui en a besoin, c’est déjà exprimer de l’amour.

 

 

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