De la souffrance à la vitalité, partie IV: Trois couleurs narratives: dramatique, utilitaire et ludique

Cet article est le quatrième article d’une série destinée à réfléchir aux mécanismes de la pensée.
Partie I
Partie II
Partie III

Dans celui-ci, nous étudieront trois couleurs différentes qui peuvent teinter les narratifs que l’on élabore sur le monde, et par la suite déclencher des émotions associées à ces colorations émotionnelles.
Je tiens à préciser que cette catégorisation ne s’appuie sur rien de scientifique, ni sur un ouvrage quelconque. C’est une représentation qui a progressivement émergé notamment de certains échanges avec Trigor, l’auteur du « chant des égrégores ». Trigor lui considère seulement deux « paradigmes », le dramatique et le ludique. J’ai trouvé qu’il était intéressant d’en ajouter un troisième intermédiaire.
N’hésitez donc pas à porter dessus un regard critique, voir à proposer des pistes d’amélioration, si cela vous intéresse. Moi, en tout cas, ça m’intéresse.

Bien entendu, ce sont des découpages arbitraires, que j’ai fait moi a partir de mes observations. En réalité, on peut très bien s’amuser sans être en relation avec l’autre (c’est le principe de la moquerie et du sadisme, ressentir de la joie à faire souffrir et à sacrifier l’autre), ou bien être dans un cadre dramatique/utilitaire tout en étant capable de faire preuve d’empathie pour autrui (se soutenir mutuellement dans la misère ou servir des intérêts communs pour que chacun devienne égoïstement plus fort)

Ce découpage sert juste à crée des repères pour dessiner trois grandes tendances, trois façon de penser le monde, trois type d’intentions différentes.

 

Le cadre dramatique

Le présent est vécu comme un drame, une urgence, avec des enjeux de vie et de mort. Typiquement, c’est la configuration mentale qui précède une crise de rage ou une crise d’angoisse.
Le cadre dramatique signifie que vous ne vous sentez pas en sécurité, et c’est un sentiment très inconfortable. C’est un cadre dans lequel vous n’avez aucun humour et ou vous êtes à fleur de peau, susceptible de monter très vite dans la colère, la peur ou la tristesse.

Dans ce cadre, ce dont vous avez besoin c’est de crée de la sécurité. Que ce soit trouvant une personne qui peut vous écouter avec empathie (si possible de l’empathie Hi-Tech), ou bien en faisant quelque chose qui vous détend et vous rassure (méditation, relaxation, jeu vidéo, musique douce…)
Dans ce cadre, le sentiment de danger peut être si intense que vous ne pouvez plus entrer en relation avec les autres, qui ne sont alors que des variables parmi d’autres dans votre environnement sensoriel. C’est un processus naturel, l’angoisse rend égocentrique.
Nb: La petite voix de Dawkins dans ma tête m’oblige à préciser que c’est parfois plus compliqué, disons plutôt que l’angoisse implique qu’on se recentre sur la survie de nos réplicateurs. Que ce soit nos croyances quand elles sont menacées, notre corps ou la sécurité de nos enfants/autre individus apparentés génétiquement.

Vous êtes par ailleurs trop envahi par l’émotion pour réfléchir aux conséquences de vos actes sur le long terme. Dans ce cadre on ne cherche ni à être cohérent ni à être logique, on cherche juste à trouver le moyen de nous sentir plus en sécurité. Vous allez probablement faire pleins de trucs stupides que vous regretterez ensuite. Vous êtes plutôt dans la survie, à essayer de souffler pour pouvoir ensuite rassembler vos forces.

Ce cadre se caractérise généralement pas un refus de ce qui Est et la croyance que Ce qui Est ne devrait pas Etre

 

Le cadre utilitaire

Le présent est vécu comme un marathon, une course d’endurance contre la montre, une lutte pour amasser le plus possible de ressources/ de connaissances dans le temps imparti de notre vie.
Il n’y a pas d’urgence vitale, mais votre puissance d’agir cherche à se déployer, et vous avez tendance à projeter sur les autres des fonctions utilitaires pour satisfaire vos objectifs, atteindre vos buts, gagner du pouvoir. L’autre est ici un moyen d’arriver à vos fins.

Le fait de chercher à atteindre des buts dans le futur a tendance à vous couper du présent

Ce qui est considéré comme important ici n’est pas tellement la chute, c’est l’atterrissage. On se sent ici responsable de ses compétences, on a l’impression d’avoir des devoirs vis à vis de l’univers et on se sent éventuellement coupable et honteux quand on n’en fait pas un bon usage.

Cela s’illustre notamment par la fameuse phrase de Ben Parker, l’oncle de Spider Man, « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », ce qui est un postulat moral qui prédispose il me semble à expérimenter la culpabilité. Mais ce n’est pas le sujet.

On cherche a vivre de manière cohérente et logique, d’une manière qui a du sens, qui soit au service de nos valeurs. Dans les échanges, on cherche à savoir qui à tort et qui a raison, a travers des enjeux de domination et de soumission.

C’est un cadre intermédiaire entre le drame et le jeu, ou vous pouvez donc suivant le contexte basculer dans l’un ou l’autre. Soit vous vous confrontez à trop de contraintes et vous retomber dans un paradigme dramatique. Soit vous avez suffisamment de contrôle et de pouvoir pour que vos besoins soient satisfaits et vous pouvez alors vous permettre de jouer, d’entrer en relation avec les autres de manière empathique.

Ce cadre se caractérise par le fantasme de toute puissance qui fait aspirer à l’immortalité à travers le contrôle absolu: toutes mes actions ont des conséquences causales chaotiques sur l’évolution du système univers. Ainsi donc, par chacune de mes actions sur le monde, je suis de plus en plus immortel. Je change le monde en agissant.

Tel le colibri, je fais ma part, car j’ai la croyance qu’ainsi je contribue à changer le monde, et j’aime me voir comme quelqu’un qui change le monde à mon échelle

 

Le cadre ludique

Le présent est vécu comme un jeu sans enjeu dramatique et sans nécessité de contrôle, seul compte alors le fait de s’amuser, de lâcher prise et vivre pleinement, dans la joie. On se fiche un peu de la destination finale, et on profite du voyage, ancré dans le présent.
On essaie de profiter de chaque instant et si possible en relation avec les autres et le monde. C’est un cadre dans lequel on se sent en sécurité et ou on est libéré du fardeau qui consiste à se sentir responsable de ses compétences face au monde. On envisage sereinement la possibilité que la vie n’ait aucun de sens et que cela ne soit pas grave, car cela ne nous empêche pas d’en profiter et de faire des choses qui font du bien a nous et aux autres.

C’est le musicien qui joue du violon sur le Titanic tandis-ce qu’il coule. Oui, on va tous mourir, l’univers va se refroidir et la vie va probablement cesser d’exister à un moment donné. C’est ce qui Est, et j’accepte mon destin ainsi que celui de tout l’univers (Amor fati). Cela ne m’empêche pas de profiter de chaque instant dans le présent, de crée de la beauté, d’aimer et de vivre pleinement.

Le cadre ludique est une collaboration inconditionnelle avec ce qui Est, c’est donc l’antithèse du cadre dramatique. Je me sens en sécurité dans mon rapport au monde, je n’ai pas besoin de le changer.
Après, si en vivant je contribue à rendre la vie des autres plus belle, cela me réjouit d’autant plus. Et si mes actes ne contribuent pas à rendre la vie plus belle, je ne m’en formaliserai pas pour autant. Je n’ai pas besoin d’être utile pour me sentir bien. Tout devient pour moi l’occasion d’un jeu.

« Ne faites jamais rien si ce n’est pas par jeu » Marshall Rosenberg

Certes, les processus narratifs, les identités et les causes idéologiques ne sont que des illusions produites par notre imaginaire, par une part de nous qui ressent le besoin de donner du sens à sa vie, certes, tout cela n’est peut-être que du vent rendu nécessaire par la peur et l’angoisse, parce qu’on s’identifie imaginairement à une enveloppe charnelle périssable et qui marche d’un pas certain vers la mort. Et certes, il va sans doute y avoir des moments ou je vais moi même de nouveau me prendre très au sérieux et basculer de nouveau dans un cadre dramatique ou je m’identifie à mes pensées et mes jugements… après tout je suis humain, j’ai des limites. Et je peux me souvenir, sitôt que j’en aurai de nouveau les moyens, que tout cela est un jeu.

J’ai compris que la plus belle et la plus addictive des drogues est l’amour, et qu’il n’y a rien que j’aime tant que de contribuer à rendre ma vie et celle des autres plus belle. Tel est le jeu auquel j’ai décidé de jouer pour le reste de ma vie, parce que c’est le jeu le plus amusant que j’ai jamais découvert.

On ne cherche plus à construire une cohérence narrative parce qu’on a compris que la cohérence existe déjà dans la nature, au delà des narratifs: on ne peut pas agir de manière ontologiquement incohérente. La vie est cohérente parce que cohérentes sont ses lois, et nous sommes enfant de la vie.

Nous sommes dans une recherche de partage et d’amour autour de la coopération, c’est une transcendance de la violence à travers l’empathie et l’expression authentique de ce qui est vivant en soi.

 

 

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